- Les thèorèmes de l'altruisme: Becker/Barro/Buchanan
1-Interaction sociale et Rotten Kid: Gary Becker.
1. La théorie de Becker s'inscrit dans la tradition économique de la demande de caractéristisques (Lancaster). La demande peut être considérée comme une production de caractéristiques dans le temps, appliquées tant à des biens matériels qu'à des personnes. Ainsi le revenu a une double composante, le revenu individuel et l'estimation monétaire de l'environnement.
Sa théorie de l'interaction sociale met en lumière comment l'individu adapte en permanence sa contrainte sociale; l'exemple le plus saisissant étant celui de l'enfant gâté. L'enfant est égocentrique, mais s'il apparait altruiste, cela revient à un calcul, à une simulation afin de maximiser ses gains. De façon générale le problème est alors de savoir si dans une société évolutive, l'altruiste est perdant et tend à être éliminé (cf. Bergstrom et Stark, 1993). Le théorème du "rotten kid" généralisé (Koulibaly, 1992) conduit à l'idée que les bénéficiaires de l'altruisme de A mettront tout en oeuvre (courage et motivation) pour agir comme s'ils étaient altruistes entre eux, par rapport à A. Ils agiront ainsi à cause de l'anticipation des effets de leurs actions égoïstes sur la réaction de A. Comme l'égoïste peut parfaitement simuler le comportement de l'altruiste pour son intérêt, alors le nombre d'altruistes que l'on peut rencontrer augmente en même temps que s'élève la consommation personnelle des altruistes. Dès lors, la consommation d'un vrai altruiste sera pareille à celle d'un égoïste quand l'égoïste simulera l'altruisme, étant entendu que la consommation d'un vrai altruiste ne dépasse pas celle d'un vrai égoïste. Le comportement d'altruiste apparent , qu'il soit vrai ou simulé, accroît la demande de consommation personnelle.
-2. Un optimum à propos des relations interpersonnelles
Gary Becker utilise "l'approche économique", une méthode qui privilégie le comportement de maximisation de l'utilité , la coordination des actions sur les marchés pour des prix donnés et l'hypothèse de stabilité des préférences.
Cette méthode ne s'arrête pas à l' économie., mais à tous les types de comportement, le bien public connaissant alors une conception extensive et pouvant désigner le bonheur, l'esthétique, le politique. Elle peut être étendue à l'interaction sociale entre les comportements de plusieurs personnes, ce qui signifie que ces personnes peuvent rentrer dans les fonctions d'utilité les unes des autres. Comment une telle intégration est-elle possible ?
Des modifications sont nécessaires à la fonction d'utilité. Elle n' intègre pas des personnes ou des biens directement, mais des caractéristiques à la façon de la nouvelle théorie du consommateur (Lancaster, 1966) et plus tard de l'économie internationale (commerce intrabranche, Lancaster, 1979) .
Gary Becker complète cette théorie : chaque agent peut produire et consommer des caractéristiques dans le temps. Cette dernière hypothèse est aussi novatrice que celle des caractéristiques, elle inaugure une nouvelle conception, à propos du ménage ou de la famille, du producteur- consommateur (PC).
L' hypothèse centrale est celle de l'altruisme ; Becker (1977) fait l'hypothèse d'un altruisme bienveillant:
" Fondamentalement, par définition, un altruiste souhaite réduire sa propre consommation, en vue d' accroitre la consommation des autres".
En d'autres termes, l'altruisme consiste à intégrer positivement l'utilité de l'autre dans sa propre fonction d'utilité. Cet altruisme peut être encore défini par la capacité à s'adapter ( fitness) , cette dernière conception étant empruntée à la sociobiologie. L' altruisme consiste alors à vouloir réduire sa propre adaptation pour augmenter celle de l'autre, par exemple en transférant des biens.
Ainsi chaque personne a non seulement un revenu individuel, mais en plus un revenu tiré de l'environnement social, la somme des deux composant le revenu social.
La solution la plus simple est émise par Becker, en considérant que chaque personne a une dotation composée à la fois de revenu social et de revenu individuel. Le revenu social vient de ce que la personne peut faire des efforts pour surmonter sa simple contrainte sociale. Ces efforts peuvent avoir des résultats positifs ou négatifs. Jusqu'à un équilibre qui peut être un optimum social; ceci amène à réfléchir sur les stratégies optimales de redistribution.... puisque le revenu "social" doit émaner d'une libre volonté ou d'une contrainte pour un ou plusieurs partenaires sociaux.
La fonction d' utilité est Ui = U (Z1,...,Zm) pour la ième personne avec les Z qui sont les besoins essentiels (basic wants) correspondant à des marchandises,
Zj = fij ( xj , tj, Ei, R1j,..., Rrj)
avec xj les quantités matérielles, tj le temps, Ei l'éducation, l'expérience, et surtout les R1j,.., Rrj les caractéristiques des autres personnes.
En simplifiant et en ne considérant qu'un bien x et une seule caractéristique sur les autres, R, on peut poser que la fonction d'utilité est une fonction de production d'utilité. On maximise U quand on maximise Z !
Si, Ui = Z (x, R) , maximiser l'utilité revient à maximiser l'output de x avec R (l'environnement social).
L’environnement social R peut être écrit comme une fonction additive,
R = Di + h
où, h mesure l’effet des efforts de la ième personne et Di, le niveau de l’environnement lorsque i ne fait aucun effort.
La question est de savoir si les efforts sur l'environnement social ont des effets positifs ou négatifs, ce que souligne la figure 2.
Figure 2. L’interaction sociale

La figure 2 montre le type d'équilibre qu’ une personne rencontre .dans ce cadre. On admet que R a un produit marginal positif dans la production de Z. La quantité OD mesure son environnement social et O x0 son revenu, mesuré en termes de x. Le point E0 indique son niveau d'utilité quand il ne dépense rien en R. La courbe E0 S0 mesure l'opportunité d'investir plus socialement . Dès lors la personne ira au point e0, là où la pente de la courbe d'opportunité est égale à celle de sa courbe d'indifférence.
1) L’équilibre (Becker, 1974)
La contrainte budgétaire Ii additionne une composante individuelle ou matérielle pxx et une composante sociale prh, donc :
Ii = pxx + prh dans laquelle on peut remplacer h par sa valeur R- Di
Soit : pxx + prR = Ii + prDi = Si
D'où, il existe pour chaque agent une condition d'égalisation telle que :
le TMS de R à x ( d Ui/d xô d Ui/d R ) soit égal au rapport de leur prix, px/pr.
Dans ce cadre, il existerait une incitation ( Becker, 1976) de chaque agent, a priori égoïste à simuler l' altruisme afin de maximiser son revenu auprès de l'altruiste.
2) Le cadre élargi (Becker, 1977)Cette démonstration tient dans le fait que les utilités de l'égoïste (i) et de l'altruiste (h) sont imbriquées de telle sorte que l' utilité de l'altruiste soit :
Uh = Ua ( Xh, Xi)
Où Xh et Xi sont respectivement les consommations de h et i .
La contrainte bubgétaire de h s’écrit :
pXh + hi = Ih
La contrainte de revenu de h est que son revenu (Ih) lui permette de consommer ( pXh) et de transférer à i ( hi) .
Du fait de cette imbrication, l'égoïste et l'altruiste ont, chacun, un revenu social composé d'un revenu individuel et d'un transfert issu de l'autre.
En effet, la contrainte de revenu de i est :
pXi = Ii + hi
On peut remplacer hi par sa valeur dans la contrainte de revenu de h et donc:
pXh + pXi = Ih + Ii = Sh
où S est le " revenu social " de h qui joue le rôle de contrainte sur l'équation d'équilibre:
d Uh / d Xh Umh p
__________ = ___ = ___ = 1
d Uh / d Xi Umi p
3) Le paradoxe
L' altruiste éprouve la même perte d' utilité dans une diminution de sa propre consommation ou dans celle de l'égoïste. L'hypothèse de Becker est que l'altruiste s'intéresse non seulement aux transferts de revenu, mais à la production de revenu. Il favorisera donc toute action qui augmentera son revenu social et réciproquement.
En effet, il peut être avantageux pour l'égoïste d'augmenter les revenus combinés de lui-même et de l'altruiste; l'égoïste évitera toute action qui abaisserait le propre revenu de l'altruiste tant que lui-même augmente son revenu et que l'augmentation du revenu de l'altruiste ne s'effectue pas à son détriment.
La preuve de ce théorème du "rotten kid" est donnée par l'illustration de ses effets contraires.
Admettons que l'égoïste veuille augmenter son revenu au point où l'altruiste y perd proportionnellement plus. Dès lors, la somme du revenu de l'égoïste et de l'altruiste décline, l'intérêt du revenu social pour l'altruiste diminue et il diminuera son transfert proportionellement plus que l'augmentation du revenu de l'égoïste.
L'égoïste a donc intérêt à anticiper les réactions de l'altruiste et à aller jusqu' à abaisser son revenu dès que l'augmentation du revenu de l'altruiste se traduit par une augmentation plus que proportionnelle de ses transferts.
Une hypothèse implicite se trouve au centre de la démonstration (Rapoport, 1998) : l’ élasticité consommation/revenu du bénéficiaire est supérireure à 1. Donc, en cas d’augmentation exogène du revenu du donateur, la consommation du bénéficiaire augmente plus que proportionnellement et celle du donateur moins que proportionnellement.
Ce résultat paradoxal est généralisé par Becker à une relation entre un altruiste donateur et des égoïstes récepteurs de transferts. Il est implicitement interprété dans un cadre familial comme la stratégie des enfants "pourris" face à un père. On peut imaginer une simulation parfaite de l'altruisme telle que les consommations des vrais égoïstes n'excèdent pas celle des vrais altruistes.
4) Généralisation du raisonnement de Becker
Certes Becker utilise sa méthode d'analyse économique de l'interaction sociale à la discrimination raciale, à la compétition politique ou encore au crime, mais c'est l'application de raisonnement à la famille qui est la plus connue, peut être car elle peut choquer par son a- moralité.
Ainsi le théorème des " enfants pourris " fait penser aux développements des sociobiologistes sur l'égoïsme des enfants. Cet égoïsme les amène à vouloir préserver leur génotype , mais ils auront intérêt à s'intéresser à leur parents, en simulant l'altruisme; quitte à les empêcher de copuler afin de préserver leur statut.
L' analyse de Becker s'applique ainsi au mariage , à la fécondité ( arbitrage entre qualité et quantité des enfants), au divorce. Il considère une "super trader family" qui est un noeud de contrats ou de conflits
Ainsi le mariage peut être traité par la méthode économique, comme une espérance de gain pour un coût donné. L'utilité du mariage dépend des caractéristiques des biens et de l'environnement social, sous la contrainte de revenu (salaire, revenu de la propriété, dot ..). On choisit donc un homme ou un femme pour le produit du mariage le plus grand possible, compte tenu de caractéristiques marchandes et non marchandes, qui ,elles sont substituables.Il existe ainsi dans un cadre marginal, un choix optimal en matière de conjoint.
L'optimum peut donc être posé dans des relations interpersonnelles, soit à un moment donné entre plusieurs personnes, soit dans un cadre dynastique (Barro ,1974).
Les transferts des aîné constituent des instruments pour résister " pas à pas" aux politiques économiques et ainsi préserver leur utilité en préservant celle de leur dynastie. Il existe donc un équilibre intergénérationnel préféré à tous les autres pour un père altruiste donné qui anticipe la trajectoire patrimoniale optimale de toute sa dynastie.
On peut donc étendre l'optimum d'un calcul sur les biens à un calcul sur les autres, dans le cadre d' un altruisme ascendant et descendant . Ce calcul se situe dans une sorte de " jardin secret".
2 - Le théorème de Barro : les vieux protègent les jeunes
12 . La fonction d'utilité intergénérationnelle (Barro, 1974) est bâtie sur l'hypothèse de l'altruisme et d'une utilité " enchaînée" de la part de la génération ancienne pour la nouvelle génération.
Dans le modèle de Barro, chaque individu vit deux générations: y (jeune) et o (vieux).La vieille génération est 1, les descendants font partie de la génération 2. On assume une hypothèse d'altruisme de tout individu de la génération 1 pour un individu de la génération i + 1 .
L'utilité du vieux est une fonction altruiste de son héritage net, de sa consommationde jeunesse, des actifs qu'il a constitués en étant jeune, puis des actifs qu'il a obtenus durant sa maturité , de son revenu, et du taux d'intérêt. Pour des valeurs données de ces dernières expressions, le membre de la génération 1 a surtout comme souci que son héritage net soit préservé. Si son héritage net est menacé par les politiques fiscales, para-fiscales ou financières de l'Etat , alors il jouera sur l'héritage brut en réagissant pas à pas à celles-ci ; ainsi toutes les autres variables ne seront pas atteintes et donc les fonctions d'utilité des membres des générations 1, 2, etc...seront protégées. Ce résultat est utile dans les sociétés où les transferts sont importants, et peut être généralisé à l'idée qu' un personne responsable d'une autre (éprouvant une U*, utilité "enchaînée pour l' Autre) réagit pas à pas et tend à rendre inefficace la politique macroéconomique.
La fonction d'utilité intergénérationnelle ( Barro, 1974) est bâtie sur l'hypothèse de l'altruisme et d'une utilité " enchaînée" de la part de la génération ancienne pour la nouvelle génération.
Soit le modèle de Barro
Chaque individu vit deux générations: y (jeune) et o (vieux)
La vieille génération est 1, leurs descendants font partie de la génération 2.
On assume une hypothèse d'altruisme de tout individu de la génération 1 pour un individu de la génération i + 1 .
Cette utilité a la forme pour quelqu'un de la génération i:
Ui = Ui ( C y i , C o i, U* i + 1 ) (4)
est l'utilité atteignable par son descendant immédiat, compte tenu des prix et des ressources disponibles
Il existe donc des relations en chaîne entre les utilités tel que le jeune de la génération 2 a une utilité atteignable,
U *2 qui fait partie de l'utilité de la génération 1, U1 .
L'utilité du vieux est fonction altruiste puis fonction de son héritage net, de sa consommation en étant jeune, des actifs qu'il a constitués en étant jeune puis des actifs qu'il a obtenus (jeune, vieux d'autres vieux), de son revenu, et du taux d'intérêt. Pour des valeurs données de ces dernières expressions, le membre de la génération 1 a surtout comme souci que son héritage net soit préservé.
(1- r) A - B01
Tout dépend en fait de A 10 , l'héritage brut.
Si son héritage net est menacé par une augmentation de B, alors il jouera sur l'héritage brut en réagissant pas à pas aux politiques fiscales, para-fiscales ou financières de l'Etat;ainsi toutes les autres variables ne seront pas atteintes et donc les fonctions d'utilité des membres des générations 1, 2, etc...seron protégées Ce résultat est important dans les sociétés où les transferts sont importants et peut être généralisée à l'idée qu' un personne responsable d'une autre ( éprouvant une U*, utilité "enchaînée pour l' Autre) réagit pas à pas et tend à rendre inefficace la politique macroéconomique.secret " de la personne, espace d'autant plus important que l' Etat s'est désengagé
3) Le dilemme du samaritain de James Buchanan(1975)
"Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha, et banda ses plaies, en y versant de l'huile et du vin; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie, et prit soin de lui" ' Luc- 10
Dans "The Samaritan's Dilemma", James Buchanan est un visionnaire. Selon lui, le monde moderne connaît une disparition de l'autorité et la prolifération de prédateurs : par exemple les étudiants contestataires, les syndicats ouvriers, les terroristes. Paradoxalement Buchanan recommande plus d'autorité et surtout une "responsabilité stratégique" visant a décourager les parasites. La responsabilité vis à vis de la communauté est plus importante que l'utilité individuelle. Cette contradiction entre utilités de long et de court terme constitue le dilemme du bon samaritain, par exemple du pilote d'avion soumis au chantage des pirates de l'air. Le texte initial étant peu disponible, le succès mythique de ce dilemme a suscité de nombreuses versions qui en faussent le sens.Le raisonnement s'effectue avec 2 +1 matrices de gain.
Cas du samaritain actif.
Considérons une matrice de gains avec les quatre cadrans : I, II, III, IV avec la ligne 2 qui est toujours dominante par rapport à la ligne 1:
B a des choix qui dépendent de A.
si A choisit 1 , B choisit 1
si A choisit 2, B choisit 2
A est actif, il conduit les opérations. Si B connaît la matrice de gain de A, il choisit 2 donc l'équilibre en IV moins intéressant que III pour A. Mais A peut réagir en fonction de B
Il peut choisir le quadrant I et perdra encore plus car 2,2.
A peut encore manipuler ses gains en échangeant sur la colonne 1 ses gains.
Cas du Samaritain passif.
A a un comportement qui dépend de celui de B.
A choisit I, B choisit I, gain maximal de 4 pour A.B connaît la manipulation et choisit la colonne 2. Donc équilibre en IV, A y perdra. A peut encore prévenir les actions de B, et son action sur la colonne 2, en transférant son utilité de IV en II. Mais il y perdra encore plus...
Dilemme : le parasite potentiel fait réagir le samaritain de telle sorte qu'il perde
Cas transposé à l'aide.
Le parasite ou prédateur a intérêt a l'équilibre en IV. Le samaritain réagira en fonction de sa relation au futur : la mère qui doit fesser son enfant pour l'empêcher de mal faire, relie la desutilité immédiate a l'utilité future en fonction de son taux (subjectif) d'actualisation.
4) Appréciation
Amalgame provocateur entre terroristes, syndicats, étudiants; autant de prédateurs / parasites! Le problème vient de la fonction d'utilité de l'homme moderne. Ce dernier a trop de compassion pour son propre bien être.
Ce dilemme montre la supériorité de la responsabilité collective sur l'utilité individuelle. Le samaritain a un problème de bien public : la responsabilité développe des externalités négatives.Très diffèrent de l'interprétation habituelle : l'altruiste "impur"donnerait de lui-même pour satisfaire les demandeurs. A la limite, il se ferait plaisir (warm glow effect) en aidant autour de lui. Que l'on conserve des pauvres pour mon plaisir ! Le plaisir du samaritain rencontre la stratégie d'auto- dévalorisation du prédateur qui le rend plus pitoyable.
Le dilemme enfin exprime la contradiction entre la maximisation de l'utilité à court terme et celle de long terme.Cette dernière contradiction est privilégiée par J Buchanan qui refuse l'arbitrage des collectivités ...car elles se complaisent dans les solutions soft du type "kindness for the criminals".De toutes façons les règles et limitations décidées par la communauté joueront comme des taxes.
Le concept d'altruisme n'est pas utilisé dans cet essai. Il s'agit plutôt de compassion.L'enjeu le plus intéressant, derrière le fatalisme antisocial, est le traitement de la responsabilité par rapport aux prédateurs et aux autres samaritains, comme une façon de surmonter l'utilité de court terme.Cela peut être effectué par la communauté des samaritains sous la forme de nouvelles règles, mais la responsabilité risque d'être un bien public soumis à taxation. Mieux vaut traiter le dilemme sous la forme d'un conflit d'utilités : court terme contre long terme. La compassion molle l'emporte. En fait le plaisir du samaritain est implicite : il n'a pas de courage et préfère l'option douce à la responsabilité stratégique. James Buchanan utilise une hypothèse du mal moderne : la société riche est permissive et perd ses valeurs.
Les faux sens.
De nombreux rapprochements ont été effectués avec ce dilemme, notamment avec l'altruisme impur (Harsanyi), le warm glow effect (Andréoni) et( le plus connu) avec le Rotten kid (Bruce et Waldman,1990; Koulibaly,1998). Les erreurs d'interprétation ont trait à l'opportunisme du donateur ou du bénéficaire.
1) Le donateur a une relation de principal-agent avec ses pays bénéficiaires: le samaritain ; connaissant les efforts et leurs effets, peut limiter l'aide jusqu'à ce que le pays ait donné satisfaction.
"If the charity can observe both the actual effort and the outcome of the effort, it can commit to withhold aid until the recipient country exerts a satisfactory effort. This is related to The Samaritan Dilemma" voir International charity under asymmetric information Marie-Françoise Calmette, Maureen Kilkenny .
2)Le pays bénéficiaire a tendance à noircir la situation pour bénéficier des largesses du FMI.
"The IMF, given its mandate and cooperative structure, faces what is called the "Samaritan's dilemma." Countries know that, faced with underperformance and a weak economy, the IMF is unlikely to impose strict conditionality, because it is concerned with the borrowing country's welfare. Simply put, penalties established in advance have limited credibility because they are unlikely to be enforced. "Reconciling Conditionality and Country Ownership" , Mohsin S. Khan and Sunil Sharma ,FD,Ocotober 2002.
Celui qui aide …. rend encore plus vulnérable la personne aidée…
L'aide est opportuniste car elle détruit encore plus le pays aidé et renforce ainsi son pouvoir. Il s'agit là d'un paradoxe bien connu de l'aide et fondateur du développement socialement durable, mais très éloigné du dilemme du Samaritain.
Conclusion
Dans la bible, le samaritain ne connaît pas de dilemme; il montre la voie qui mène à la vie éternelle. Il vient secourir un être de la communauté opposée que ses propres frères n'ont pas voulu aider. Son aide est purement gratuite et cet "altruisme pur" est très éloigné des opportunismes qui entourent les théorèmes économiques de l'altruisme et le dilemme de Buchanan. Ce dernier déplore que les samaritains actuels cèdent aux exigences des prédateurs, mettant en cause le futur. Ils ne rentrent pas dans une vision plus stratégique qui accepterait des pertes provisoires au profit des communautés futures. Il reste à prouver que les "terroristes" seront impressionés.
References
Becker, Gary. S., (1974). ‘A theory of social interactions’, Journal of Political Economy, vol. 82, no. 6, pp. 1063-1093.
Becker, Gary. S. and Murphy, Kevin M., (1988). ‘The family and the state’, Journal of Law and Economics, vol. 31 (April), pp. 1-18.
Bergstrom, Theodore. C., (1989). ‘A fresh look at the Rotten Kid Theorem–and other household mysteries’, Journal of Political Economy, vol. 97,no. 5, pp. 1138-1159.
Bernheim, B. Douglas and Stark, Oded, (1988). ‘Altruism within the family reconsidered: Do nice guys finish last?’, American Economic Review,vol. 78, no. 5, pp. 1034-1045.
Bruce, Neil and Waldman, Michael, (1990). ‘The Rotten-Kid Theorem meets the Samaritan’s dilemma’, Quarterly Journal of Economics, vol.105 (February), pp. 155-165.
Bruce, Neil and Waldman, Michael, (1991). ‘Transfers in kind: Why they can be efficient and nonpaternalistic’, American Economic Review, vol 81, no. 5, pp. 1345-1351.
Buchanan, James M., (1975). The Samaritan’s dilemma, in (Phelps, E. S.ed.) Altruism, morality and economic theory, New York: Russel Sage Foundation, pp. 71-85.
Chakrabarti, Subir, Lord, William and Rangazas, Peter, (1993). ‘Uncertainaltruism and investment in children’, American Economic Review, vol.83, no. 4, pp. 994-1002.
Coate, Stephen, (1995). ‘Altruism, the Samaritan’s dilemma, and government transfer policy’, American Economic Review, vol. 85, no. 1, pp.46-57.
Koulibaly,M,(1998), in Altruisme, analyses économiques, Paris: Economica.
Lindbeck, A. and J.Weibull, 1988, Altruism and Time Inconsistency: TheEconomics of Fait Accompli, Journal of Political Economy 96(6):1165-1182.
Ressources du site: PRINCIPLES OF ECONOMICS, An introductory volume, BY ALFRED MARSHALL, PREFACE TO THE FIRST EDITION (1890) .
Il n'y a aucun message pour le moment.
Laisser un message