Chapitre 2  De la pensée classique 

 


 

 

-La pensée agrarienne

 

 


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1.1 Les physiocrates

 

1..2Adam Smith

 

1.3  Malthus

 

1.4 Jean Baptiste Say

 

Introduction 

 

 

L'économie politique classique aurait pu naître en France avec des précurseurs tels que Vauban ou Boisguilbert, mais elle a trouvé un climat plus favorable en Angleterre avec le puritanisme. Elle s'ordonne autour de la production et de la séquence :

 

valeur---> répartition---> prix

 

1) On peut faire remonter la pensée classique à Vauban ( dont notre collège s'honore de porter le nom...). Sébastien le Prestre, Seigneur de Vauban ( 1633- 1707), Maréchal de France, écrivit une foule d'écrits sur les fortifications, la guerre, la marine, les finances publiques, la religion, la monnaie, l'agriculture et la colonisation. En 1698, il met en place un recensement de la population et surtout élabore en 1707 un projet d'impôt dit de "dîme royale" et son "testament politique": afin de simplifier les impôts ( nombreux, compliqués et inefficaces), il propose un impôt unique sur le revenu, pouvant être de différents taux mais dont le maximum serait de 10 %.... proposition qui compromettra sa position de favori au près de Louis XIV.

 

Il est conscient que l'impôt touche l'organisme économique au coeur.

Afin de justifier ce projet ( que l'on retrouvera chez Mirabeau et plus tard chez....Allais), Vauban argumente avec tous les faits possibles, usant, à la manière de Petty, de faits, poids et mesures. Non seulement il sera réputé comme créateur de la statistique mais comme utilisateur de celle- ci aux fins de son argumentation.

 

" C'est ce qui fait de lui un économiste classique, au sens apologétique du mot, et un précurseur des tendances modernes, bien qu'il n'ait pas contribué à l'appareil théorique moderne de la science économique" ( Schumpeter, HEA, pp.203 passim).

 

La pensée de Vauban et celles de nombreux intellectuels français se retrouve tiraillée entre la volonté de réformes et une résistance conservatrice très forte. La résolution de cette tension n'interviendra qu'un siècle plus tard. De ce fait, la pensée classique trouvera plutôt son inspiration dans l'extraordinaire révolution anglaise.

 

- 2- L'éthique protestante (Cf. le débat de Max Weber à Tawney) ne constitue pas une entité globale. Il existe dans l'Angleterre du XVII° siècle une multitude de formes d'esprit issues de la Réforme. Celle ci liée à l'origine au problème matrimonial de Henri VIII fait de l'église une institution dont le pouvoir économique et politique sera considérablement réduit; avec en particulier la dissolution des monastères et la disparition des abbés de la chambre des Lords. La Réforme a eu en Angleterre un caractère irréversible. Jamais la religion de Rome ne pourra rétablir son autorité. Tous les souverains qui se compromettront avec Rome y trouveront leur perte, en particulier Charles I° et Charles II. Elle fournit une approche du monde adaptée à la nouvelle idéologie. En insistant sur la différence entre la connaissance surnaturelle et la connaissance naturelle, elle donne à cette dernière les moyens de son émancipation. Cette idée se trouvait déjà chez Calvin dans sa doctrine de la foi active, avec la dissociation entre la hiérarchie céleste et la hiérarchie terrestre, entre causes principales et causes secondaires. Mais l'idéologie de Calvin renferme aussi l'idée du contrôle direct de Dieu sur ses créatures. Aussi, le rôle de Calvin deviendra de plus en plus diffus dans la religion réformée anglaise Celle- ci minimise le domaine où intervient la puissance divine pour proclamer le rôle de la nature. A la façon de John Preston, célèbre prédicateur puritain (Cf. Ch Hill,1958): "Dieu n'altère pas la loi de la nature". Les sermons de John Preston ,comme d'autres, ont lieu dans des centres contestataires. Chassés de Cambridge avant la révolution, ils prêchent à Lincoln's Inn ou Gray's Inn où se retrouvent des puritains éclairés. La doctrine prêchée est celle de la convention : Dieu est omnipotent mais il peut passer une convention avec son serviteur pour limiter son pouvoir et dès lors ses actions deviennent prévisibles et compréhensibles. Les "lecturers" , payés par les marchands, seront persécutés par l'archevêque Laud jusqu'à la révolution; payés par leurs ouailles, ils peuvent proclamer l'après midi, l'exact opposé de ce qu'a pu dire le matin le clergé officiel.

 

La tolérance des pays protestants est souvent opposée à l'intolérance qui régnait au XVI/XVII° siècle dans les pays catholiques. Ainsi la tolérance anglaise pouvait être opposée à l'intolérance qui régnait en France. Néanmoins, la tolérance en Angleterre n'atteignait pas le niveau de celle qui régnait en Hollande ; un centre tel que celui de Leydes accueillera de nombreux jeunes anglais épris de nouvelles techniques et de discussions théologiques. Jacques II se préoccupera des mauvaises influences acquises par la jeunesse anglaise dans "un endroit aussi infect que l'université de Leydes.." (cité dans Hill, 1972). La révolution de 1640 fera aboutir, sur la tolérance, les conceptions de Hobbes, Harrington avec de multiples conséquences idéologiques. La religion perd définitivement l'importance qu'elle avait auparavant. La pensée devient autonome. La réflexion économique peut s'affranchir de la morale et s' appuyer sur le seul calcul des avantages et désavantages pour la richesse de l'individu et de la nation. Le nouvel esprit intellectuel et le nouvel esprit religieux peuvent coïncider. La nouvelle religion fondée sur l'individualisme permet la méthode expérimentale. La religion elle- même, représente un terrain d'expérimentation où l'usage de l' autorité diminue au profit des "soul experiments". Enfin la tolérance religieuse favorise la productivité: on connaît les calculs de Petty dans ce domaine, montrant comment la tolérance accroît la productivité de 50% ...

 

- 3- Plus généralement la pensée classique, sur les fondements socio- politiques du XVII° siècle, analyse la production, les causes et l'évolution de la richesse. Elle pose de l'équation pono- physiocratique en partant de l'agriculture ( Physiocrates- Smith- Malthus) et en terminant par le travail ( Ricardo- Marx).

Elle ne reste pas à la superficie ou aux évidences, en développant des lois contre- intuitives telle l'analyse ricardienne de la rente, ou les analyses (Smith, Ricardo) de la valeur. D'où l'idée ( Marx) qu'elle est susceptible d'une critique logique. Elle se différencie ainsi du sensualisme de Condillac (1776, Le commerce et le gouvernement considérés relativement l'un à l'autre) et de ce qui sera plus tard le positivisme de Comte ( 1852, le Catéchisme...). Elle est centrée sur la production, l'offre mais aussi les contradictions sociales. Certes la demande peut intervenir, résultant de l' expansion démographique ou de l'évolution du pouvoir d'achat ou encore du comportement des classes dépensières. Mais, elle prend ainsi un aspect secondaire ou exogène.

 

L' équation ponophysiocratique caractérise la pensée des premiers classiques ( Petty, 1660; et Cantillon, 1755 ). Prenons l'expression qu'en donne Cantillon dans les premières phrases de son " Essai sur la nature du commerce en général":

 

" La terre est la source ou la matière d'où l'on tire la richesse; le travail est la forme qui la produit.."

 

Cette expression aura de nombreuses versions ( terre mère/travail père) dans l'analyse de la richesse classique. Une partie des classiques ( physiocrates, Smith, Malthus) insistera plutôt sur la terre, la seule à même de produire plus qu'elle ne coûte. Une autre considérera plutôt le travail et le capital ( Ricardo, Marx, Sraffa). Dans ce dernier cas intervient un problème systématique qui correspond à la séquence de pensée valeur/répartition/prix. Ainsi on peut poser cette subdivision entre classiques; en distinguant les agrariens d'un côté et la pensée systématique de l'autre.

 

 

 

.1-.La pensée agrarienne

 

Cette pensée privilégie la terre comme facteur exclusif ( les physiocrates) ou prioritaire ( Smith et Malthus). Cette pensée est largement répandue en Europe au XVIII° .

 

-. Les physiocrates.

 

1.1.1. Généralités

 

a. Les troupes: en grande partie des intendants et contrôleurs généraux des finances,

 

Les précurseurs: Boisguilbert ( Le Détail de la France, 1697 ;le Factum de la France), Cantillon ( cf. supra) , Gournay ( père de la formule laissez faire/ laissez passer) mais ces précurseurs ne situent pas uniquement en France compte tenu de l'influence de l'agrarianisme anglais.

 

Les principaux membres :

 

Dupont de Nemours ( 1735- 1817), il prépare avec Turgot l'édit sur la liberté du commerce des grains de 1764; inventeur de l'étiquette "physiocrate", il sera amené à s'exiler aux États Unis à la fin de sa vie...

 

Le Mercier de la Rivière, théoricien politique; il est séduit, comme Diderot, par l'expérience de Catherine II en Russie et expose sa conception du despotisme éclairé dans l'"ordre naturel et essentiel des sociétés politiques"

 

Victor de Riqueti, marquis de Mirabeau ( père de..), (1715- 1783), écrit "l'ami des hommes ou traité de la population" (1759) où il défend l'idée que la 1richesse dépend de la population qui dépend des subsistances lesquelles dépendent de la terre...c'est donc la terre qui est à l'origine de toute richesse.Il rédige l'essentiel, avec Quesnay, de la "philosophie rurale" ( 1763).

 

François Quesnay ( 1694- 1774). 

 

 

D'origine modeste ( son père issu de la terre est petit avocat au Parlement), il réalise des études de médecin chirurgien et devient médecin personnel de la Pompadour puis du roi. Il s'installe à Versailles qui devient le lieu de l'école.

Il écrit deux articles de l'encyclopédie ( 1751): "fermiers" et "grains",le tableau économique ( 1758) et aussi " Le Droit naturel " (1765) qu'il publie dans le "Journal de l'agriculture, du commerce et des finances", journal dirigé par Dupont de Nemours; il y publie plusieurs commentaires sur le Tableau. Citons encore " ses maximes générales du gouvernement d'un royaume agricole "(1758) et encore des propos ayant trait au despotisme de la chine ou encore au gouvernement des incas du Pérou.

 

- Les sympathisants: de nombreux contrôleurs généraux ( Bertin,1715-1788, grand protecteur de l'agriculture, Callone, et intendants des finances ( Truden, 1709-1769 et surtout Turgot..).Le sympathisant le plus connu est Turgot 1727- 1791), renonçant à la prêtrise et à l'enseignement, il devient intendant à Limoges où il effectue des recensements. Les idées physiocrates classiques sont très améliorées avec des théories nouvelles: minimum physiologique, loi des rendements non proportionnels. I

 

-Les adversaires

Les derniers mercantilistes: Forbonnet, l'abbé Galiani, l'abbé Terray et surtout Necker qui fera l'éloge de Colbert.

Les classiques: Graslin ( 1727- 1790) selon lequel l'industrie peut être également productrice nette, ce que l'on retrouve chez l' abbé de Condillac ( 1714- 1780) avec son ouvrage économique en 1776: du commerce et du gouvernement considérés relativement l'un à l' autre.

Les pré- socialistes ( Rousseau dont la philosophie sur l'ordre naturel diverge du conservatisme des physiocrates et surtout ses idées politiques sur la propriété et les inégalités; l'abbé Mably, Morelly).

Voltaire dont le conte sur l' "homme aux quarante écus" attaque la physiocratie...

 

b. Généralités sur la pensée des physiocrates

 

La pensée des physiocrates a toujours été source d'interrogations tant elle repose sur des dilemmes, sinon apparaît contradictoire:

 

- dilemme pensée réactionnaire/ moderne. réactionnaire quand elle fait appel à l'ordre naturel, à la propriété au royaume.

 

- dilemme "secte française" ou mouvement international

 

- dilemme entre pensée sociale "macro"( avec des catégories représentatives) et réflexion sur l'homme. Ainsi Louis Dumont y voit la naissance d'un "tout ordonné", sinon du holisme.Elle commence ainsi par une réflexion sur la philosophie de l'homme.. puis des classes et finit par une réflexion sur les agrégats eux mêmes. Cette pensée peut être résumée par trois ordres:

 

- l'ordre naturel: une certaine conception de la nature, l'homme et de la société.Il existe des lois naturelles: "..la législation positive consiste donc dans la déclaration des lois naturelles, constitutives de l'ordre évidemment le plus avantageux possible aux homme réunis " en société. ( Droit Naturel). Les transgressions du droit naturel sont la source de tous les maux. D'où une négation de l'histoire et une immuabilité de l'ordre des choses. La meilleure critique contemporaine est celle de Rousseau.L'homme est soumis aux lois naturelles, mû par l'hédonisme ( il est dans la nature humaine de maximiser son intérêt personnel) et une certaine sociabilité ( le XVIII° est le siècle de la bienveillance).

 

La société, régie par le contrat social, met en harmonie les intérêts particuliers et la société; "l"'intérêt particulier est le premier lien de la société; d'où il suit que la société est d'autant plus assurée que l'intérêt particulier est le plus abri" ( Mirabeau). Les hommes sont égaux , mais l'inégalité est le fruit des différences de milieu et de capacité dans le travail. D'où l'idée que la liberté implique la liberté de sa personne et celle des choses acquises par le travail.

Toute atteinte à la liberté du commerce et de l'industrie est une atteinte aux droits de l'homme; la liberté permet la concurrence et la diminution des coûts.

 

Il faut donc condamner les monopoles et privilèges.

 

- l'ordre économique: critiques du mercantilisme ( sur l'enrichissement, l'agriculture productrice nette, libéralisme afin d'assurer un revenu élevé à l' agriculture), les rapports entre les classes et le tableau économique).

 

- La richesse ne se confond pas avec le stock monétaire ( car tout dépend de la consommation productive, i.e ce que , ce que l'on peut consommer sans s'appauvrir. Elle ne se confond pas plus avec la population. L'expression de Mirabeau est restée célèbre: " Les hommes se multiplient comme des rats dans un grenier s'ils ont les moyens de subsister"

 

- Seule l'agriculture est productrice nette:

 

" Les travaux de l'agriculture dédommagent des frais, payent la main d'oeuvre de la culture , procurent des gains aux laboureurs et de plus, ils produisent les revenus des biens fonds( la rente foncière). Ceux qui achètent les ouvrages d'industrie, payent les frais, la main d'oeuvre et le gain des marchands, mais ces ouvrages ne paient aucun revenu au delà.L'industrie et le commerce sont stériles, et on ferait double emploi si, dans le but de calculer la valeur du produit national, l'on additionnait la valeur des biens agricoles et celle des biens industriels.

 

- Seule la liberté peut assurer un revenu élevé à l'agriculture. Elle réduit les coûts et abolit les monopoles. Elle permet d' obtenir de bons prix et d'élever la productivité:

 

" Abondance et non valeur n'est point richesse. Disette et cherté est misère. Abondance et cherté est opulence". ( Quesnay). ( cf. editn GF. p. 111)

 

La liberté intérieure et extérieure est la condition de la richesse:

 

Turgot: " Quiconque n'oubliera pas qu' il y a des frontières entre les nations, ne traitera jamais bien d'aucune question d'économie politique".

 

- L'ordre économique règle les rapports entre les trois classes fondamentales: classe productive, classe des propriétaires et classe stérile.

 

* La classe productive ( voir def . in GF p. 209): "celle qui fait renaître par la culture du territoire, les richesses annuelles de la Nation" Il s'agit en fait des fermiers qui font des avances:

 

- avances primitives: dépense en capital fixe ( machines etc....).

- avances annuelles: capital circulant ( semences et salaires).

 

* "La classe des propriétaires comprend le souverain, les possesseurs de terre et les décimateurs".(ibid p. 210).Elle subsiste par le revenu ou produit net qui lui est payé annuellement par la classe productive. Cette classe par sa distribution (naturelle) conditionne le développement harmonieux du pays ( cf; Malthus plus tard avec le rôle des dépense de luxe), il est donc nécessaire de protéger la "propriété foncière qui est le prolongement de la liberté individuelle...". Ces propriétaires font aussi des avances, les avances foncières : fonds de terre ou infrastructures ( de la part du souverain).

 

* La classe stérile.

Tous les autres... dont les dépense sont payées par la classe productive et celle des propriétaires.

 

- Le tableau économique est le reflet de l'ordre économique

 

 

 

 

 

La troisième invention capitale..après l'écriture et la monnaie ( Mirabeau). Dans sa première version, le ZIZAC, il montre le rôle central de la distribution effectuée pour moitié entre moyens de subsistance et pour moitié de produits façonnés (ou propension à consommer..) Soit une avance par la classe productive de 2 milliards qui produit 3 milliards dont 2 de produit net. Soit la classe productive (I) qui alloue ses 2 milliards de produit net à la la classe des propriétaires ( II) ; celle ci répartit ses dépenses raison de 1 milliards pour classe productive (I) et I milliards pour la classe stérile ( III) et à leur tour chaque classe répartit à raison de 1/2 entre dépenses agricoles et commerciales etc....( voir p. 150 de GF).

 

Le tableau lui même étudie les flux des dépense entre catégories représentatives, il est typiquement macro-économique et on peut même l'interpréter au delà de l'état stationnaire comme un phénomène multiplicateur.

 

 

 

 

Soit 5 milliards d'avances annuelles, à raison de 2 pour la classe I, 2 ( en fait du revenu) pour la classe II et 1 pour la classe III. La classe II conserve sa propension à consommer ( I/2 entre I et III). Le milliard de la classe stérile est utilisé pour acheter de la subsistance à I . Néanmoins la classe I achète 1 milliards à la classe stérile.

 

Au total, la classe productive auto consomme 2 milliards, verse 2 milliards aux propriétaires et achète 1 milliards aux "stériles". Elle effectue ainsi 5 milliards de dépenses

 

 

Extrait du site CHPE ( Paulette TAIEB)

 

On voit ainsi nettement un tableau qui préfigure les schémas des avances de Marx et plus encore les tableau input/ouput de type Léontief.

 

- l'ordre politique: despotisme légal, la contradiction entre l'agrarianisme et l'impôt sur l'agriculture.

 

Les physiocrates en défendant le despotisme légal s'éloignent de Rousseau et Montesqieu comme on l'a vu sur le tableau précédent, le souverain a les mêmes intérets que les propriétaires fonciers ( il est le propriétaire éminent). Il déclare et protège dans ses applications les lois naturelles. Le pouvoir politique ( cf. le Mercier de la Rivière) est nécessaire, il doit être concentré dans les mêmes mains et il faut que la monarchie soit héréditaire. Déclarant les lois naturelles et s'y conformant, elle ne peut être arbitraire.

Si le produit net est le seul à produire des richesses, lui seul doit être taxé. Donc le souverain a tout intérêt à protéger l'agriculture seule base fiscale......Les "économistes" sont ainsi pour un impôt direct ( impôt direct = pauvre paysan pour Quesnay) proportionnel au produit net. Il servira à payer les fonctionnaires ( chargés de l'ordre naturel), aux infrastructures, et enfin à l'éducation publique et obligatoire.Enfin l'expansion coloniale est pour eux préjudiciable à la classe des fermiers et à celle des propriétaires fonciers.

 

-2.  Mouvement ou école physiocratique ?


 

 

La pensée physiocratique, aux yeux des historiens, est apparue dans la plupart des cas comme une pensée dogmatique strictement limitée dans le temps et dans l'espace, correspondant à une "forme d'esprit bien Française" (Barrère). La physiocratie est encore apparue comme une réaction organisée contre les excès des mercantilistes, Colbert notamment. Les "physiocrates" ont pu être caricaturés au point d'apparaître comme un ramassis de courtisans "réactionnaires". Ainsi a-t-on pu écrire que la doctrine physiocratique était une tentative désespérée des propriétaires fonciers pour arrêter le progrès technique, un essai de renversement de la noblesse pour sauver la monarchie contre le Tiers-Etat. ( Bernard, 1963, Goldman, 1952).

Selon Paul Harsin (1964) dans sa préface à l'ouvrage de J.F.Faure-Soulet ("De-Mandeville à Turgot"), il faut apporter une "très sérieuse atténuation à l'opposition accusée entre mercantilistes et physiocrates. Les néo-mercantilistes à la fin du 17è siècle et à la première moitié du 18è siècle (Petty, Cantillon) tirent leur philosophie et plus d'une de leurs conceptions du même fond idéologique que les physiocrates".

Il faut remarquer, à propos de la physiocratie, qu'elle représente un mouvement où les hétérodoxes sont plus nombreux que les disciples orthodoxes de Quesnay. Certes, il y a une école physiocratique après la conversion de Mirabeau et la mort de Gournay (1758); elle se constitue même en parti en 1767, avec son journal "les éphémérides du citoyen"), jusqu'en 1770 où , frappée de disgrâce, elle disparaîtra.

 

Mais la pensée physiocratique :

- a des origines beaucoup plus anciennes : Quesnay et Mirabeau vantent les grandes vues de Sully, que nombre de physiocrates considèrent comme le fondateur du mouvement, et le "Gouvernement économique idéal", aurait, selon eux, déjà existé lors des dix premières années du 17è siècle.

- se poursuit bien au-delà de la disparition des Ephémérides en 1772. A cette époque, l'école physiocratique, elle-même, disparaît, mais le mouvement se poursuit sous des formes diverses:

- En France, avec Turgot, qui expose une vision synthétique de la doctrine physiocratique, avec Morellet qui tente une synthèse entre les deux courants divergents qui coexistent depuis la mort de Gournay, de façon aussi heureuse avec les abbés Baudeau et Roubaud, ou encore avec des auteurs postérieurs comme Daire, Passy, le Marquis G.Garnier, (qui publie, en 1796 "l'abrégé de la lumière des principes de l'Economie Politique), et enfin avec Dutens qui publie sa philosophie de l'Economie Politique en 1835.

 

- En Allemagne avec Th. A. H. Schmalz, Conseiller du Roi de Prusse, et avec Margrave, Charles Frédéric de Bade, qui après avoir publié une "Analyse abrégée des principes de l'économie politique" fera l'expérience malheureuse de l'impôt unique dans plusieurs villages de son territoire.

 

- En Italie, avec de nombreux auteurs, tels que Filangieri, F. Paoletti.La pensée physiocratique influencera d'ailleurs plusieurs ministres toscans.

-

Mais aussi en Pologne : avec Strognowski et en Russie avec le Prince Galitzin.

 

Le  mouvement connaîtra aussi d'importants prolongements en Angleterre, pays qui n'échappe ni au mouvement physiocratique ni à ses excès. C'est ainsi qu'on y trouve des auteurs qui, tel W.Spence, reprennent, tels quels, les principes physiocratiques en les caricaturant, ou encore l'auteur anonyme de "the essential principles of the wealth of nations", (Londres 1797), auquel Marx consacre un chapitre de ses théories de la plus value. Smith a été largement influencé par les physiocrates; on sait que Marx consacrera un des chapitres des "Théories sur la plus value" aux aspects physiocratiques de l'oeuvre de Smith. L'analyse comparée des auteurs Anglais antérieurs et postérieurs à l'école physiocratique pourrait démontrer à quel point cette dernière est débitrice vis-à-vis des auteurs Anglais, à la fois par ses origines et ses prolongements.

S'il y a "école physiocratique" avec des particularités nationales, il y a un mouvement physiocratique qui, lui, est international, et correspond à certains problèmes posés par un état donné de complexité des modes de production.

Marx dans les Théorie sur la plus value, concilie ainsi le déterminisme géographique et l' analyse économique quand il affirme : "le système physiocratique se présente comme la nouvelle société capitaliste, s'installant dans le cadre de la société féodale. Il correspond donc à la société bourgeoise à l'époque, où elle nait du système féodal. Son lieu de naissance est donc la France, pays surtout agricole, et non pas l'Angleterre où dominent le commerce, l'industrie et la navigation maritime".

 

Marx insiste, à plusieurs reprises, sur la division de l'école classique, en deux pensées, "Anglaise et Française"; montrant comment les contrastes nationaux existant entre deux pensées, permettent d'éclairer les différences sociales économiques de l'Angleterre et de la France.Précisément, pour pouvoir analyser la plus value, il fallait que les auteurs se centrent sur le problème de la production hors des problèmes de la circulation. A ce point de vue, la France était un pays privilégie, étant donné la prédominance de l'agriculture dans l'activité générale du pays. C'est dans des conditions historiques données (tenant surtout à l'apparition du capitalisme rural) que le mouvement physiocratique arrivera à rassembler en système, des idées qui avaient été émises en France, et surtout en Angleterre. (Cf. Histoire des Doctrines Economiques - op. cit. p. 51). Cette vision systématique permettra à certains physiocrates une analyse plus poussée du capital, de sa circulation et de sa reproduction. La pensée physiocratique n'est donc pas un accident historique, elle n'est pas, non plus, une pensée réactionnaire.

Conscients de la décadence de l'agriculture Française et des difficultés rencontrées par les fermiers, ils auront tendance à associer difficultés des fermiers et difficultés des propriétaires, en condamnant le métayage, qui signifie, pour eux, pénurie de capital agricole. (Cf. Weulersse op Cit I p. 358). Ainsi, ils recommandent la grande agriculture et affirment que la productivité de la terre est en proportion des capitaux qui lui sont appliqués; seuls, la grande culture, et donc de grands capitaux, permettant l'introduction du progrès technique.

 

C'est un véritable bouleversement technique que proposent les physiocrates dans le cadre de leur projet de grande culture : on note dans leurs suggestions, l'extension de la méthode de l'assolement triennal qui n'était appliqué que dans le Nord et le Nord-Ouest de la France à l'époque, le développement de l'élevage grâce aux prairies artificielles et aux engrais, qui loin de se substituer à la culture, doit, au contraire, la favoriser : "telles sont les richesses en bestiaux, telles sont les richesses de l'agriculture". (Quesnay - Article "Hommes").Ils encourageront la mécanisation de l'agriculture, par exemple le semoir que Voltaire déjà recommandait. H.Denis souligne, avec raison, que "les physiocrates firent la théorie d'un capitalisme agraire" . Il rejoint en cela les conclusions du magnum opus de Weulersse, ou antérieurement, de Jean Jaurès, qui écrivait que "la conception terrienne des Economistes faisait corps avec le capitalisme moderne". Puisque toutes les propositions techniques et les propositions politiques qui leur sont assorties sont amenées en référence au modèle Anglais, il est donc impossible de comprendre le mouvement physiocratique sans faire référence à ce modèle, lui-même.

 

Le rôle important du modèle anglais sur la formation de la pensée physiocratique

 

Au 18è siècle, le modèle Anglais se substituera en France au modèle Hollandais ; Quesnay explique pourquoi dans les maximes du Gouvernement Economique (Appendice à l'article "Grains").

 

" La Hollande ne se soutient que par des privations éternelles. De là ce caractère laborieux, ces moeurs tristes, entretenus par la police et les lois les plus rigoureuses. L'opulence est presque aussi sombre que la misère. On louera donc le Hollandais, mais on n'enviera pas son sort ; son bonheur serait le malheur de tout autre peuple."

 

La politique économique Anglaise est enviée, car elle a permis d'enrayer, à partir du milieu du 18è siècle la baisse des produits agricoles, et donc des rentes qui sévissaient depuis un siècle. L'Angleterre après avoir manqué de blé "est en état, maintenant, de porter le blé aux nations qui en manquent". (Quesnay - Article "Grains"). Le sort du fermier Anglais déjà admiré par Voltaire (Voltaire, fin de la 9ème lettre sur les Anglais), est cité en exemple par la plupart des auteurs. (Cf. l'article "Fermiers", l'article "Grains",etc..).Ainsi, constatant la décadence de l'agriculture Française, (les prix des denrées avaient diminué de moitié de 1665 à 1695) Boisguillebert cite : "L'exemple de l'Angleterre qui achète la sortie des grains à prix d'argent. (Cf factum - chapitre XI p. 344). S'ils ne sont pas d'accord sur les moyens de la réaliser, tous les "Economistes" demandent la diminution du taux de l'intérêt, à l'exemple de ce qui s'est passé en Angleterre, car selon Boisguillebert "toute hausse de l'intérêt signifie la mort et la ruine de l'Etat". (Dissertation - chapitre V ); l'intérêt trop haut retarde et même empêche le progrès de la culture.

 

Les techniques Anglaises permises par le développement du capitalisme agraire sont discutées et leur application est recommandée. (Cf. S.J. Bourde "the Influence of England on the French Agronome". 1750 - 1789 - Cambridge. 1953). En matière économique, comme dans l'ensemble de la pensée, la France vit à l'heure Anglaise. Le Journal Economique écrit ainsi en 1755 que la France "achève de devenir Newtonienne". De façon générale, les économistes et les écrivains Anglais qui ont, peu ou prou ,encouragé le progrès des techniques, particulièrement en agriculture, sont admirés

Par exemple, commentant Swift qui écrit "Si j'avais un homme qui me produisit deux épis au lieu d'un, je le préférerais à des génies politiques" ; le philosophe Raynal ravi ajoute :

"La Nation qui produisait de tels écrivains devait réaliser cette belle sentence. L 'Angleterre double le produit de sa culture. L'Europe vit, sous les yeux, pendant plus d'un demi-siècle, ce grand exemple sans en être assez vivement frappée pour le suivre".

(Abbé Raynal : "Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes 1770 - Livre XIX Chapitre VII, Tome X )

Les traductions, les adaptations, les abrégés d'auteurs étrangers, surtout d'auteurs Anglais, se multiplient : En 1729 le "Paradis perdu" de Milton est traduit par Dupré De St Maur en 1736;il introduira, dix ans plus tard, "l'Economie Politique" de Locke en France, grâce à son ouvrage "Essais sur les Monnaies" (1746).

Déjà, d'Argenson écrit en 1736 "Les Français s'anglicisent".

 

 

.2.2. Les idées économiques de Smith : bonté de la Nature --> RDN

 

 

 

 

a. Smith, continuateur des physiocrates ?

 

Très influencé, Smith est très critique ( voir tome II de la RDN) par rapport au système mercantile et au "système ingénieux" des physiocrates dont il dénonce les erreurs mais "qui ne fera aucun mal en aucun lieu du monde."

Dans l'histoire des "Théories sur la plus value" ( Marx, Livre IV du Capital ?), Marx insiste sur les idées physiocrates de Smith, " tout imprégné des idées des physiocrates".

" Adam Smith défend encore une conception physiocrate qui corresponde à la période précédant directement la grande industrie.". Sa conception de la richesse est directement héritée des physiocrates ( somme des choses commodes, agréables et utiles à la vie)."

La bonté de la nature

Ricardo d'ailleurs dénonçait déjà dans les Principes le préjugé physioicratique de Smith selon lequel une somme donnée de travail productif donne toujours une reproduction supérieure dans l'agriculture par rapport à l'industrie car dans l'agriculture la nature intervient.

 

Prix et répartition: la rente première

D'où son erreur , dénoncée à la fois par Ricardo et Marx selon lequel le profit n'est qu'un prélèvement sur la rente. Par exemple quand Smith examine le prix de la dentelle, il déduit la consommation ouvrière , une autre partie du prix allant de la poche du propriétaire foncier à celle de l'entrepreneur. Alors, Smtih envisage l'accumulation du capital comme une privation que s'impose le capitaliste, cette privation sur sa consommation représentant sa contribution à la richesse nationale.

Un même libéralisme ?

On retrouve la même idée sur le le rôle de la liberté des échanges sur la baisse du prix des marchandises qui permet la hausse du prix relatif des biens agricoles....réciproquement toute hausse du prix des marchandises non agricoles décourage l'agriculture. Il reprend enfin chez les physiocrates l'idée de salaire moyen qu'il appelle le prix naturel du salaire. Si le salaire effectif dépasse ce niveau naturel, la population augmente, à 'linverse la productivité augmente.

 

b. Les grands axes de la pensée économique Smithienne.

 

Ils sont développés dans les " Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations".

- La division du travail (ch. 1) et ses conséquences

 

Dès les notes de cours on trouve l'idée que l'"opulence naît de la division du travail". La division du travail est illustrée par la manufacture d' épingles (GF p. 72), dite manufacture "homogène" ( Marx ) où la "puissance productive" (l'habileté artisanale) des travailleurs est augmentée, étant réunis ( au contraire de la manufacture hétérogène où ils sont dispersés).

Le fait de commencer son magnum opus par la division du travail est significatif de l'importance accordée au social et à la socialisation préfigure ce que l'on trouvera chez Emile Dürkheim en 1893 avec " De la division du travail"; oeuvre majeure fondatrice de la sociologie et du déterminisme ( l'acteur est déterminé par le système ) associé au holisme ( le tout l'emporte sur les parties).

On pourrait encore pousser la comparaison entre l'état stationnaire ( Smith) et l' anomie social (Durkheim ) qui guette une société dont la division du travail se désagrège.

 

"Le principe qui donne lieu à la division du travail " ( ch. 2 de la RDN) est l'intérêt réciproque; "donnez moi ce dont j'ai besoin et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous mêmes... ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger, que nous attendons notre dîner mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme". (ibid. p. 82).

 

Conséquence 1: l'accumulation du capital

 

L'accumulation du capital détermine la division du travail et réciproquement. On retrouve ici ce qui deviendra une thèse majeure du développement du capitalisme avec Marx ( fin de la section du Livre I du capital ) : l'accumulation primitive du capital. Cette thèse est au centre des travaux de  Michel Aglietta sur la régulation du capitalisme.

 

Conséquence 2:

 

  La différence entre travail productif et non productif : (GF,pp. 417- 421, 424, 429).Le travail productif permet de reproduire le fonds de capital ( par ex. dans l'agriculture et la manufacture) "ou encore à renouveler la portion de vivres, de matières, ou d'ouvrage fait qui a été retirée d'un capital".. Il faut donc que la division du travail permette l'augmentation de ces travailleurs.Le travail improductif concerne ce qui ne sert qu'à former un revenu ( salaire , profit ou rente).Il existe donc une proportion critique entre la somme des capitaux et celle des revenus qui est la "proportion dans laquelle se trouveront l'industrie et la fainéantise" .

 

Conséquence 3 : la main invisible:

 

Il ne suffit pas de mettre en valeur les intérêts personnels, comment les harmoniser ?

 

Dans la recherche de l'intérêt personnel , l'individu cherche à augmenter le revenu national, il est "conduit par une main invisible à remplir une fin qui ne rentre nullement dans ses intentions" ( ibid, tome II, pp. 40- 41). Cette idée, réputée, est à remettre dans le contexte d'un chapitre consécré au commer international ( Livre IV ch.II: Des entraves à l'importation..). La main invisible coïncide avec le libre échange.On retrouvera cette idée chez Hayek: les actions privées aboutissent inentionnellement à un ordre social spontané, complexe et donc difficile à connaître et à réglementer.

 

 

Les trois composantes du prix ( GF, pp. 118- 120 et 122).

Le prix se résout en ses trois composantes: salaires rentes, profits. Cette théorie du prix par ses composantes sera reprise par J.B. Say et sa théorie des services productifs.Marx critiquera cette composition en montrant qu' elle se heurte à un problème de récurrence à l'infini: le prix dépend par ex. de l'amortissement qui dépend du prix de la machine qui dépend de son amortissement... etc.....

Autre difficulté ( Deleplace p. 123): le prix exige la connaissance du profit qui ... est la différence entre la quantité du travail commandée par les marchandises produites et quantité de travail qu'elles incorporent.

Prix naturel et prix de marché.( GF,pp. 125- 128).

Le

- 222- Répartition, prix et valeurs.

 

Lle prix   naturel correspond au coût de production qui lui même résulte des taux naturels des salaires, profits, rentes....le prix de marché correspond au jeu de l'offre et de la demande ( effective, différente de potentielle, appellée par Smih, "absolue". Il existe une gravitation du prix de marché autour du prix naturel

 

Valeurs d'usage et valeurs en échange: l'apparition des grandes difficultés logiques de la pensée classique.

Si la richesse est somme de valeurs en usage, la valeur d'échange repose sur la quantité de travail qu'elle peut acheter sur le marché. Mais, la quantité de travail commandé est le résultat d'un échange qui .....suppose que l'on connaisse le salaire ( et donc les biens salaires) correspondant à cette quantité de travail. Il faut donc connaître préalablement la valeur d'échange des biens salaires.

Cette théorie sera réhabilitée par Sraffa : celui ci montre que pour un taux de profit donné, il existe dans un système de production une quantité de travail qui rétablit l'unité des prix. Si ce système est étalon ( des autres systèmes de production), alors il contient un salaire étalon qui peut commander une quantité de travail "étalon" .

 

- La théorie de l'Etat et l'avantage absolu en commerce international.

 

L'Etat doit respecter la liberté naturelle des citoyens et il est donc l'Etat gendarme, préfigurant les théories de Friedman ( Capitalisme and Freedom): protégeant les citoyens contre eux mêmes et contre l'étranger.Si les trois premiers livres traitent de l'économie ( travail productif et distribution de produit entre classes ( Livre I), nature des capitaux ( Livre II), histoire comparée de l'opulence selon les nations ( Livre III), les deux autres livres traitent plutôt de l'Etat soit par rapport aux systèmes précédents d'économie politique ( Livre IV) et surtout le " Revenu du souverain ou de la politique" ( Livre V).Dans ce cadre ( GF, p.11), l'économie politique est "une branche des connaissances du législateur et de l'homme d'Etat" et " se propose d' enrichir à la fois le peuple et le souverain".

 

Ce dernier aspect est souvent méconnu, or les propos de Smith sur les dépenses et les recettes de l'Etat sont très actuels.En particulier, la section sur les impôts ( GF,tome II, p. 456) donne les quatre règles modernes de l'impôt: égalité ( % au revenu de chacun), certitude, commodité, économie.

 

- La théorie du commerce international de Smith est en cours de réhabilitation ( Siroen, Cahiers Français, Le commerce international, Oct/dec. 1991).

 

- 1) par son concept d'avantage absolu, Smith préfigure la compétitivité et met en évidence les phénomène monétaires, en particulier les problèmes de salaire et taux de change. L'avantage absolu a trait au coût d'un même bien dans deux pays ( au lieu des avantages comparatifs d'un même bien dans un seul pays).

 

- 2) En introduisant les rendements d'echelle croissants préfigure les théories contemporaines ( Lancaster, Becker, Krugman) de l' échange international où il n 'est plus nécessaire que les pays soient différents pour s'échanger des biens. En définitive, derrière une pensée agrarianiste, apparaissent des élèments importants de l'analyse économique contemporaine: prix, valeur, impôt...dans ce qui reste une économie politique. La même remarque pourrait être faite à propos de Malthus ( 1776-1836) qui derrière un naturalisme social (in Essai sur le principe de population, 1738) et un agrarianisme marqué ( cf. sa controverse avec Ricardo) améliore la loi de l'offre et de la demande, suggère une amélioration de la répartition.et développe un théorie très moderne de la demande effective.

 

Conclusion

 

Adam Smith est d'abord un professeur de logique, de philosophie morale et politique, avant d'être un économiste. Il le deviendra à la faveur d'un séjour sur le continent et développera ainsi l'économie comme un cas d'exception à sa théorie des sentiments moraux. A. Smith adopte le point de vue de l'anthropologie économique en s'interrogeant préalablement sur la nature de l'homme dans sa relation aux autres.

 

Cette économie reste très marquée par les physiocrates et un préjugé agrarien sur la bonté de la nature et la priorité de la rente. Mais elle dépasse ce cadre en analysant plus généralement la division du travail et ses conséquences sur la richesse, aussi bien la richesse comme un "stock " de valeurs d'usage que la richesse comme "pouvoir " dans la société d'échange (voir Deleplace 1999 ).

Il existe plusieurs conceptions économiques intéressantes, particulièrement dans le domaine de la valeur, de la répartition et des prix. Notamment la distinction entre travail incorporé et travail commandé permet de fonder le profit comme rapport entre les deux. Mais ce profit dépend du coût du travail, par exemple du salaire et donc du prix naturel

Cette idée, selon Benetti ( 1974) et Deleplace ( 1999), est contradictoire avec la théorie naïve de la formation du prix par rapport à ses coûts, selon laquelle le profit déterminerait le prix naturel….ainsi le prix naturel détermine le profit qui détermine le prix naturel…

La principale critique vient de Marx, à la fois sur l'agrarianisme de Smith et le fait qu'une théorie du prix fondée sur la répartition en ses composantes revient à une régression à l'infini…(ou encore le prix dépend de la répartition).

De nombreuses théories sont imputées par la suite à Smith, par exemple la conception moderne des finances publiques ou encore de la demande effective, capable de satisfaire les prix naturels (fermages + profits + salaires) différente des désirs ou de la demande absolue (le pauvre qui veut des carrosses !).

Le prix de marché est déterminé par la "proportion " entre la quantité d'une marchandise sur un marché et sa demande effective. Cette proportion est déjà chez Cantillon ( 1687-1734).

 

1.2.3. Smith fondateur de l'anthropologie économique ?

 

Un homme fragmenté (l'homo oeconomicus)  dans  la  microéconomie,  un homme englobé,  dans les catégories et les agrégats de  la macroéconomie. Un homme outrageusement    universel  dans la théorie  économique pure  (au-delà  du  temps  et  de  l'histoire), un homme discriminé selon sa capacité à se développer dans les théories du développement.  On  pourrait multiplier les images souvent trop faciles de l'homme « éclaté » par la science économique, en particulier  celles  développées  par  Polanyi (1944)  et  son préfacier Louis   Dumont (1977)

 Cette fragmentation  serait  inhérente  à  la  naissance  de  l'économie politique  et  aux idées contenues dans son livre fondateur, la Richesse des Nations  (Smith,  1776) ; cet  ouvrage  isole  la  propension  de l'homme  économique sous  l'influence  de  la division du travail, à « pratiquer le troc, transporter et échanger  des marchandises ». Une ère commence  où,  selon L.Dumont,  l'individualisme égoïste fait triompher les rapports  naturels aux choses sur  les  rapports  entre les hommes. Selon l'anthropologie économique revue par Polanyi, l’homo oeconomicus est un avatar de l'échange marchand alors que  l'homme peut se passer du marché ; en témoignent les exemples « anthropologiques » de réciprocité et de  redistribution  (la  Kula  des  îles  Trobriand  et  le  Potlatch  des  Kwakiutl).


Dumont prolonge l’idée selon laquelle l'économie politique classique éliminerait   de  sa  théorie  de  la  valeur  les  éléments relationnels et subjectifs au profit des choses.

 

Cela est  tout  à  fait vrai  du  traitement  effectué  par  Sraffa  de  l'analyse  du  prix des marchandises par les marchandises.  Il en serait de  même  de  l'analyse néo-classique  qui reprend l'homo oeconomicus et la main invisible dans ses modèles paradigmatiques, notamment l'équilibre général de Walras et de Arrow/Debreu.  Ainsi  Walras, veut obstinément étudier les « relations entre les choses, non les gens, et a cherché, avec un  succès notable,  à  éliminer les  relations  humaines de son point de vue ». (Bowles, Gintis, 1993).
Ces écrits  méconnaissent   les conditions historiques qui font naître simultanément à la fin du  XVIIIe siècle,   l'anthropologie   (Smith, 1759 et Kant, 1768-1798) et l’économie politique (Smith, 1776).  Ainsi, la théorie économique est une  conséquence de la réflexion anthropologique. Dans l'œuvre  de  Smith,  les  Sentiments  Moraux (1759)  conditionnent  la  Richesse des Nations  (1776).  Le premier ouvrage étudie comment les règles  de   la   morale   favorisent la   sympathie  mutuelle ; règles  générales que l'individu  déforme  par  ses  passions  et auxquelles il tente de répondre par son  « self command ». Cet homme socialisé peut alors être étudié dans son comportement économique. Kant note, dans ses réflexions sur l'anthropologie, que Smith  « va vers la racine des  choses »  et  « touche à chaque sujet non de son seul point de vue, mais du point de vue de  la  communauté ».  Smith  dans  la Théorie des Sentiments Moraux  traite d’un  objet tout à fait similaire à celui de Kant dans les  rapports  entre   les hommes. Les deux auteurs traitent du même sujet : l'anthropologie, « une doctrine de la connaissance de  l'homme,  formulée de manière systématique ».


Les deux ne traitent pas d'une anthropologie « physiologique » qui vise  à l'exploration  de  ce  que  la  nature  fait   de  l'homme, mais, selon Kant,  de « la connaissance pragmatique, celle de ce que l'homme, comme être  agissant par liberté, fait ou peut et doit faire de lui-même ». Pourtant, traditionnellement,  la   pensée   économique n'a jamais abandonné  l'idée  que  les  mœurs  économiques soient  conduites  par des hommes raison-nables.Ils sont des êtres  autonomes,  capables de comprendre les   normes universelles, de les adapter à leur personnalité et   à   leur  environnement  social,  en  fondant  leur  altérité.

 

 Comment pourrait-on nier que l’analyse des  rapports  entre  les  hommes fonde la plupart des théories dites  « néo-classiques» ? Les rapports intersubjectifs constituent l'objet de   l'économie   publique   et de ses différents  domaines  (choix, optimum, exter-nalités, équité, justice, etc.)Aussi, curieusement,  l'analyse  des  comportements  économiques,  objet d'une  majeure    partie    de   la   littérature   économique,  est  au centre  de l'anthropologie tout en ayant tendance à  s'en  éloigner.  Il existe de   nombreuses déviations anti-anthropologiques. A ce titre, la rupture entre Smith et Ricardo est totale. Les  préoccupations anthropologiques  de  Smith  sont  absentes  du  texte  de Ricardo et le prolongement sraffaien sera l'un des textes les plus  a-anthropologiques de la littérature économique, comme pur rapport entre les choses. Néanmoins, cette  tradition  a  souvent  amené  à  dissocier les actes économiques positifs, comme modalités de la maximisation sous contraintes, des normes qui leur préexistent. En effet,  si  l'homme  est  social  (d'où  l'idée  que l'économie  est  publique), il doit trancher dans les normes qui émanent de cet environnement social, de ce que  l'on  appellera  plus  tard,  sa « communauté ».  En  effet,  le  réseau  social  d'un individu est bien la résultante de l'attitude et  des  choix  effectués  par  rapport  à cet environnement.  Ces choix sont liés au comportement  économique de chacun  et non uniquement au problème de l'agrégation des choix. Enfin, en économie publique, les principes sont  rédigés formellement comme s’ils étaient réalisés, perdant ainsi leurs  modalités normatives.

 

 

 

 

 

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Thomas Robert  Malthus ( 1766-1834)

 

 

 

 

 


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-3-Thomas Mathus (1766-1834)

 

 

A la fois pasteu r dans l’eglise  anglicane et enseignant l’économie au Collège de la Compagnie anglaise des Indes orientales.

 

Il est  connu par son « Essai sur le principe de population » publié en 1803 ; il  publiera aussi  ses « Principes d’économie politique »(1820) et de nombreux pamphlets

 

Les historiens de la pensée économique ont tôt fait d’en faire un précurseur de Keynes ; par contre, il  aura une grande influence sur Ricardo avec qui il échange une centaine de lettres .L’Essai sur les profits de Ricardo est directement influencé par Malthus. Ricardo s’installera dans la problématique malthusiene pour mieux la critiquer .Enfin Malthus sera réputé par son analyse de la  répartition, au profit de la consommation productive.

 

 

1-      Essai sur le principe de population

 

Fondé sur le rapport entre subsistances et population. :

 

«  Nous sommes donc en état de prononcer , en partant de l’état actuel de la terre habitée que les moyens de subsistance, dans les circonstances les plus favorables à l’industrie , ne peuvent jamais augmenter plus rapidement qu’une progression arithmétique. » Essai, Livre1, Chapitre1.

 

Cette analyse débouche sur un « optimum de population », qui maximise le revenu par tête.

 

-2  la richesse connaît trois sources :  la terre, le capital, le travail

 

La terre  fournit les matières et les aliments .

 

.La consommation peut être destructive ou reproductive .

 

Le capital  peut être fixe et circulant ;

 

Le  travail  est productif ou improductif selon qu’ il se réalise ou non directement dans des produits matériels.

 

 

 

 

3 -Rente, salaires profit.

 

Malthus énonce tardivement   une loi des rendements décroissants, très controversée :il montre que   l’amélioration des cultures devient de  plus en  plus coûteuse

 

Le profit : paiement pour l’usage des fonds

 

Le salaire : versé aux travailleurs en fonction d’un salaire moyen.

 

4-       Contre l’assistance aux pauvres , « encartés ».

 

Finalement  l’agriculture est un facteur spécifique dans une conjoncture spécifique  et ne peut être assimilée aux autres : ainsi,ces autres facteurs  connaissent  une productivité marginale

 en valeur .Leurs résultats sont différents  selon . les régions :

 

 

5-Ricardo prolonge les acquis malthusiens en montrant que les conclusions pratiques doivent être différentes ; il souligne encore les différences d' analyse en ajoutant des réflexions sur la valeur.

Les deux auteurs divergent totalement sur la dynamique des emblavements; comment justifier la mise en culture de terres de plus en plus mauvaises ?

Selon Malthus, la rente est l'élément déterminant de la mise en culture des terres car propriétaires fonciers et fermiers ( surtout dans un faire valoir mixte !) ont un intérêt commun à la mise en valeur des terres. On peut ainsi imaginer que le prix des produits agricoles augmente proportionnellement plus vite que les coûts de production.

Cette convergence supposée des intérêts du propriétaire foncier et du fermier est au centre des divergences théoriques:

 

- Pour Malthus, la rente est la différence entre la valeur d'échange du blé et les coûts de production, y compris le profit; rente et profit pouvant varier dans le même sens.

 

- La rente, selon Ricardo est une fraction du profit et les deux varient en sens opposé. "Une rente élevée s'accompagne invariablement de bas profits" .

 

-6 Mais les divergences les plus connues des deux auteur sont  pratiques.

 

Selon Malthus, la libération des importations de blé aggravera la dépendance de l'Angleterre et les risques associés à cette situation:

- risques politiques ( relations avec les puissances continentales)

- risques agronomiques ( mauvaises récoltes à l'étranger)

- risques sociaux (ruine de certains fermiers, perte de pouvoir d'achat pour les travailleurs)

- risques financiers ( alourdissement artificiel du service de la dette et donc des impôts).

 

Ces dangers ne sont qu'"affaire d'opinion" et ne peuvent être correctement estimés, selon Ricardo, qui admet néanmoins la possibilité de mesures transitoires.Les divergences "pratiques" portent sur les leçons à tirer de la particularité de la terre par rapport aux autres "machines". Cette activité est sur- rentable pour Malthus et par contre , dans la dynamique ricardienne, pénalise l'ensemble de l'activité économique par les bas profits réalisés sur les terres marginales. La dynamique grandiose associe ainsi les préjugés malthusiens ( démographiques et agronomiques) à la loi sur la péréquation des taux de profit et suscite ainsi le mouvement fatal qui lie le taux de profit agricole au taux de profit moyen.

 

- 3 Ricardo et Say: incompréhensions et oppositions

 

Le débat initial de l'Essai, étroitement lié à Malthus, est internationalisé dans les Principes, avec la place grandissante accordée à Jean- Baptiste Say.Ricardo cite et le plus souvent critique les idées de Say dans les différentes éditions des Principes.

 

Le "Traité" , le "Catéchisme", les "Lettres à Malthus" de Say sont traduits en anglais et, de son côté Say, accordera une place importante aux "Principes" de Ricardo.Les deux hommes se rencontrent lors de la visite de Say en Grande -Bretagne (1814) et lors du "Grand Tour " de Ricardo en Europe de 1822. Leur correspondance comporte dix sept lettres, écrites entre décembre 1814 et mai 1822.

Mais l'importance qu'ils s'accordent mutuellement n'est-elle qu'un faire valoir ? Ou traduit- elle une influence réciproque ?

Stuart Mill juge le "Traité" de Say , "supérieur à celui d'Adam Smith" et lui trouve le "génie de faire progresser la science". Mac Culloch sera plus restrictif en limitant l'apport de Say à la loi des débouchés.(Mac Culloch, 1863).

Ricardo est réservé dès sa lecture du "Traité" de Say en 1814 où "de nombreux points ne sont pas établis avec satisfaction" (Lettre à Malthus du 18 décembre 1814) et ajoute " cependant l'homme est simple et je le considère comme un compagnon instructif". L'éloge de J-B. Say est appuyé dans la préface de la première édition anglaise de 1817; il y est question des "excellents ouvrages de J-B.Say, premier écrivain du continent (ou parmi les premiers) à apprécier les principes de Smith à leur juste valeur et à les appliquer".

 

Les divergences entre les deux auteurs sur la valeur et la rente, s'accentuent par la suite.
 

3. 1 Divergences sur la valeur

 

Dès la lecture du "Catéchisme" de J-B Say, Ricardo lui oppose sa conception de la valeur:

" Une marchandise doit être utile pour avoir de la valeur, mais sa difficulté de production est la vraie mesure de la valeur." ( Lettre de Ricardo à J-B.Say, du 18 août 1815)

Quelques jours après ( le 10 septembre suivant), Say tente un compromis en traduisant "difficulty of production" par frais de production, c'est à dire prix des facteurs. " Je dis donc comme vous, que les frais de production d'une chose déterminent la plus basse limite de son prix; mais ils ne sont pas la cause première du prix qu'on en offre."

L'incompréhension devient manifeste avec le chapitre sur la valeur des "Principes". Elle se traduit par des notes sévères de Say lors de la traduction française de 1819 : Ricardo a "tort", "est dans l'erreur", "ne comprend pas" ..et le lecteur aura intérêt à se reporter au "Traité" de Jean- Baptiste Say.

En définitive, selon une autre note de Say " Une mesure invariable des valeurs est une chimère parce qu'on ne peut mesurer les valeurs que par des valeurs, c'est à dire par une quantité essentiellement variable".

Dès les notes connues et avant même leur publication, le clan ricardien, en particulier J. Mill, est indigné. " Je suis plein de mépris pour ces notes de Say..Il n'y a pas une seule de vos doctrines qu'il ait saisie ou dont il ait perçu quelque signification" (Lettre de Mill du 24 décembre 1818 ).

Ricardo tente cependant à plusieurs reprises de préciser sa position, par exemple dans cette lettre du 11 janvier 1820: " Je ne dis pas que c'est la valeur du travail qui règle la valeur des marchandises..Je dis que c'est la quantité relative de travail nécessaire à la production des marchandises qui règle leur valeur". Say répond immédiatement en mars 1821 qu'il ne comprend pas la différence entre " la valeur du travail qui ne détermine pas la valeur des produits et la quantité de travail nécessaire à leur production qui détermine la valeur des produits".

Malgré cette incompréhension, Ricardo, en mars 1821, dans la préface de la troisième édition, essaie de répondre aux "doctrines" de Say "à partir des modifications qu'il a introduites dans la quatrième et dernière édition de son ouvrage".

Le ton change "M.Say me semble avoir été singulièrement maladroit dans sa définition de la richesse et de la valeur" . Mr Say, "se contredit", "a tort" et, surtout , effectue des critiques déplacées envers la théorie de la richesse de Smith: " Les conclusions auxquelles aboutit M.Say lui appartiennent, ce ne sont pas celles du Dr Smith." Néanmoins Ricardo tente d'accomoder Say en interprète "malgré lui" de la pensée ricardienne: " ...Mr Say soutient à peu de choses près la doctrine que je défends sur la valeur". " Quand vous dites que les marchandises ont de la valeur en proportion de la quantité de travail qu'elles contiennent, vous exprimez en fait la même opinion que moi en d'autres termes" ( Lettre de Ricardo à Say du 5 mars 1822)

Si l'incompréhension caractérise les échanges théoriques entre Say et Ricardo à propos de la valeur, une opposition totale se développe entre eux sur le problème de la rente.

 

3. 2 Divergences sur la rente

 

Le contraste national entre l'économie politique française et anglaise commence par une incompréhension linguistique.

 

Lorsque Ricardo cite Say, il traduit profit foncier ou fermage par "rent" ou "revenue". A son tour, Say annotant Ricardo conteste l'usage du mot rente, arguant qu'en français, le terme s'applique non au revenu des biens-fonds mais à une "annuité, une charge hypothéquée sur le bien-fonds, et donc sur le propriétaire". Constancio suit l'avis de Say dans la traduction de 1819 et avoue en note du chapitre II: " J'ai donc été forcé de rendre le mot anglais très vague "rent" tantôt par profit des fonds de terre, et tantôt par fermage".

Say explique dans son cours d'économie politique qu'un fonds de terre est, de la même manière qu'un capital, un "instrument" qui seconde l'action de l'industrie. Dès lors, à travers la "coopération du sol", il existe un "service foncier" qui doit être rétribué par un " profit foncier". Ce profit foncier dépend de l'offre et de la demande de services fonciers. La demande d'un service foncier est supposée illimitée, dans la mesure où les besoins des consommateurs et leur enrichissement ne connaissent eux-mêmes pas de limite; l'offre est bornée par l'étendue des terres cultivables.

Fort de ses conceptions, Say développe sa propre théorie dans ses notes au chapitre II des "Principes": "Il m'a paru plus simple d'exposer ce que je crois être le véritable état des choses, que de combattre, paragraphe par paragraphe, la doctrine de M. Ricardo".

En effet l'opposition est totale. Pour Ricardo, la notion de profit foncier rétribuant le propriétaire est inadmissible; elle correspond à une fausse perception des classes. Un propriétaire foncier ne peut avoir le même revenu qu'un capitaliste ou un fermier. Ainsi en 1821 ( Sraffa I-187), Ricardo répond à Say qu'un propriétaire foncier "n'a aucun moyen d'employer ses soins, son économie et son savoir-faire sur sa terre, à moins de l'exploiter lui-même, c'est alors en sa qualité de capitaliste et de fermier qu'il réalise ces améliorations, non en sa qualité de propriétaire".

L'erreur de Say s'inscrit dans une tradition française qui tente, au contraire de Ricardo, d'estomper l'opposition entre propriétaires et capitalistes. Si le revenu du propriétaire foncier n'est qu'un revenu de monopole, le statut particulier de la rente différentielle ne peut être compris et ainsi toute la dynamique grandiose.

3. 3 Ricardo et la loi de Say.
 

Dès la préface, Ricardo salue les "excellents ouvrages de M.Say, premier écrivain du continent", en particulier les "discussions originales fécondes" de la première partie du Chapitre XV , "Des débouchés". de son "Economie Politique" (2 ° edit, 1814). Reconnaitre , sinon renforcer la loi de Say, permet à Ricardo de mieux mettre en valeur l'idée que la "facilité avec laquelle on produit la nourriture et les produits nécessaires au travailleur" est le facteur essentiel de baisse et de hausse des profits. En d'autres termes, la diminution du taux de profit ne provient pas d'un problème de débouchés ou de thésaurisation, mais de la difficulté croissante à se procurer de la nourriture.

Dans le chapitre XXI ( les effets de l'accumulation sur le profit et l'intérêt), Ricardo s'oppose initialement à la théorie smithienne des profits.

Smith croit que la baisse des profits est limitée par le nombre d'occasions d'investissement, venant de la concurrence des capitaux dans une même branche d'activités. Or, en l'absence d' accélération des hausses de salaires, la pleine utilisation du capital est possible, ce que comprend J.B. Say.

On peut imaginer une limite à la production de nourriture et une situation stationnaire où chaque homme renonce à la consommation de biens de luxe afin de se consacrer à l'accumulation de capital. Mais la demande de blé fait exception par son inélasticité.

Le taux de profit ne dépend pas plus d'un éventuel sous emploi des capitaux que du taux d'intérêt du marché monétaire. En effet, si le marché monétaire est équilibré, les forces monétaires n'agissent pas. Il faut donc voir que la force première est le taux de profit du capital qui, pour utiliser l'expression de Wicksell, est le "taux naturel". Le "taux de marché" doit donc s'aligner sur le taux naturel. De ce point de vue, selon Ricardo, l'épargne signifie la même chose que "accumulation du capital" et il n'est besoin de justifier l'épargne des "landlords" à la façon de Malthus (1820) (sur ce point ,cf.Pasinetti, 1974).

Considérant les produits accumulés de façon capitalistique, Ricardo reprend la loi de Say dans son esprit initial afin de montrer que l'offre s'adapte toujours à la demande, sauf dans le cas des biens de subsistance. Cette exception provoquant la marche inéluctable vers l'économie stationnaire.

3. 4 Cette extension vaut- elle pour le marché du travail ?

 

Lorsque Ricardo cite Say, il traduit profit foncier ou fermage par "rent" ou "revenue". A son tour, Say annotant Ricardo conteste l'usage du mot rente, arguant qu'en français, le terme s'applique non au revenu des biens-fonds mais à une "annuité, une charge hypothéquée sur le bien-fonds, et donc sur le propriétaire". Constancio suit l'avis de Say dans la traduction de 1819 et avoue en note du chapitre II: " J'ai donc été forcé de rendre le mot anglais très vague "rent" tantôt par profit des fonds de terre, et tantôt par fermage".

Say explique dans son cours d'économie politique qu'un fonds de terre est, de la même manière qu'un capital, un "instrument" qui seconde l'action de l'industrie. Dès lors, à travers la "coopération du sol", il existe un "service foncier" qui doit être rétribué par un " profit foncier". Ce profit foncier dépend de l'offre et de la demande de services fonciers. La demande d'un service foncier est supposée illimitée, dans la mesure où les besoins des consommateurs et leur enrichissement ne connaissent eux-mêmes pas de limite; l'offre est bornée par l'étendue des terres cultivables.

Fort de ses conceptions, Say développe sa propre théorie dans ses notes au chapitre II des "Principes": "Il m'a paru plus simple d'exposer ce que je crois être le véritable état des choses, que de combattre, paragraphe par paragraphe, la doctrine de M. Ricardo".

En effet l'opposition est totale. Pour Ricardo, la notion de profit foncier rétribuant le propriétaire est inadmissible; elle correspond à une fausse perception des classes. Un propriétaire foncier ne peut avoir le même revenu qu'un capitaliste ou un fermier. Ainsi en 1821 ( Sraffa I-187), Ricardo répond à Say qu'un propriétaire foncier "n'a aucun moyen d'employer ses soins, son économie et son savoir-faire sur sa terre, à moins de l'exploiter lui-même, c'est alors en sa qualité de capitaliste et de fermier qu'il réalise ces améliorations, non en sa qualité de propriétaire".

L'erreur de Say s'inscrit dans une tradition française qui tente, au contraire de Ricardo, d'estomper l'opposition entre propriétaires et capitalistes. Si le revenu du propriétaire foncier n'est qu'un revenu de monopole, le statut particulier de la rente différentielle ne peut être compris et ainsi toute la dynamique grandiose.

3. 3 Ricardo et la loi de Say.
 

Dès la préface, Ricardo salue les "excellents ouvrages de M.Say, premier écrivain du continent", en particulier les "discussions originales fécondes" de la première partie du Chapitre XV , "Des débouchés". de son "Economie Politique" (2 ° edit, 1814). Reconnaitre , sinon renforcer la loi de Say, permet à Ricardo de mieux mettre en valeur l'idée que la "facilité avec laquelle on produit la nourriture et les produits nécessaires au travailleur" est le facteur essentiel de baisse et de hausse des profits. En d'autres termes, la diminution du taux de profit ne provient pas d'un problème de débouchés ou de thésaurisation, mais de la difficulté croissante à se procurer de la nourriture.

Dans le chapitre XXI ( les effets de l'accumulation sur le profit et l'intérêt), Ricardo s'oppose initialement à la théorie smithienne des profits.

Smith croit que la baisse des profits est limitée par le nombre d'occasions d'investissement, venant de la concurrence des capitaux dans une même branche d'activités. Or, en l'absence d' accélération des hausses de salaires, la pleine utilisation du capital est possible, ce que comprend J.B. Say.

On peut imaginer une limite à la production de nourriture et une situation stationnaire où chaque homme renonce à la consommation de biens de luxe afin de se consacrer à l'accumulation de capital. Mais la demande de blé fait exception par son inélasticité.

Le taux de profit ne dépend pas plus d'un éventuel sous emploi des capitaux que du taux d'intérêt du marché monétaire. En effet, si le marché monétaire est équilibré, les forces monétaires n'agissent pas. Il faut donc voir que la force première est le taux de profit du capital qui, pour utiliser l'expression de Wicksell, est le "taux naturel". Le "taux de marché" doit donc s'aligner sur le taux naturel. De ce point de vue, selon Ricardo, l'épargne signifie la même chose que "accumulation du capital" et il n'est besoin de justifier l'épargne des "landlords" à la façon de Malthus (1820) (sur ce point ,cf.Pasinetti, 1974).

Considérant les produits accumulés de façon capitalistique, Ricardo reprend la loi de Say dans son esprit initial afin de montrer que l'offre s'adapte toujours à la demande, sauf dans le cas des biens de subsistance. Cette exception provoquant la marche inéluctable vers l'économie stationnaire.

3. 4 Cette extension vaut- elle pour le marché du travail ?
 

 

 



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