AUTRES ASPECTS DE LA PENSEE SOCIO-HISTORIQUE
 

 

 

 

 


 

Ecoles historiques allemandes 

 

Institutionnalismes et évolutionnismes

 

Socialismes"vulgaires"

 

Ecole de Francfort

 

Post- marxisme et impérialisme

 

 

 

L 'analyse socio historique de Marx est inséparable de sa finalité politique. D'autres interprétations se développent en Allemagne et aux Etats Unis sur les enchaînements historiques, les évolutions et les institutions avec une dimension critique plus mesurée. Avec la crise du marxisme depuis les années 1980, ces formes de pensée sont apparues comme un substitut à l'orthodoxie économique.

 

2.1. Les pensées historiques allemandes, autres pensées du développement :

 

Référence :: "Histoire et économie politique en Allemagne de Gustav Schmoller à Max Weber : nouvelles perspectives sur l'école historique de l'économie" / sous la dir. de Hinnerk Bruhns ; préf. de Jean-Yves Grenier ; trad. [de l'anglais et de l'allemand] par Françoise Laroche; Publication : [Paris] : Éd. de la Maison des sciences de l'homme, 2004

De 1840 à 1860, une reflexion historique sur l'économie se développe, en commençant par Friederich List et son "système national d'économie politique" (1841) où il défend le protectionnisme , compte tenu du retard historique de l'Allemagne, face à l'économie "cosmopolite". L'appel à l'histoire et au passé allemand caractérise cette école selon Schumpeter (HEA, p. 812). Elle a fourni d'excellents monographies historiques, mais l'opposition stricte qu'elle a développée entre histoire et théorie économique l'a conduit à la marginalisation. En France, Emile Dürkheim (1887, la science positive de la morale en Allemagne") a accordé une place importante à cette école et à son "réalisme éthique"qu'il oppose à l'utopie utilitariste:

"Les Kantiens font de la morale un fait spécifique, mais transcendant, et qui échappe à la science ; les utilitaires, un fait d'expérience, mais qui n'a rien de spécifique. Ils la ramènent à cette notion si confuse de l'utile et n'y voient qu'une psychologie ou une sociologie appliquée. Seuls les moralistes allemands voient dans les phénomènes moraux des faits qui sont à la fois empiriques et sui generis. La morale n'est pas une science appliquée ou dérivée, mais autonome."

 

Comme dans la pensée autrichienne, on peut distinguer plusieurs écoles:

 

 

2.1.1. La première génération: Guillaume Roscher ( 1843), Bruno Hildebrand ( 1848) et Charles Knies (1853).

 

Très imprégnée de préceptes méthodologiques hégéliens et de travaux parallèles sur le droit selon lesquels les lois ne découlent pas de la raison, mais de l'expérience historique des nations. L'économie selon W.Roscher (1817-1894) est "la doctrine des lois du développement de l'économie d'une Nation". Contre l'école classique anglaise, il insiste sur l''interaction "dialectique" entre phénomènes sociaux et une grande pluridicisplinarité. Max Weber l'associe souvent à  Marx.

Ces auteurs développent des périodisations historiques, marquées par l'évolutionisme, par exemple sur les techniques ou sur les dimensions de l'économie.

 

F.List est le premier à proposer une périodisation économique de l'histoire en systèmes selon la technique de production employée. IL disitingue ainsi les phases des peuples chasseurs, des peuples pasteurs, des peuples laboureurs, d'activités agricoles- manufacturières, d'activités agricoles- manufacturières- commerciales. Hildebrand (1848) distingue des économies ( naturelles, monétaires, fiduciaires) selon la technique d'échange des biens.

 

Mais ils restent économistes tel Roscher avec sa théorie de la localisation ou encore des crises ( par sous- consommation). Knies est connu par ses travaux sur la monnaie et le crédit. En fonction de cette périodisation, ils affirment la relativité historique des lois économiques, sinon opposent l'histoire ( le fait historique) à l'économie politique. Mais cette attitude revient à empiler des monographies historiques et des enquêtes empiriques à l'image des Schriften du Verein für Sozialpolitik (188 volumes), projet monstrueux de "compréhension" qui justifie paradoxalement l'abstraction.

 

2.1.2. La seconde génération

 

dont le chef de file est Gustav von Schmöller (1838 - 1917) et qui comprend Bücher ( 1893), Brentano , Knapp etc... regroupe aussi les Kathedersozialisten (socialistes de la chaire) dont le plus connu est Adolph Wagner ( cf. sa loi historique de l'augmentation fatale des dépenses publiques), brocardé par Marx.

 

A la suite des critiques effectuées à la première école, cette école est plus éthique. S'appuyant sur les travaux philosophiques de Dithey (1833- 1911), Windelband (1848-1915) et Rickert (1863- 1936), les économistes et historiens allemands de cette école affirment deux thèses que l' on retrouvera chez les institutionnalistes américains sur la spécificité des sciences sociales:

 

- 1) Les phénomène sociaux vécus par des acteurs ont une signification particuliière pour les acteurs extérieurs: il y a nécessairement référence à des valeurs.

 

- 2) On ne peut expliquer par des lois immuables et universelles, mais on doit rendre compte de processus singuliers dont le déroulement est largement inintentionnel. Les comportements humains ont une représentation subjective qui ne peut être isolée des représentions mentales de nature collective et sociale.

 

Ils effectuent des monographies historiques sur la fiscalité ( cf. les lois d'Adolph Wagner), la politique, l'administration, l'artisanat et l'industrie au moyen âge, les cités, le crédit bancaire, les entreprises publiques et privées.On retrouve les séquences types historiques avec Bücher montrant le passage de l' économie aux stades successifs: "domestique fermée", "urbaine" et "nationale". Ils élargissent leur analyse à la critique de l'engagement en termes de jugements de valeur (cf. plus tard, A Weber, le savant et le politique) mais certains d'entre eux proposeront la réforme sociale.

Une école plus jeune se formera avec Arthur Spiehtoff, Werner Sombart et surtout Max Weber. Spiehtoff, assistant de Schmoller travaillera sur le cycle des affaires, et l'idée qu'il existe de nombreux styles de vie économique avec leurs propres lois; à la manière du relativisme historique.

Werner Sombart ( 1925- 1932) est connu pour son ouvrage sur le capitalisme moderne et sa recherche d'une histoire systématique par exemple sur les facteurs historiques.Son analyse du rôle des juifs dans le développement du capitalisme est à mettre au même rang que les diverses contributions sur le rôle similaire de la religion catholique ( Fanfani), puritaine ( Tawney), protestante (Weber) et plus récemment confucianiste ( Morishima).

L'auteur le plus connu par ses écrits est Max Weber , professeur d'économie à Fribourg et grand méthodologue des sciences sociales. Il définit les catégories de la sociologie et surtout la méthode d'exposition en sciences sociales, l'idéal type (cf. supra). L'anarchisme historique sous-jacent( l'histoire comme reconstruction subjecitive) sera très critiquée en France par R Aron. L'"ethique protestante et l' esprit du capitalisme" (1905) est une illustration de cette méthode.

 

Un disciple important de Weber est en cours de redécouverte : Georg Simmel (1859- 1918) qui enseignera à Berlin et Strasbourg. Il est connu des économistes par sa "Philosophie de l'argent" et redécouvert par les sociologues par ses travaux sur la sociabilité ( cf . les travaux contemporains sur les réseaux de sociabilité ). La sociabilité, faite d'actions réciproques, passion commune à tous les hommes, pousse aux échanges. Mais ces échanges sont vivants, se modifient sans cesse . L'histoire des relations montre que la modernité se caractérise par une différenciation de plus en plus grande entre la publicisation du public en particulier du pouvoir et le secret ( grace à l'argent notamment) du privé:

 

"Le public devient de plus public, le privé de plus en plus privé" ( Secret et sociétés secrètres, Paris, Circé, 1991, p.51).

 

Tout en reprenant l'idée wéberienne qu'il n'existe pas de cause sociale en dernière instance, il complique l'individualisme en intégrant de l'émotion, des sentiments, etc.....

 

Enfin, l'autrichien d'origine, J.A.Schumpeter prolonge la méthode historique allemande, en analysant les phases d'évolution du capitalisme et en recherchant les facteurs principaux en particulier ce qui a trait à l'évolution.L'école historique allemande a perdu dans la querelle des méthodes face à l'universalisme autrichien ; elle est aussi apparue comme dangereusement nationaliste, l'argument nationaliste étant aussi fort chez List que dans les textes de M. Weber. Elle fait apparaître aussi derrière l'histoire et la société, la notion d'ordre....

 

 

2.2.  La pensée institutionnaliste et évolutionniste.

 

COREI ( 1995): L'économie institutionnaliste, les fondateurs, Paris: Economica.

Selon Blaug (p. 842 passim), elle peut constituer une construction alternative à l'orthodoxie avec le marxisme.

 

 

  1.  

    2.2.  La pensée institutionnaliste et évolutionniste.

     

     

  2.  

  3. COREI ( 1995): L'économie institutionnaliste, les fondateurs, Paris: Economica.

    Selon Blaug (p. 842 passim), elle peut constituer une construction alternative à l'orthodoxie avec le marxisme.

     

    Traits généraux

     

    - L' institutionnalisme au départ s'est forgé aux USA avec trois auteurs fondateurs, "qui ont, très peu de choses en commun." selon Blaug, sinon d'être marginaux par rapport au mainstream de leur époque. Leur influence sur l' anthropologie ( Herskovits) sera importante et contribuera encore plus ( à la suite de l'opposition de cette analyse comparatiste "réelle" avec l'analyse économique cf. Knight, 1941) à leur marginalisation. La philosophie qui détermine leurs travaux est tout autant marginale, à savoir la philosophie pragramatique américaine ( Charles Sanders Peirce et da "phanéroscopie" ou encore J. Dewey, voir les écrits de Deledalle).

     

    2.2.1. Les fondateurs

     

    - T. Veblen ( 1857- 1929), issu d'une famille d'immigrants norvégiens

    - W.C. Mitchell ( 1874- 1948)

    - J.R. Commons ( 1862 - 1945)

     

    Blaug délimite quatre traits communs:

     

    - Insatisfaction à l'égard de l'abstraction néo- classique, notamment de l'analyse statique des prix.

    - Foi dans l'approche multidisciplinaire.

    - Recherche d'une méthode rigoureuse dans l'analyse quantitative (particulièrement avec Mitchell)

    - Plaidoyer en faveur du contrôle social des entreprises avec J.M. Clark (1926) et surtout Galbraith ( le contre pouvoir ou compensation).

     

    a.  Thornstein Veblen

     

    ces trois auteurs, le plus connu est Thornstein Veblen (1857- 1929). Ses biographes ont , tel Heilbronner (1953) et ses anecdotes pathétiques , largement insisté sur ses origines norvégiennes, sa reconnaissance difficile dans l'université malgré de nombreuses publications dans le Quaterly Journal of Economics et le Journal of Political Economy , son exposition aux critiques tant académiques que privées. Raymond Aron dans son étonnante préface ( Avez- vous lu Veblen ?) à l' édition française de la Classe des loisirs décrit :

    "Veblen le solitaire, en marge de la pensée académique, économiste, historien, philosophe et sociologue tout à la fois, rejeté par l'establisment universitaire...."

     

    Les ingénieurs et le capitalisme ( origin. 1921), Théorie de la classe de loisir (origin.1970). Quatre articles dans les QJE en 1898, 1899,a,b, 1899 sur les "préconceptions de la science économique" dénotent un très grand esprit critique: la raison n'est pas une catégorie a priori de la connaissance; le calcul utilitariste et l'homo oeconomicus reposent sur des "pré- conceptions métaphysiques" qui disqualifient la théorie économique.

     

    L'évolution

  4.  

     

    L'Institutionnalisme implique l'étude des évolutions chez Veblen en analysant la genèse et la croissance des institutions économiques; les institutions étant un ensemble d'habitudes de pensée et de comportement conventionnel.

    Les habitudes de pensée correspondent au jeu perturbé des instincts de l'homme: iinstincts d'adhésion, instincst de domination et prédation.

    "L'évolution sociale est un processus d'adaptation selective du tempérament et des façons de penser", types de pensée qui, à leur tour, varient. Les institutions effectuent la selection et sont soumises à selection. Ainsi dans ce processus les habitudes sont "routinisées" et renforcent les insitutions qui les renforcent à leur tour, selon un processus de causalité cumulative, dir de "feedback positif".

    L'évolution sera encore produite par le fait que les habitudes de pensée" ne coïncident pas communément avec la formation donnée par l'industrie" ( Veblen, 1899).

    Ce processus dialectique entre institutions et représentations fait penser aux théorie de Marx sur les "relatives autonomies " entre instances du système. Mais, avec une très fort foisonnement de concepts, le plus souvent flous.

     

    Blaug rejoint les critiques de Knight à Herskovits avec la même dureté dans le propos:

    " Mais, en réalité, Veblen présente au lecteur une Kulturkritik ( critique de la culture), parée de psychologie de l'instinct, d'anthropologie raciste et d'une nuée d'adjectifs éloquents: consommation ostentatoire,émulation pécuniaire......"

    Il ya une lutte de classes mais elle oppose "emplois pécuniaires" et "emplois industriels" ou encore "entreprise industrielle" et "machinisme", aspect "vendable" et "serviable"; enfin et surtout hommes d'affaire et ingénieurs.

     

    Ces polarités expliquent - t- elles quelque chose se demande Blaug ?

  5.  

     

    Knight soulignera l'influence désastreuse de Veblen sur l' anthropologie économique:ainsi on traite des intérêts de l'homme et de ses activités à un niveau purement animal , à l'expression d'une lutte immorale pour la domination et la démonstration. Dans ce cadre, la confiscation d'un surplus social par une "Leisure class" est caractéristique de cette influence institutionnaliste, ses modalités d'application ( densité de la population, relation avec les ressources) ne sont jamais précisées.

     

    - Veblen, anthropologie raciste et épithètes ronflants ? Selon Schumpeter dans son histoire de l'analyse économique, pratiquement toute l'oeuvre de Veblen se situe dans la sociologie économique et tient d'une "critique candide" ( rarement atteinte) de l'ordre capitaliste. La critique veblenienne de l'analyse économique ( "The limitations of marginal utility".) est importée de l'histoire et la sociologie; elle comprend encore moins que d'autres ce que les théoriciens de l'économie veulent faire. Ainsi selon Schumpeter, Veblen s'en prend aux représentations simplifiées de la théorie économique du consommateur ou du producteur pour s'interroger sur leur pertinence par rapport aux grands problèmes de la vie sociale. Certes, les préoccupations sociologiques dominent dans les premiers ouvrages de Veblen: "Les ingénieurs et le capitalisme" ( 1921), "Théorie de la classe de loisir" (1970). Une dimension épistémologique avait été développée dans quatre articles du Quaterly Journal of Economics en 1898/1899 sur les "préconceptions de la science économique". La raison n'est pas une catégorie a priori de la connaissance; le calcul utilitariste et l'homo oeconomicus reposent sur des "pré- conceptions métaphysiques" qui disqualifient la théorie économique. Malheureusement la rigueur épistémologique se perd en imprécations et en un foisonnement d'adjectifs à propos de la théorie statique ( "animiste", "téléologique", etc..). Enfin et surtout, Veblen est un des premiers auteurs à utiliser systèmatiquement l' anthropologie. Hélas, l'évolutionnisme l'entraîne dans une anthropologie raciste sinon eugéniste.

     

    - Une anthropologie raciste ?

  6.  

     

    Les institutions sont "bizarrement" ( H. Denis) définies comme un ensemble d'habitudes de pensée et de comportement conventionnel. Les habitudes de pensée correspondent au jeu perturbé des instincts de l'homme: instincts d'adhésion, instincts de domination et prédation. Elles se modifient donc en fonction de l'évolution, notamment de la selection naturelle, des métissages etc... Mais, comme ces institutions se modifient, l'institutionnalisme implique l'étude des évolutions chez Veblen en analysant la genèse et la croissance des institutions économiques.

    "L'évolution sociale est un processus d'adaptation selective du tempérament et des façons de penser", types de pensée qui, à leur tour, varient. Les institutions effectuent la selection et sont soumises à selection. Ainsi dans ce processus les habitudes sont "routinisées" et renforcent les insitutions qui les renforcent à leur tour, selon un processus de causalité cumulative, dit de "feedback positif". L'évolution sera encore produite par le fait que les habitudes de pensée" ne coïncident pas communément avec la formation donnée par l'industrie" (Veblen, 1899).

     

Thorstein Veblen "Why is Economics Not an Evolutionary Science" The Quarterly Journal of Economics Volume 12, 1898.

 

M.G. de Lapouge recently said, "Anthropology is destined to revolutionise the political and the social sciences as radically as bacteriology has revolutionised the science of medicine."1 In so far as he speaks of economics, the eminent anthropologist is not alone in his conviction that the science stands in need of rehabilitation. His words convey a rebuke and an admonition, and in both respects he speaks the sense of many scientists in his own and related lines of inquiry. It may be taken as the consensus of those men who are doing the serious work of modern anthropology, ethnology, and psychology, as well as of those in the biological sciences proper, that economics is helplessly behind the times, and unable to handle its subject matter in a way to entitle it to standing as a modern science. The other political and social sciences come in for their share of this obloquy, and perhaps on equally cogent grounds. Nor are the economists themselves buoyantly indifferent to the rebuke. Probably no economist today has either the hardihood or the inclination to say that the science has now reached a definitive formulation, either in the detail of results or as regards the fundamental features of theory. The nearest recent approach to such a position on the part of an economist of accredited standing is perhaps to be found in Professor Marshall's Cambridge address of a year and a half ago.2 But these utterances are so far from the jaunty confidence shown by the classical economists of half a century ago that what most forcibly strikes the reader of Professor Marshall's address is the exceeding modesty and the uncalled for humility of the spokesman for the "old generation." With the economists who are most attentively looked to for guidance, uncertainty as to the definitive value of what has been and is being done, and as to what we may, with effect, take to next, is so common as to suggest that indecision is a meritorious work. Even the Historical School, who made their innovation with so much home grown applause some time back, have been unable to settle down contentedly to the pace which they set themselves. The men of the sciences that are proud to own themselves "modern" find fault with the economists for being still content to occupy themselves with repairing a structure and doctrines and maxims resting on natural rights, utilitarianism, and administrative expediency. This aspersion is not altogether merited, but is near enough to the mark to carry a sting. These modern sciences are evolutionary sciences, and their adepts contemplate that characteristic of their work with some complacency. Economics is not an evolutionary science -- by the confession of its spokesmen; and the economists turn their eyes with something of envy and some sense of baffled emulation to these rivals that make broad their phylacteries with the legend, "Up to date." Precisely wherein the social and political sciences, including economics, fall short of being evolutionary sciences, is not so plain. At least, it has not been satisfactorily pointed out by their critics. Their successful rivals in this matter -- the sciences that deal with human nature among the rest -- claim as their substantial distinction that they are realistic: they deal with facts. But economics, too, is realistic in this sense: it deals with facts, often in the most painstaking way, and latterly with an increasingly strenuous insistence on the sole efficacy of data. But this "realism" does not make economics an evolutionary science. The insistence on data could scarcely be carried to a higher pitch than it was carried by the first generation of the Historical School; and yet no economics is farther from being an evolutionary science than the received economics of the Historical School. The whole broad range of erudition and research that engaged the energies of that school commonly falls short of being science, in that, when consistent, they have contented themselves with an enumeration of data and a narrative account of industrial development, and have not presumed to offer a theory of anything or to elaborate their results into a consistent body of knowledge. Any evolutionary science, on the other hand, is a close knit body of theory. It is a theory of a process, of an unfolding sequence. But here, again, economics seems to meet the test in a fair measure, without satisfying its critics that its credentials are good. It must be admitted, e.g., that J.S. Mill's doctrines of production, distribution, and exchange, are a theory of certain economic processes, and that he deals in a consistent and effective fashion with the sequences of fact that make up his subject matter. So, also, Cairnes's discussion of normal value, of the rate of wages, and of international trade, are excellent instances of a theoretical handling of economic processes of sequence and the orderly unfolding development of fact. But an attempt to cite Mill and Cairnes as exponents of an evolutionary economics will produce no better effect than perplexity, and not a great deal of that. Very much of monetary theory might be cited to the same purpose and with the like effect. Something similar is true even of late writers who have avowed some penchant for the evolutionary point of view; as, e.g., Professor Hadley, -- to cite a work of unquestioned merit and unusual reach. Measurably, he keeps the word of promise to the ear; but any one who may cite his Economics as having brought political economy into line as an evolutionary science will convince neither himself nor his interlocutor. Something to the like effect may fairly be said of the published work of that later English strain of economists represented by Professors Cunningham and Ashley, and Mr Cannan, to name but a few of the more eminent figures in the group. Of the achievements of the classical economists, recent and living, the science may justly be proud; but they fall short of the evolutionist's standard of adequacy, not in failing to offer a theory of a process or of a developmental relation, but through conceiving their theory in terms alien to the evolutionist's habits of thought. The difference between the evolutionary and the pre-evolutionary sciences lies not in the insistence on facts. There was a great and fruitful activity in the natural sciences in collecting a collating facts before these sciences took on the character which marks them as evolutionary. Nor does the difference lie in the absence of efforts to formulate and explain schemes of process, sequence, growth, and development in the pre-evolutionary days. Efforts of this kind abounded, in number and diversity; and many schemes of development of great subtlety and beauty, gained a vogue both as theories of organic and inorganic development and as schemes of the life history of nations and societies.

 

 

Ce processus dialectique, très néo- hégélien, entre institutions et représentations fait penser aux théorie de Marx sur les "relatives autonomies " entre instances du système. Mais, avec une très fort foisonnement de concepts, le plus souvent flous. Blaug reprend les critiques effectuées par les économistes vis à vis de Veblen:" Mais, en réalité, Veblen présente au lecteur une Kulturkritik ( critique de la culture), parée de psychologie de l'instinct, d'anthropologie raciste et d'une nuée d'adjectifs éloquents: consommation ostentatoire, rivalité pécuniaire......".

 

Si la lutte de classes se poursuit, elle oppose "emplois pécuniaires" et "emplois industriels" ou encore "entreprise industrielle" et "machinisme", aspect "vendable" et "serviable"; enfin et surtout hommes d'affaire et ingénieurs. Ces oppositions expliquent - t- elles quelque chose se demande Blaug ?

 

Les essais , repris dans " The place of science" développent des critiques sur les "préconceptions", en particulier sur la méthode déductive des économistes; en retour elle propose la fameuse "anthropologie raciste" que les économistes lui reprocheront tant; cette dernière, contenue initialement dans Theory of the Leisure Class, est développée ultérieurement dans trois essais, largement inspirés de ses lectures des années 1996- 1899.

Ils reflètent, selon le préfacier ( Warren Samuels) , l 'eugénisme et le racisme, "communs parmi les scientifiques de l'époque de Veblen". Effectivement les travaux de Georges Vacher de Lapouge sont publiés dans la Revue d'Economie Politique ( 1895), le Quaterly Journal of Economics (1896) grace à l' aide de Closson lequel publie la même année dans les meilleures revues économiques ( Quaterly Journal of Economics, Journal of Political Economy) et sociologiques ( Revue internationale de sociologie, 1896; American Journal of Sociology (1897). On y voit tous les méfaits d' une mauvaise lecture de Darwin, des théories de l'évolution et de la selection naturelle. Pis, Lapouge étudie "les selections sociales" ( 1893) en fonction de l'" indice céphalique"; bref, il "enrichit" les théories raciales de Gobineau en croisant les indices raciaux avec les processus de selection sociale ( distribution de la richesse, création des villes, émigration, propension au travail intellectuel).

 

Le premier essai (the mutation theory and the blond race ) traite de l'évolution du "stock des blonds en Europe"et prétend démontrer que le "dolichocephale- blond" a été obtenu par mutation à partir de la Méditerranée au cours de l'époque glaciaire.

 

Le deuxième essai (The blond race and the aryan culture) montre comment cette race a bénéficié de la culture ,de la technologie et aussi du parler aryen, tous venus d'Asie centrale.

 

" Il est également indubitable que le dolicho- blond en tant que type de mutant du quaternaire, ait créé la langue aryenne et la culture en Europe."

 

Cette mutation du Méditerranéen " Hamitique" a été suivie plus tard de la mutation du dolicho - blond au contact du brun brachycephale des Alpes, laquelle a donné les peuples celtiques.

 

Le troisième essai, malgré son titre moins évocateur (En early experiment in trusts) entend prouver que " l'aire qui caractérise la culture Ouest- Européenne et le stock de dolicho- blonds qui la porte, est la région bordant la mer du Nord et la Baltique". A partir des sociétés Viking, Veblen expose que " cette région est en sorte le premier foyer de cette culture d'entreprise qui a restructuré le schéma de la vie pour l'humanité durant l'ère Chrétienne". Cet ethnocentrisme de Veblen a le mérite d'être clair et s'appuie à plusieurs reprises sur la supériorité de l'Homo Europaeus telle qu' elle est démonstrée par Vacher Lapouge . Nombre d'ethnographies depuis, n'ont eu de cesse de montrer à travers les descriptions des primitifs la supériorité de leur culture. Par un autre moyen, le progrès évolutioniste, à l'oeuvre dans Capitalisme , socialisme et démocratie ( Schumpeter) , y défend la culture des cathédrales. Bref , l'histoire, ce que l'on a tant vu avec la "Gemenschaft" et les valeurs de l'école historique allemande est rarement innocente!

 

Dans le même type de publications, on peut se référer à " The barbarian status of women" dans l' American Journal of Sociology, vol. 4, pp. 1898- 9) où il traite du "mariage basé sur la propriété" ( ownership- marriage) dont la modification dépend, entre autres du fait qu" un groupe social ou une race a reçu une fort métissage d'une autre race ne possédant pas cette institution".

 

Ces essais ne peuvent être indépendants du reste de l'ouvrage, en particulier des essais épistémologiques ( Why is economics, not an evolutionary science ?, les préconceptions de la science économique) et historiques sur la pensée de Marx, Schmoller, Clark.

 

 

Un foisonnement d'adjectifs ronflants

 

- "Why is economics, not an evolutionary science" anticipe les "préconceptions de la science économique" .On y trouve la même référence à G. de Lapouge, lequel écrivait dans le JPE de décembre 1897" the fundamental laws of Anthropo sociobiologie" qui fut publié à la même époque dans la Rivista Italiana di Sociologia. Cette citation est en exergue du premier essai épistémologique :

 

"L' anthropologie est destinée à révolutionner les sciences politiques et sociales, aussi radicalement que la bactériologie a révolutionné la science médicale".

 

Paraphrasant Alfred Marshall ( the old generation of the economists and the new, 1897), il veut montrer de façon récurrente que la nouvelle génération épouse ses idées: cumulative causation, processus de changement, etc.. et que les préconceptions psychologiques et anthropologiques de la théorie économique sont fausses , étant donnée " la psychologie récente, renforcée par la recherche anthropologique moderne". Bref, on trouve le procès de l'hédonisme et de l'homo oeconomicus dans leur réalité; d'où le procès de la méthode des économistes...

Le point de vue évolutionnaire réapparait dans cette déclaration méthodologique :

 

"L'intérêt économique porte sur les hommes à travers leur vie et porte sur la race à travers le processus du développement culturel. Il porte sur la structure culturelle dans tous ses points de telle sorte que , dans une certaine mesure, toutes les institutions peuvent être considérées comme des institutions économiques".

 

L'isolationisme ( cf. l'homo oeconomicus) doit être proscrit car les intérêts sont "économiques, esthétiques, sexuels, humanitaires, de dévotion".....d'où le rappel que les "evolutionary economics" doivent être la théorie du processus de la croissance culturelle, déterminée par l'intérêt économique, une théorie de la séquence cumulative des institutions économiques, établie dans les termes du processus lui même .

 

Cette théorie étudie le processus de la vie économique de la race ou de la communauté. Elle est "génétique" au lieu d'être " taxonomique'"; dans ce dernier cas la théorie économique est téléologique, montrant comment se reconstitue, à l'image des physiocrates, l'ordre naturel, "donné une fois pour toutes, de type " animiste"... Cet animisme se retrouve dans la "main invisible" de Smith, sa théorie du prix naturel etc.. la théorie classique est une théorie de la "valuation", avec un penchant pour l'harmonie des intérêts . Ce même animisme perdure avec l'hédonisme qui cherche la cause des actions dans leur résultat alors que" la nouvelle attitude cherche dans la complexité des propensions qui font de l'homme un agent fonctionnel, ce qui veut dire une personnalité". Ce "fonctionnel" s'oppose à "inerte".Ainsi Veblen s'appuie sur une anthropologie évolutionniste qui peut s'appuyer aussi bien sur les fondements néo hégéliens de la pensée de Marx (Aron, préface), sur les références de Marshall à Spencer ou encore explicitement sur la sociobiologie. L'épistémologie veblenienne, épurée de son sociobiologisme, pourrait n'être qu'une anthropologie culturelle faisant référence au contexte culturel et social.

 

- Une occasion manquée pour l' anthropologie économique.

 

Holisme et évolutionnisme ont présidé à une critique qui , aux temps de Veblen et Commons , a été fortement sociologique sinon sociobiologique, de la théorie économique. Cette critique n'a eu que peu d'impact sur les économistes en se discréditant par sa référence douteuse à une anthropologie "génétique" et différentielle, privilégiant l'homme altéré par sa race (hétéronome) et ses instincts au détrimens de son universalité; mais aussi par l'abus de la création conceptuelle, en particulier de l'"institution", ou encore de la "routinisation" et de "cumulative causation" qui au même titre que la structure , cinquante années plus tard, tendent à devenir par leur polysémie et leur usage fétichiste, des concepts creux.

Veblen ne voit pas le parti qu'il peut tirer d'une critique anthropologique fondée sur la capacité des agents à réagir contre les lois économiques. Il est trop obsédé par les problèmes de selection naturelle considérés au niveau de la race et pas assez par la reconnaissance de la personne. A trop refuser l' universalité de la théorie économique, Veblen s'enferme dans une anthropologie génétique, différentielle et relativiste. Son anthropologie est sans consistance philosophique ( aucune référence à Rousseau, Kant) ; son épistémologie prétentieuse ( les appels au terrain, à la totalité, à la pluridisciplinarité) déterminera l'anthropologie économique des années 1940, en particulier les travaux de Melville Herskovits.

 

Par contre, Veblen (et dans une moindre mesure Alfred Marshall) devient l'économiste de réference pour les anthropologues. L'anthopologie économique naissante retient l'impossiblité de faire coexister la science économique avec l'anthropologie, au nom de l'institutionnalisme. Knight évoque ainsi les critiques effectuées à l'"archéologie romantique" d' Adam Smith par Veblen qui se "pose" comme anthropologue et dont l'oeuvre abonde d'une confusion entre science et satire. Les économistes travaillent sur des situations hypothétiques; les comparaisons entre la société économique "simplifiée" des économistes et les sociétés particulières des anthropologues n'ont pas de sens. Le dialogue commencera quand les anthropologues comprendront qu'ils ont affaire à une "société primitive hypothétique". L'anthropologie économique serait alors cette partie de la théorie économique traitant des questions de l'homme de façon hypothétique.

 

Selon un argument plus radical encore de Knight, l'anthropologie économique d' Herskovits, largement inspirée de Veblen (1899) , traite des intérêts de l'homme et de ses activités à un niveau purement animal , à l'expression d'une lutte immorale pour la domination et la démonstration. Ainsi l'anthropologie, compte tenu de son utilisation par Veblen puis par Herskovits et la nouvelle anthropologie économique devient une discipline marginale pour les économistes. Le plus souvent ceux ci créent, à la façon de Schumpeter, un fourre tout des "neighboring fields" où l'anthropologie est mélangée à la sociologie la plus mécaniciste. L'anthropologie " holiste " a largement contribué à faire glisser une problématique philosophique en quelques sociologismes faciles. Des phénomènes anthropologiques tels que le respect des autres ou l'esprit du don par exemple, deviennent des contraintes macroéconomiques au lieu d'être analysés comme des phénomènes interpersonnels.
 

b. John Roger COMMONS ( 1862 - 1945)  et W.C MITCHELL (1874- 1948)

 

Les deux autres fondateurs prêtent moins à controverse.

 

Tout d'abord, W.C. Mitchell ( 1874- 1948), est le membre fondateur du National Bureau of Economic Research, ( empiriste sans théorie selon Koopmans ?). S'il privilégie l'analyse de l'évolution par les faits, il est surtout connu pour le " Burns & Mitchell" , " Measuring Business Cycles" NBER ( 1946).

Enfin, J.R. Commons ( 1862 - 1945) tente de donner une définition synthétique de l'institutionnalisme en 1931: l'institution y est définie comme " l'action collective dans le contrôle, la libération et l'expansion de l'action individuelle". A la fin de cet article, Commons élargit la perspective en énoncant que si la philosophie sociale en reste aux "lois de nature" ou part des " managerial and rationing transactions", alors "sa finalité est l'autorité et l'obédience du communisme et du fascisme". Alors que si l'étude des transactions porte sur les "bargaining transactions", on ira vers "l'égalité des chances, la juste compétition, la négociation égalitaire". Voilà une singulière façon de régler, dans le contexte des années 1931, un problème de choix de méthode !

Dans "Institutionnal economics", il élabore de nouvelles catégories d'analyse:

-La transaction comme "unité d'intérêts en conflit(..), d'intérêts mutuellement dépendants (..) dont les participants attendent la répétition continue dans l'avenir. Elle se substitue à l'action individuelle.

Le jeu paradoxal de la rareté (conflits) et de l'efficience (interdépendances) implique d'appréhender les processus assurant la création d'un ordre fait de règles collectives.

La transaction intervient séquentiellement avant l'échange, comme activité d'aliénation et d'acquisition de droits de propriété. L'économie institutionnaliste doit alors se tourner vers le droit et l'éthique pour comprendre l'activité économique.

Commons effectue alors des typologies de transactions ( bargaining, managerial, rationing transactions) , de statuts sociaux.

On peut ainsi oberver comment s'effectuent des transactions sur les règles, des transactions routinières ( cf. la répétition " ad nauseam" de la "routinisation" chez les épigones).

A l'image de la "transaction" , l'économie insitutionnaliste est donc holiste et évolutionniste. L'ordre social n'est donc pas naturel, harmonieux ou spontané mais fondé sur les jeu des conflits sur des institutions relatives. Il est un compromis d'intérêts et non un optimum social. L'évolutionisme est un "évolutionisme de règles".

Wesley Clair Mitchell est membre fondateur du National Bureau of Economic Research, empiriste sans théorie selon Koopmans ? Il est surtout connu pour le " Burns & Mitchell" , " Measuring Business Cycles" NBER ( 1946).

Il développe un relativisme des faits et donc l'inductivisme ( cf. l'Enquête chez Peirce), fait appel à des attitudes collectives; par exemple, les Greenbacks (objet de sa thèse), monnaie forcée ont pu être acceptés grace à la confiance.La monnaie est ainsi un fait social total, un ensemble de représentations collectives.

 

2.2.2. Le Néo Institutionnalisme et la pensée évolutionnaire.

 

Un ouvrage de référence: "The economic institutions of capitalism",Oliver,E. Williamson, Free Press, 1987;

 

Cette critique "satirique "des économistes effectuée par Veblen n'aura que peu d'influence sur les économistes. Schumpeter, dans son histoire analytique, considère avec dédain le sociologisme de Veblen et ne cite même pas Commons. Et pourtant, la "troisième voie" du pouvoir des dirigeants , issue d'un processus de selection, entre le socialisme et capitalisme n'est pas très loin des prophéties de "Capitalisme, Socialisme et Démocratie". Le succès populaire de cette idée, sera cultivé à l'extrême par James Burnham (1941) dans " The Managerial Revolution" qui spéculait déjà sur une triade ( Japon, Allemagne, Etats-Unis), à la façon de Ohmae (1985) et Krugman aujourd'hui. Mais qui oserait voir dans la dynamique actuelle du capital hum

2.2.2. Le Néo Institutionnalisme et la pensée évolutionnaire.

 

Un ouvrage de référence: "The economic institutions of capitalism",Oliver,E. Williamson, Free Press, 1987;

 

Cette critique "satirique "des économistes effectuée par Veblen n'aura que peu d'influence sur les économistes. Schumpeter, dans son histoire analytique, considère avec dédain le sociologisme de Veblen et ne cite même pas Commons. Et pourtant, la "troisième voie" du pouvoir des dirigeants , issue d'un processus de selection, entre le socialisme et capitalisme n'est pas très loin des prophéties de "Capitalisme, Socialisme et Démocratie". Le succès populaire de cette idée, sera cultivé à l'extrême par James Burnham (1941) dans " The Managerial Revolution" qui spéculait déjà sur une triade ( Japon, Allemagne, Etats-Unis), à la façon de Ohmae (1985) et Krugman aujourd'hui. Mais qui oserait voir dans la dynamique actuelle du capital humain, une selection naturelle ?

 

Aussi le message de Veblen est atténué par ses disciples, en particulier par Commons qui montre que si la transaction précède le marché et lui fournit des règles prélalables, l'analyse économique du marché n'en reste pas moins un des objectifs principaux de l'analyse économique. Cette atténuation ira jusqu'au néo- institutionnalisme. Dès lors rien n'interdit à la théorie économique ( Ronald Coase) d'intégrer les institutions ...comme lieux de marchandage.

Si l'institutionnalisme s' atténue dans le giron de la théorie économique, tel n'est pas le cas de l'anthropologie économique qui a gardé en grande partie un anti- économicisme Veblenien.

Le néo- institutionnalisme et l'évolutionisme contemporain partent de la théorie de la rationalité limitée ( Herbert Simon) et développent les idées de "dépendance par rapport au sentier" (histoire) et d'incertitude radicale (empruntée à  Knight...).

 

a. L'institutionnalisme contemporain, une intégration dans la théorie économique 

 

La nouvelle économie institutionnelle est définie par O. Williamson dans le JEL de Septembre 2000. Elle commence avec l'article de Coase (1937) qui introduit les coûts de transaction dans l'analyse économique et oppose la firme au marché.

 

- Le cadre

 

Une hiérarchie de niveaux

 

L'analyse se développe à quatre niveaux : Idée d'une superposition d''étages au 4° l'analyse "continue" néo classique, au 3° l'économie des coûts de transactions et de la gouvernance. Au second, l'économie des droits de propriété, et au premier celui de l'enchâssement.

 

1 l'enchâssement social: Normes, habitudes, traditions, mœurs…. souligne par exemple le rôle de la religion (Hungtington ) des communautés ( Putnam).Souligne le rôle des institutions informelles à caractère spontané.

 

-2 le niveau de l'environnement institutionnel : règles formelles, droits de propriété, constitution.

 

-3 Gouvernance : résolution de conflits, gains mutuels par les gains mutuels.

 

4- Analyse néo classique : optimum, mais aussi théorie de l'agency.

 

Un niveau inférieur (0) serait celui de l'innovation organisationnelle.

 

- Hétérogénéité

 

La NEI regroupe, selon Williamson, les "bons critiques" de l'économie orthodoxe: Arrow, Hayek, Myrdal, Simon. Les deux grands auteurs sont Coase, North ,qui ont présidé leur association, l'ISNIE. Mais aussi Alchian, et (pourquoi pas ??) l'école historique allemand

 

Les bonnes idées" selon Williamson

 

1 Les acteurs humains.

La rationalité limitée

L'incomplétude des contrats

La capacité à prévoir

 

2 Faisabilité

 

3 Nature de la firme et des bureaux

 

Théorie du développement

 

- Quelle hétérodoxie ?

 

 Par rapport à la théorie économique, l'institutionnalisme apparaît aujourd'hui bien affadi sinon récupéré. De nombreux concepts sont repris du "main stream" tels ceux de coûts de transaction ( Arrow 1969), de droits de propriété ( Coase, 1952) ou encore de l'incertitude (F. Knight , 1941). Du point de vue des méthodes, ce détournement des concepts des cadres préétablis est très fructueux en HPE.Swedberg ( 1994) précise  une "nouvelle économie institutionnelle" plus soucieuse d'intégration dans la théorie économique que les féroces critiques de la première école:

 

" Ce type d'approche qui a acquis un très haut niveau de sophistication est accueilli de manière de plus en plus favorable au sein de la théorie économique dominante". 

 

En témoigne, selon lui, l'attribution de deux prix Nobels récents à Coase en 1991 et North/ Fogel en 1993. Il n'est plus question de contester le marché, mais de souligner ses "frictions": coûts de transaction, de recherche, d'implémentation de contrôle etc...et donc la prise en compte des droits de propriété. "La théorie néo- classique doit prendre en compte ces frictions et peut le faire grace ..au néo - institutionnalisme". Dès lors on peut faire apparaître dans un tel courant aussi bien Proudhon, les auteurs libertariens, Willliamson ( ce dernier se classant dans les "new institutional economics parle plutôt d'organisations) et toute la théorie économique dès lors qu'elle accepte l'intégration des "institutions".

Warren Samuels (1995) radicalise la position institutionnaliste qui se retrouve dans la contestation du marché et lui oppose l'organisation structurelle, en clair les institutions ou encore les réseaux, mais aussi dans la méthode (abstractions et hypothèses) en s'appuyant sur la "réalité". Les points importants du programme correspondent aux institutions sociales ( contrôle social et action collective) à la transformation du système économique par la technologie ,à la détermination des structures de pouvoir par les structures de marché, aux cultures et aux types de vie. Enfin, l'institutionnalisme est holiste et multidisciplinaire et "pluraliste" sur le plan politique. Olivier Williamson (1975) développe l'interaction entre institutions et structures de gouvernance selon le schéma ci-dessous( source, E. Brousseau, 1997).

rôle donné aux droits de propriété ( cf. R. Coase) et coûts de  transactions ( Williamson, 1985 et North, 1990) est très novateur. La minimisation des coûts de transaction aboutit quelquefois à des monopoles naturels ou encore à des stratégies d'"externalisation /internalisation".Mais, elle augmente des coûts d'organisation pour une structure interne trop importante.

 

Cette minimisation est effectuée par les agents économiques qui créent et choisissent des structures de gouvernance pour mieux se coordonner .

 

On remarquera que les synthèses récentes soulignent la diversité sinon l'éclatement des approches dans ce cadre où peuvent coexister "marxistes" et "autrichiens". Ceci montre à quel point ce point de vue peut recouper d'autres courants de pensée ou paradigmes; néanmoins, P.Klein(1990) insiste ainsi sur le fait que l'économie évolutionnaire est peut être ce qui convient le mieux à l'institutionnalisme.

 

b. La théorie évolutionnaire contemporaine ou évolutionnisme

  

La théorie évolutionnaire contemporaine ou évolutionnisme est une vision selectionniste reliant rationalité "optimisatrice" et sélection naturelle que l'on trouve chez Alchian (1950) et surtout chez les pères fondateurs, P. Nelson et S. Winter en 1982 dans "An evolutionary theory of economic change"; par analogie avec Darwin et Lamarck. Elle réactualise l'analyse schumpéterienne en insistant sur les processus d'évolution technologique et les innovations. Elle critique la théorie standard en insistant sur les routines, les apprentissages, les rationalités limitées et rejoint l'institutionnalisme en insistant sur les processus cumulatifs spécifiques. Elle est cependant tout à fait intégrable à la théorie économique, ce que montre l'incorporation (sans problème) de la " destruction créatrice" par l'"innovation de procédés" dans la théorie de la croissance endogène avec Aghion et Howitt (1992). Elle veut critiquer la théorie standard en insistant sur les routines, les apprentissages, les rationalités limitées et rejoint l'institutionnalisme en insistant sur les processus cumulatifs spécifiques. La résurgence de cette pensée s'effectue depuis 1960 par l'intermédiaire de l'" Association for Evolutionary Economics" et de sa publication le " Journal of Economic Issues"  ;

 


 


 

 

 

-          Schumpeter  Joseph  

 ( 1883- 1952)

 




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Schumpeter a connu  une carrière d’économiste universitaire avec  un court intermède Spolitique.. Il a été l’étudiant de Von Wieser  ett de Bohm Bawerk au sein de l’école de Vienne, puis il sera fasciné par le marxisme. Emigré à  Harvard, il critique la théorie économique keynésienne.. Economiste inclassable il peut être  rangé dans le courant évolutionniste.

Il  apprécie les  progrès de la société actuelle ..Schumpeter publie en 1921, uue théorie de l’évolution économique. A ce titre , il a été classé dans l’évolutionnisme. Sa théorie s’intéresse au processus social et introduit le rôle de l’innovation en tant que « exécution de nouvelles combinaisons. » qui . aboutit à la crise du capitalisme

 

Il souligne le rôle de l’innovation dans la dynamique industrielle .Le profit rémunère les qualités de « chef » de l’entrepreneur. Le rôle des banques consiste à donner plus de pouvoir aux entrepreneurs. Le capital regroupe tous les moyens financiers permettant les nouvelles combinaisons de l’entrepreneur. Sa  théorie du cycle est fondée sur l’innovation, et les  erreurs d’anticipation.. Il distingue la phase d’essor de la  phase de dépression, en fait une phase de réorganisation.

 

J.A.Schumpeter prolonge la méthode historique allemande, en analysant les phases d'évolution du capitalisme et en recherchant les facteurs principaux en particulier ce qui a trait à l'évolution.L'école historique allemande a perdu dans la querelle des méthodes face à l'universalisme autrichien ; elle est aussi apparue comme dangereusement nationaliste, l'argument nationaliste étant aussi fort chez List que dans les textes de M. Weber. Elle fait apparaître aussi derrière l'histoire et la société, la notion d'ordre....

 « Capitalisme, socialisme et démocratie »  est son principal succès. Une large partie de l’ouvrage traite d’un Marx découpé en  sociologue, économiste et professeur .Selon  Schumpeter, le capitalisme ne peut réussir ; il subit le processus de « destruction ;créatrice » .Selon cette idée,la structure économique détruit continuellement  ses éléments vieillis  en créant  des éléments neufs.

 

Cet ouvrage ,affirme la supériorité de la culture occidentale et lui avoue une fin  brillante par le haut ;  contrairement à ,la sortie par le bas, prophétisée par Marx….

 

 Cet extrait de capitalisme, socialisme et démocratie

« L'impulsion fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d'organisation industrielle – tous éléments créés par l'initiative capitaliste. [...] L'histoire de l'équipement productif d'énergie, depuis la roue hydraulique jusqu'à la turbine moderne, ou l'histoire des transports, depuis la diligence jusqu'à l'avion. L'ouverture de nouveaux marchés nationaux ou extérieurs et le développement des organisations productives, depuis l'atelier artisanal et la manufacture jusqu'aux entreprises amalgamées telles que l’U.S. Steel, constituent d'autres exemples du même processus de mutation industrielle – si l'on me passe cette expression biologique – qui révolutionne incessamment de l'intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs. Ce processus de Destruction Créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme : c'est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon gré mal gré, s'y adapter. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2.3. Une hétérodoxie française: l'économie des conventions.

 

L'apparition d'une"économie des conventions" (Cf. le numéro spécial de la Revue Economique, Mars 1989) incite à la différencier par rapport à l'économie des normes (écodéontique ?).
 

2.3.1. Conventions

 

La convention (O.Favereau,1988), analysée par Keynes (1937), peut être repensée sous l'influence de Dürkheim (1912) et formalisèe dans le cadre de la logique déductive.

 

-11-L'essence de la convention pour Keynes revient à assumer que l'état existant des affaires continuera indéfiniment sauf à penser qu'il y ait des raisons spécifiques de changer.La similarité selon Keynes est de trois types:

- entre le présent et le futur,

- entre représentations collectives et réalité sociale,

- entre un comportement et les autres comportements.

 

-12-La convention est redéfinie par les auteurs de "l'économie des conventions" (1989) en référence à Dürkheim comme un accord de volontés tout comme son produit, doté d'une force normative obligatoire.

 

-L'émergence d'une convention est associèe à l'apparition d'une représentation sociale. Cette représentation peut être actuelle ou anticipative; elle tient surtout à une stabilité de l'opinion moyenne sur le contexte macroéconomique.

 

-13- Un cadre logique.

D K Lewis(1969) ( à ne pas confondre avec le père de l'implication stricte,C I Lewis, 1918), a travaillé sur la convention implicite, dans le domaine du langage. Ainsi Lewis donne une définition de la régularité,R, (definiendum) par la convention (definiens). La convention dans une population donnèe est une conformité unanime (avec croyance réciproque) dans R, à propos de faits qui établissent une connaissance commune ou mutuelle (common knowledge).Cette convention peut être interprétèe par la sémantique des mondes possibles. Cette interprétation est d'autant plus intéressante selon Favereau (1988) que Keynes associe à la convention l'idèe d'un"état de confiance" d'ordre probabiliste.Ce contexte probabiliste incite à utiliser la logique aléthique (du nécessaire et du possible) plutot qu' une logique conditionelle (Cf Von Wright).

La convention depend ainsi de conditions "contrefactuelles" et "strictes" sur la relation qu'un agent peut établir entre un évènement p et un évènement q.

Soit s'il est necessaire que p alors q : p----> q

Soit s'il est possible que p alors q: p----> q

La condition contrefactuelle est telle que si on additionne p au stock de connaissances d'un individu,sans en remettre en cause sa cohérence,alors son conséquent q soit vrai.

La condition stricte (Cf l'autre Lewis) a trait à la necessité d'une implication classique ( ou matérielle): s'il est necessaire que p alors q

( p ---> q )

La condition classique d'une implication est que si p est vrai alors q doit être vrai pour que l'implication soit vraie (alors qu'à l'inverse "ex falso sequitur quodlibet).

Dans l'implication "stricte", si p est vrai alors q doit être necessairement vrai pour valider l'implication. L'intérêt de cette interprétation est de faire rentrer la convention dans la sémantique des mondes possibles. La convention peut concerner un monde actuel ou des mondes possibles selon des conditions d'accessibilité donnèes (reflexivité, transitivité, symétrie).

 

 2.3.2. Normes.

 

A priori la norme n'est pas nécessaire à une convention. Il peut y avoir convention sur des normes ( par ex sur les règles futures du marché)et surtout convention sur les concepts économiques ; mais la convention n' a pas besoin de normes pour exister. Par exemple, les marchés d'organisation (Favereau,1989) ,n'ont pas besoin de règles constitutives. Une convention n'est pas necessaire pour établir une norme; celle-çi peut être tout à fait dictatoriale (d'où l'ambigüité d'une théorie pure du droit chez Kelsen,cf. la critique de Loschak et Chevallier). Le rapport entre norme(règle) et convention est examiné dans Favereau (1989): La théorie standard (de l'équilibre général )"ignorait les règles", la théorie standard étendue (qui s'appuie sur le critère de rationalité individuelle pour envisager la coordination organisationnelle) "les découvre".

 

a. Nature des normes

 

La norme est un des moyens de coordination sociale, de même que les conventions. Elle est cependant d'une nature très différente. On rappellera que le problème des normes , de la hiérarchie des normes a été surtout posé par les juristes; en particulier Kelsen (1953).Il a été formalisé par les différents batisseurs de la logique des énoncés sur les normes (logique déontique): Kalinowski, Von Wright et testé dans le cadre des mondes possibles .

Cette formalisation logique a précisé le mondes des normes autour des notions , de permission, d'interdiction, d'obligation etc... (en fait toutes les normes se réduisent à une composition de la permission). La sémantique des mondes possibles a permis de souligner la différence entre la logique aléthique et la logique déontique; par le fait essentiel que la règle de détachement n'a pas de sens en logique déontique : s'il est obligatoire de ne pas voler, il n'est pas vrai que cela soit soit automatiquement réalisé....elle est par contre tout à fait admissible en logique aléthique: s'il est necessaire que p et si p est vrai alors p.

 

b. En quoi se pose le problème des normes en économie ?

 

-Les économistes ont ,depuis l'existence de leur discipline, accumulé des normes sans s'interroger sur la cohérence de cet ordre dans leur théorie ; quitte à nier dans leur environnement la priorité d'un calcul normatif d'ordre social sur le calcul égoïste.

 

 

 

 

Par rapport à la théorie

 

De façon descriptive, ou pragmatique, on peut recenser les normes en économie et s'interroger sur leur nature et leur cohérence. La théorie économique n'étant pas une théorie sur les normes,il appartient de faire des emprunts; d'où une démarche import/export, ce qui est reproché à O.Favereau.

D'une façon normative,la question peut être de s'interroger sur les normes qui permettent à la théorie de fonctionner (Cf.position de G.Deleplace pour une critique "interne").

Il a toujours existé des normes en économie. La question de leur cohérence a été posèe par Kenneth Arrow (notamment des normes morales avec les normes logiques,cf. Mahieu 1989). Néanmoins , la formalisation des normes par Arrow et les théoriciens des choix collectifs est inapproprièe d'où des imprécisions et des incohérences.La question d'un corpus (Von Wright) ou d'un "ordre"(Kelsen) de normes n'y a pas encore été posèe.

La question des normes , dans un perspective keynésienne est surtout posèe par Rawls et résolue par le principe de la priorité lexicographique (en l'occurence entre liberté > équité > efficacité).

Enfin, quelles sont les normes conventionnelles de la théorie économique ?

Les règles du système néo ricardien ? Les règles de de la concurrence pure et parfaite, de la résolution de l'équilibre général façon Debreu ou encore le catéchisme minimal de la théorie des choix collectifs ? Il faudrait ainsi distinguer des règles conventionnelles (péréquation des taux de profit) de règles de construction (lièes spécifiquement à l'application de théorèmes import/export, issus par ex. du calcul matriciel ou de la topologie).

 

Par rapport à la société économique

 

La question des normes est reposèe depuis Becker et l'économie de la famille. Dans quelle mesure le calcul afférent à notre vie privèe est il "hors norme" ? Cette question est incongrue en Afrique noire tant le calcul individuel y est résiduel (Mahieu,Tiers Monde,1989).

Mais , elle est tout aussi déplacèe dans les vieilles sociétés et leur système de protection sociale. Les"retenues" pour organismes sociaux ne sont elles pas ultra prioritaires ? A ce niveau, les relations entre normes et conventions sont plus tangibles; par exemple au niveau du marché du travail et de celui des produits. Dans quelle mesure, des normes sociales du marché interne ou des normes qualité/prix sur les marchés des bins et services sont elles prioritaires par rapport aux règles classiques du marché ? La question ,ici, est celle de la place des normes dans une séquence des actes économiques. Mais aussi des modalités de leur "intériorisation" (Nicolaï). L'analyse économique des normes (l'écodéontique) reste à constituer.... sur les cendres du calcul hors normes. Ses rapports avec l'économie des conventions sont a priori d'ordre méthodologique dans la mesure où les deux domaines utilisent par exemple la logique déductive et ses prolongements modaux.

 

c. Des règles comme dispositifs cognitifs ?

 

Au delà, une reflexion très fructueuse est entamèe par O.Favereau (1989,p. 283,passim:"nous ne savons pas encore ce qu'est une règle").

 

une critique de la théorie standard étendue

 

Dans cette théorie, soit la règle, endogène, est rèduite à un contrat,soit la règle exogène est assimilèe à une contrainte. La règle contrainte (par ex. la classique contrainte de budget) necessite un processus d'apprentissage, d'ordre cognitif que ne reconnait pas la théorie. La règle contrat implique une pression extérieure pour compléter les accords interindividuels d'où une vision instrumentale qui vise à prédire une procédure de décision plus que le contenu de la décision elle même.

 

les règles comme dispositifs cognitifs collectifs ?

 

D'une analyse "réaliste" des règles, O. Favereau retient trois enseignements :

 

-les règles sont des réponses à des questions pratiques. -elles sont des modèles

 

-Elles sont des outils augmentant la capacité d'action individuelle.

et propose une conception alternative des règles, comme "dispositifs cognitifs".

A la règle "résumé" (sans information nouvelle), s'oppose la règle,"dispositif cognitif" permettant une économie de savoir. Fondèe sur un partage du savoir, elle prend la valeur d'un bien collectif .

Cette analyse des règles pose le problème de sa relation avec l'analyse logique (Kripke et Hintikka sont ils dans le camp des "réalistes" ?).La logique déontique ne s'intéresse qu'aux énoncés formels sur les règles et non à leur contenu (résumé ou cognitif, plus ou moins intentionnel) .De ce point de vue la règle des deux biscottes ne relève pas de la logique déontique( il est permis ou non de casser ses biscottes), mais d'un processus cognitif . Cf. l'analyse des règles dans Lewis.D,1969, p. 100, passim). Il convient donc de choisir entre la dimension cognitive et la forme normative des règles.

 

Le problème réside dans un certain flou sémantique sur les principes, les règles, les normes....On relève dans la littérature économique des principes généraux (Cf Rawls), des règles (cf.les modèles économiques), des normes (de qualité) mais les trois se réduisent aux types standards des énoncés normatifs. Sur le plan des domaines d'application, il importe de voir en quoi des conventions peuvent créer des normes et réciproquement. Si ,en tant que processus cognitifs, de nouvelles catégories de normes apparaissent dans l'inventaire des normes "économiques", la tache de la logique ne peut être que de les réduire à ses types formels et d'examiner la cohérence des corpus de normes qu'ils forment. Il existe ainsi une inégalité de traitement entre les conventions et les règles dans les textes de O.Favereau. La convention mérite une analyse logique dans les termes de la sémantique des mondes possibles; la règle fait l'objet d'une discussion de contenu, abandonnant la dimension formelle des conventions. Le programme de travail fondé par O.Favereau particulièrement riche, implique un choix dans l'analyse : cohérence interne (propre à la théorie économique ) ou cohérence formelle,"externe", par rapport aux règles de la logique . Dans ce dernier cas, il importe de réduire convenablement les énoncés à leurs modalités normatives et à elles seulement.

 

Une perspective de travail pourrait être la suivante dans les termes de la théorie des choix collectifs : La convention a un contenu (la similarité "Keynésienne" ) du type nécessaire/possible(aléthique) et traduit par une force obligatoire (Cf.infra 12, la référence à Dürkheim).

 

Ceci pose un problème d'écriture :

 

-la convention est de type social soit en créant un prédicat C à trois arguments (il est convenu à un individu qu'il est necessaire que p-->q) et les individus s'accordent à penser que

 

-Sa force normative prendra la forme d'un prédicat,O à deux arguments: il est obligatoire à un individu que C; ou encore plus complexe si l'on veut faire intervenir la notion de choix (une convention étant préférèe à une autre situation).Il serait ainsi possible de respecter l'individualisme méthodologique et de réintégrer un certain nombre de conditions ayant trait au choix et à l'équité. Formellement, cela donnera une combinaison de modalités : par ex.il est obligatoire qu'il soit convenu qu'il soit possible... ou encore il est convenu sous un certain nombre de conditions de choix (non dictature, loyauté) et d'équité (la juste épargne keynésienne !) qu'il soit possible que.

 

Conclusion.

 

Régis Debray disait qu'il n'est pas facile d'être contemporain de son temps surtout si ce présent est une révolution.... mais le présent n'est que rarement une révolution; le risque est grand de voie s'agrandir une nébuleuse contre la théorie standard mythique, et mal connue....enfin on est encore loin d'une problématique claire, de solutions consistantes et d'une capacité à l'autocritique. Le plus grave dans cette nébuleuse est son caractère "emprunté": la validité du raisonnement économique renvoie à la justesse de la méthode historique ou sociologique.

 

 

3. Les socialismes dits "utopiques" ou "vulgaires"

 

 

Le socialisme non marxiste est souvent qualifié d'utopique ou de vulgaire par rapport au "socialisme scientifique". Marx, dans le Manifeste, distingue le socialisme féodal (dont le socialisme sacré), le socialisme petit-bourgeois, le socialisme allemand dit "vrai", les socialismes "bourgeois" (Proudhon) et utopiques (St Simon, Fourier, Owen..).

Marx prophétise : le "libre épanouissement de chacun est la condition du libre épanouissement de tous" ce qui fait inévitablement penser à la "liberté de choix" d' Amartya Sen (1999).

 

Ce socialisme recouvre de nombreuses tendances et il est éliminé de la plupart des  manuels français, sauf celui d' Henri Denis. Le site de la New School célèbre par une excellente page les textes des différents courants  : utopique, ricardien, St simonien, anarchiste, populiste, révolutionnaire, réformiste.... Le site Gallica de la BNF a exhumé de nombreux manuscrits de ces courants...de quoi faire des mémoires d'HPE !

Charles Gide a effectué une excellente présentation du socialisme(1) à la suite de laquelle on distingue:

Le socialisme néo- ricardien et coopératif (2)

Le socialisme français utopique (3)

Le socialisme révolutionnaire (4).

 

3.1. Une présentation par Charles Gide (1847-1932)  in "Principes d'économie politique", 1931.

 

Les systèmes socialistes.


On a donné d'innombrables définitions du socialisme, mais aucune n'a été retenue parce que ce mot de socialisme sert d'étiquette aux écoles les plus disparates et même les plus antagonistes, en sorte que quelle que soit la définition qu'on propose il y aura quelqu'une de ces écoles qui protestera contre l'uniforme qu'on prétend lui imposer. Tout ce qu'on peut dire c'est qu'elles sont toutes issues d'un sentiment de révolte contre les injustices de l'ordre économique actuel, et c'est pourquoi c'est dans le livre de la Répartition qu'il convient de placer l'exposition de ces doctrines .

1- Le nom même de " socialisme " invite pourtant à croire qu'on pourrait le définir comme impliquant le sacrifice, ou du moins la subordination de l'intérêt individuel à l'intérêt social. Mais encore faudrait-il savoir ce qu'est l'intérêt social 1 Généralement, on entend par ce mot le bon ordre, c'est-à-dire le maintien de l'état de choses actuel, mais les socialistes s'irritent quand on oppose ce prétendu intérêt public aux revendications de la classe ouvrière et déclarent que cet intérêt public ne peut être autre que celui des travailleurs.

Il faudrait distinguer entre le socialisme autoritaire et le socialisme libertaire. Le premier implique une réglementation et une discipline, plus encore que l'ordre économique actuel, car après la Révolution accomplie il s'agira d'empêcher la vieille société de renaître, et pour cela la " dictature du prolétariat " sera indispensable, tout au moins temporairement et sans doute longtemps. Ce serait donc une erreur de voir dans le socialisme un élargissement de la démocratie. Le socialisme révolutionnaire ne redoute rien tant que de voir la minorité des militants paralysée par une foule inerte, qu'il serait obligé de remorquer. Il prendrait volontiers à son compte le mot d'ordre d'Ibsen : " les majorités n'ont jamais raison. C'est " le parti " seul qui doit gouverner. "

 

2- Souvent aussi on définit le socialisme comme l'absorption par l'État de toutes les activités privées. Mais cette définition, qui peut convenir à la social-démocratie, comme disent les Allemands, est repoussée par les socialistes marxistes. Ils protestent contre cette façon de présenter leur programme : ils déclarent que leur but n'est point d'étendre indéfiniment les fonctions de l'État mais de les supprimer progressivement – encore plus que ne le veut l'École ultra-libérale, car celle-ci s'arrête du moins à la limite de l'État-gendarme, tandis que cette dernière fonction est précisément une de celles que le socialisme goûte le moins. Socialisation ne veut donc pas dire " étatisation ". L'État, tel qu'il existe aujourd'hui le gouvernement, comme on l'appelle, représentant de la classe possédante ou bourgeoise, sera remplacé par un gouvernement purement économique, par un conseil d'administration qui ne sera que l'organe central des travailleurs organisés.

 

3- Peut-être pourrait-on mieux définir le socialisme comme l'abolition de la Propriété privée, puisque ce caractère semble commun à toutes les écoles. Et encore faut-il ici bien des réserves, car la propriété que les socialistes veulent abolir c'est seulement la propriété en tant que privilèges mais, au contraire, ils prétendent vouloir la réaliser pour tous, en tant qu'elle a pour objet le produit d'un travail personnel et même la libérer des servitudes qu'elle subit aujourd'hui entre les mains des petits propriétaires, telles que hypothèques, impôts, fermages. En d'autres termes, ils veulent conserver la propriété en tant que portant sur les objets de consommation, mais lui retirer ceux de ses attributs qu'on pourrait appeler agressifs en tant qu'ils permettent d'exploiter le travail d'autrui et d'en tirer profit.

 

4- Le vrai critérium du socialisme, tel qu'il résulte notamment de la théorie marxiste sur la plus-value (ci-après, Socialisme), c'est l'affirmation que la richesse des uns est prise sur le travail des autres. Or, si cette thèse est malheureusement fondée dans un grand nombre de cas, nous ne la croyons pas vraie dans l'ensemble. Je ne dirai pas, en sens inverse, que toute richesse est due au travail ou à l'initiative de son possesseur, tant s'en faut ! mais elle est due le plus souvent à des circonstances heureuses, à des conjonctures,dont il a su profiter ).

 

C'est dans la première moitié du dernier siècle et en France que le socialisme a trouvé ses premiers chefs : Saint-Simon, Fourier, Proudhon, Cabet, Pierre Leroux, Louis Blanc.Ce socialisme n'était pas spécialement ouvrier. Il ne faisait pas de distinctions de classes. Il cherchait un principe de justice distributive autre que le jeu aveugle de la concurrence. Chaque école a proposé le sien :

1- À chacun selon ses besoins, c'était le principe des communistes. Mais au siècle dernier ce mot n'avait nullement le sens qu'il a aujourd'hui, celui d'un socialisme ultra-rouge, le socialisme de Moscou. Les socialistes dits communistes du XIXe siècle, Owen, Cabet, étaient tout à fait débonnaires, et leur programme une idylle. Les petites colonies dont ils traçaient les devis, ou qu'ils ont même réalisées, étaient des Arcadies champêtres, des Petit-Trianons .

C'est bien à tort qu'on range généralement Fourier, célèbre par son phalanstère, parmi les communistes. En réalité, Fourier n'était communiste qu'en ce qui concerne la consommation et la production, nullement en ce qui concerne la répartition des biens. La vie commune dans le phalanstère n'était pour lui qu'un moyen d'organiser la production et la consommation dans des conditions plus économiques, mais n'avait nullement pour but d'établir l'égalité entre les hommes : elle devait laisser subsister au contraire. Fourier le déclare expressément non seulement les inégalités qui résultent du travail et du talent, mais encore celles qui résultent de l'inégalité des apports en capitaux. La répartition devait se faire ainsi : 5/12 pour le travail, 4/12 pour le capital, 3/12 pour le talent, ce qui n'a rien d'égalitaire et même ne diffère pas sensiblement de ce qu'est, en fait, la répartition actuelle. Il promet même aux sociétaires des dividendes fantastiques et d'opulents héritages. Il cherche la solution de la question sociale surtout dans le travail attrayant et prétend rendre le travail attrayant par une organisation compliquée de groupes et de séries. Dans ses énormes volumes le nombre d'idées géniales n'a d'égal que celui de ses extravagances .

 

2- À chacun selon sa capacité, c'était la devise fameuse de l'École de Saint-Simon. Socialiste, si l'on veut, mais d'un socialisme aristocratique et capitaliste, bien loin de proscrire les industriels, les grands patrons, les banquiers même, cette école leur conférait – sous le contrôle d'une Chambre de savants – le gouvernement de la société. Elle ne s'offusquait point de l'inégalité : seulement elle voulait remplacer l'inégalité artificielle par celle qui tient aux mérites individuels. Et c'est ce qu'elle exprimait par sa formule célèbre : " à chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres. " La Révolution n'a pu aboutir, disait-elle, parce qu'en supprimant tous les privilèges politiques, fiscaux, civils, que conférait la naissance, elle en a oublié un, le plus exorbitant et le plus absurde de tous : la dévolution par l'héritage de la plus haute et la plus importante des fonctions, qui est le gouvernement économique de la société, l'administration de ses richesses, la gestion de ses entreprises.

L'abolition de l'hérédité était donc l'article essentiel de l'École de Saint-Simon. Cela paraît logique, car puisqu'elle avait pris pour devise : à chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres – elle ne pouvait admettre, en tant qu'agent de répartition, l'hérédité, qui ne tient aucun compte des capacités. Pourtant si l'hérédité de famille a été la règle autrefois pour beaucoup de fonctions publiques, à commencer par la première de toutes, la royauté, c'est parce qu'on pouvait soutenir que l'hérédité du sang comporte la transmission de certaines qualités naturelles, et que d'ailleurs à l'hérédité physique s'ajoutent celle de l'exemple et de l'éducation. Mais c'est surtout en ce qui concerne l'hérédité testamentaire que la doctrine saint-simonienne paraît critiquable et même illogique, car ici ce n'est plus le hasard de la naissance, mais la désignation du père de famille qui institue l'héritier. Si donc toute propriété doit être considérée – c'est la thèse saint-simonienne

 

– comme une fonction publique, ne peut-on pas en conclure que l'homme qui exerce cette fonction est assez bien qualifié pour désigner celui qui pourra l'exercer après lui – de même que chaque empereur de Rome désignait lui-même le futur César ? Il est vrai que ce précédent historique serait plutôt décourageant.

La difficulté c'est de trouver le moyen de mesurer les capacités ou même d'apprécier les œuvres de chacun. Nomination du gouvernement, examens ou concours, élection, cooptation, tous ces moyens se sont montrés à l'expérimentation si défectueux qu'on en vient, de découragement, à se demander si le tirage au sort, comme pour les membres des jurys criminels, ne vaudrait pas autant ! Et du reste, même en supposant qu'on pût trouver un critérium infaillible des talents, est-on bien sûr qu'un tel système, qui répartirait les fortunes selon les capacités, fût le plus conforme à la justice ? On peut très bien soutenir, au contraire, que la supériorité intellectuelle, pas plus que la supériorité physique, ne doit être un titre à la richesse. Elle constitue déjà par elle-même un privilège assez enviable et n'a pas besoin d'être aggravée encore par un nouveau privilège, à savoir le droit de revendiquer une plus forte part des biens matériels.

 

3- À chacun selon son travail, c'est le principe de répartition de la plupart des écoles socialistes. Mais il faut remarquer que ce principe comporte deux interprétations très différentes selon que par le mot travail on entend la peine prise, l'effort exercé, ou bien le résultat obtenu, l'œuvre accomplie.Si l'on prend le mot travail dans le premier sens, celui de la peine prise, de l'effort, nous n'avons aucun moyen de le mesurer, et moins encore si l'on entend par là la bonne volonté. Et si l'on prend pour mesure, comme l'enseignait Karl Max, le temps, le nombre d'heures on de minutes employées au travail, avec un tel critérium on risque de donner une prime à la paresse et à l'incapacité.

Si, au contraire, le principe à chacun selon son travail signifie : à chacun selon les résultats de son travail – tant mieux pour celui qui réussit, tant pis pour celui qui échoue – en ce cas, ce mode de répartition ne sera autre que celui qui régit l'économie actuelle et en consacrera toutes les injustices. Ce qui serait un progrès ce serait, au contraire, si l'on pouvait éliminer ou au moins atténuer ce qui la vicie dans le régime actuel, à savoir la part exagérée des chances – bonnes ou mauvaises – par quoi il faut entendre toutes les conjonctures sociales indépendantes de l'effort individuel. C'est bien à cela qu'on vise par maintes institutions : par exemple, les assurances dites sociales, et même par l'enseignement gratuit à tous les degrés.


            L'école solidariste enseigne que la solidarité, qui n'était qu'un fait brutal, doit devenir une règle de conduite, un devoir moral, voire même une obligation juridique sanctionnée par la loi. Quelle raison en donne-t-elle ? C’est que la solidarité, loi naturelle, nous ayant montré clairement que chacun de nos actes se répercute en bien ou en mal sur chacun de nos semblables, et réciproquement, notre responsabilité et nos risques se trouvent énormément accrus. S'il y a des misérables, nous devons les aider :

 

– 1- parce que nous sommes probablement en partie les auteurs de leur misère par la façon dont nous avons dirigé nos entreprises, nos placements, nos achats, ou par l'exemple que nous leur avons donné donc, étant responsables, notre devoir est de les relever

 

– 2- parce que nous savons que nous ou nos enfants serons exposés à être les victimes des misères d'autrui : leur maladie nous empoisonnera, leur dépravation nous démoralisera. Donc, notre intérêt bien compris est de les guérir.


           Il faut donc, transformer la société des hommes en une sorte de grande société de secours mutuels où la solidarité naturelle, – rectifiée par la bonne volonté de chacun ou, à son défaut, par la contrainte légale – réalisera la justice où chacun sera appelé à prendre sa part du fardeau commun et à recueillir sa part aussi du profit d'autrui. Et à ceux qui craignent de diminuer par là l'individualité, l’énergie qui compte d'abord sur soi, le self-help, il faut répondre que l’individualité ne s'affirme et ne se développe pas, moins en aidant autrui qu'en s'aidant soi-même.

3.2. Socialisme Ricardien et réformistes

 

Ce courant propose une intervention progressivement plus importante de l'Etat dans l'économie.

 

Jean-Baptiste de Sismondi (1773-1842)

 

Sismondi, génevois, passe quelques années en Angleterre. Il met en doute ses premières convictions libérales et publie les « Nouveaux principes d’économie politique » en 1819. Il évoque une redistribution des richesses favorisée par un programme d’intervention de l’Etat. Il aura la visite de Ricardo, lors de son grand tour en 1822

 

Au départ, il vulgarise les idées de Smith sur les bienfaits du développement industriel dans « De la richesse commerciale » en 1803. Puis, il dénonce le minimum vital qui est à l’origine de la « mieux-value » des capitalistes et plus généralement l’inégalité des richesses.

Le fait de privilégier la valeur d'échange conduit le système capitaliste à des crises de sous-consommation.

Il propose le bonheur pour tous dans les Nouveaux Principes :

« La science du gouvernement se propose, ou doit se proposer pour but le bonheur des hommes réunis en société. Elle cherche les moyens de leur assurer la plus haute félicité qui soit compatible avec leur nature elle cherche en même temps ceux de faire participer le plus grand nombre possible d'individus à cette félicité. »

Socialiste petit bourgeois,selon Marx, il propose une intervention de l’Etat qui ne décourage pas les initiatives individuelles.

 

Ferdinand Lassalle (1825-1864)

 

A la pointe du mouvement ouvrier en Allemagne, il démontre dans "le système des droits acquis" que les changements dans l'esprit du peuple doivent conduire à des réformes, notamment en améliorant son expression politique. Mais la réforme sociale est limitée par la loi d'airain des salaires.

 

John Hobson (1858-1940)

 

Célèbre par sa théorie de la sous-consommation, il préfigure Keynes par sa conception de l'épargne.

 

Publie :

The Physiology of Industry with A.F. Mummery, 1889. "The Law of the Three Rents", 1891, QJE The Evolution of Modern Capitalism, 1894. John Ruskin: Social Reformer. 1898. The Economics of Distribution, 1900 The Social Problem, 1901. Imperialism: A study, 1902. The Industrial System, 1909. The Crisis of Liberalism, 1909. "Marginal Productivity", 1910, Economic Review. Science of Wealth, 1912. Gold, Prices and Wages, 1913. Work and Wealth: A human valuation, 1914. The New Protectionism, 1916 Democracy After the War, 1917. Free Thought in the Social Sciences, 1926. Wealth and Life, 1929. L.T. Hobhouse, with M. Ginsberg, 1932. Veblen, 1936 Confessions of an Economic Heretic, 1938

 

Jean Baptiste GODIN et le familistère. Mutualité sociale et association du capital au travail (1880)

On ne peut laisser coexister la surproduction des industriels et agriculteurs avec la sous- consommation des miséreux , la solution se trouve dans la fraternité.

Le familistère de Guise est une curiosité qui mérite la visite, il vient d'être complétement rénové.

  

Robert Owen (1771-1858). Le socialisme coopératif

 

Observations on the Effect of the Manufacturing System, 1815

"Evidence on New Lanark", Parliamentary Papers, 1815

A New View of Society, 1816. (excerpts)

An Address to the Inhabitants of New Lanark, 1816

Two Memorials on Behalf of the Working Classes, 1818.

Report to the County of Lanark, 1821.

 

3.3. Le socialisme français utopique.

 

Il est d'expression très populaire, violemment anti-religieux (Proudhon) ou mystique (Cabet) il élabore des utopies dont certaines auront une grande influence ( ex. A. Comte au Brésil ou Fourier aux Etats- Unis). Le socialisme français connait un précurseur méconnu, l'abbé Jean Meslier (1664-1729). Curé exemplaire d'une petite paroisse des Ardennes, il écrit secrétement un volumineux Mémoire où il dénonce la religion et l'économie des oisifs, "gueux ou riches fainéants". Il dénonce l'appropriation privée des richesses et la souffrance des pauvres. Il expose les avantages de la communauté des biens et de l'union libre. Le communisme de Meslier contient déjà les éléments d'une pensée socialiste à la française : la communauté des biens et la liberté des femmes.

 

Constantin Pecqueur (1801-1887

 

"Economie sociale des interets du commerce, de l'industrie, de l'agriculture et de la civilisation en général, sous l'influence de l'application de la vapeur". ( 2 vol.),1837.

Né à Arleux, dans une famille aisée et importante de la commune. Après de brillantes études au Lycée à Douai, Constantin part à Paris où il se lance dans les débats sur le socialisme, en étant très proche de Louis Blanc.

Très peu connu mais cité par Marx,il pense que l'industrialisation aménera l'association. Il élabore une doctrine, sorte de communisme religieux, qui réclame la socialisation du sol et des instruments de production, l’éducation intégrale et la formation d’une association universelle où chacun aura sa fonction bien définie, ses droits, ses devoirs, sa part de bonheur. Cette association devant, en se développant aboutir à la "République de Dieu", c’est à dire le gouvernement de tous par tous, l’exploitation du globe au profit de tous et de chacun.

                                  

Charles Fourier  (1772-1837)

 

Fils de notable à Besançon, marqué par des difficultés familiales, il est employé de commerce puis il écrit ses premiers ouvrages à partir de1808 et fonde l'école sociétaire.

Le phalanstère et l'associationisme.

Théorie des quatre mouvements (1808)

Tableau analytique du cocuage

Egarement de la raison démontré par les ridicules des sciences incertaines (1806?)

 

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865)

 

Ouvrage de référence: Proudhon,P.J., Qu'est-ce que la propriété?, Livre de poche, Les Classiques de la philosophie, 2009.

 

D'origine très modeste, il obtient une pension de l'académie de Besançon et devient écrivain à Paris. Puis , après le succés de "Qu'est-ce-que la propriété..." (1840), se lance en politique. Il critique le bonapartisme, puis s'y rallie. Célèbre par ses critiques de la religion, il a sur la femme des propositions très conservatrices et calcule qu'elle vaut 8/27 de l'homme....ce qui lui vaudra des écrits critiques de plusieurs femmes, en particulier Jenny d'Héricourt (1860) et Juliette La Messine (1858).

 

La Science Economique

 

"Généralisant aussitôt l'observation de Rossi, je n'eus pas de peine à me convaincre de ce qu'il avait dit de la division du travail, de l'emploi des enfants dans les manufactures, des industries insalubres, on pouvait et l'on devait le dire de la concurrence, du prêt à intérêt ou crédit, de la propriété, du gouvernement, en un mot de toutes les catégories économiques, et par suite de toutes les institutions sociales. Partout vous découvrez une immoralité qui se déroule proportionnellement à l'effet économique obtenu, en sorte que la société semble reposer sur cette dualité fatale et indissoluble, richesse et misère, amélioration et dépravation. Et comme les économistes démontrent en outre que la justice est elle-même une puissance économique, que partout où la justice est violée, soit par l'esclavage, soit par le despotisme, soit par le manque de sécurité, etc., la production est atteinte, la richesse diminue, et la barbarie se remontre, il s'ensuit que l'économie politique, c'est-à-dire la société tout entière, est en contradiction avec elle-même, ce que Rossi n'avait point aperçu, ou que peut-être il n'avait osé dire."

 

 La valeur

 

"Or, la capacité qu'ont tous les produits, soit naturels, soit industriels, de servir à la subsistance de l'homme, se nomme particulièrement valeur d'utilité la capacité qu'ils ont de se donner l'un pour l'autre, valeur en échan-ge. Au fond, c'est la même chose, puisque le second cas ne fait qu'ajouter au premier l'idée d'une substitution, et tout cela peut paraître d'une subtilité oiseuse : dans la pratique, les conséquences sont surprenantes, et tour à tour heureuses ou funestes.

 

Ainsi, la distinction établie dans la valeur est donnée par les faits et n'a rien d'arbitraire : c'est à l'homme, en subissant cette loi, de la faire tourner au profit de son bien-être et de sa liberté. Le travail, selon la belle expression d'un auteur, M. Walras, est une guerre déclarée à la parcimonie de la nature c'est par lui que s'engendrent à la fois la richesse et la société. Non seulement le travail produit incomparablement plus de biens que ne nous en donne la nature - ainsi, l'on a remarqué que les seuls cordonniers de France produisaient dix fois plus que les mines réunies du Pérou, du Brésil et du Mexique - mais, le travail, par les transformations qu'il fait subir aux valeurs naturelles, étendant et multipliant à l'infini ses droits, il arrive peu à peu que toute richesse, à force de passer par la filière industrielle, revient tout entière à celui qui la crée, et qu'il ne reste rien on presque rien pour le détenteur de la matière première.

 

L'exploitation

 

Elle prend la forme de l'"aubaine" dont profite le capitaliste ; ce dernier rassemble des travailleurs et ainsi bénéficie d'un gain social tout en payant le travailleur sur une base individuelle. La différence est empochée par le capitaliste. La justice n'est pas suffisante pour régler le problème social, il faut de l'équité qui ajoute notamment de l'estime envers les autres.

 

Proudhon anarchiste ? Extraits de "Idée générale de la révolution au milieu du XIX° siècle"(1851).

 

"Plus d'autorité

L'idée capitale, décisive, de cette Révolution, n'est-elle pas, en effet: plus d'autorité, ni dans l'Église, ni dans l'État, ni dans la terre, ni dans l'argent ?

Or, plus d'autorité, cela veut dire ce qu'on n'a jamais vu, ce qu'on n'a jamais compris, accord de l'intérêt de chacun avec l'intérêt de tous, identité de la souveraineté collective et de la souveraineté individuelle.

Plus d'autorité ! c'est-à-dire dettes payées, servitudes abolies, hypothèques levées, fermages remboursés, dépenses du culte, de la Justice et de l'État supprimées; crédit gratuit, échange égal, association libre, valeur réglée; éducation, travail, propriété, domicile, bon marché, garantis; plus d'antagonisme, plus de guerre, plus de centralisation, plus de gouvernements, plus de sacerdoces. N'est-ce pas la société sortie de sa sphère, marchant dans une position renversée, sens dessus dessous ?

Plus d'autorité ! c'est-à-dire encore le contrat libre à la place de la loi absolutiste; la transaction volontaire au lieu de l'arbitrage de l'État; la justice équitable et réciproque, au lieu de la justice souveraine et distributive; la morale rationnelle, au lieu de la morale révélée; l'équilibre des forces substitué à l'équilibre des pouvoirs: l'unité économique à la place de la centralisation politique. Encore une fois, n'est-ce point là ce que j'oserai appeler une conversion complète, un tour sur soi-même, une révolution ?

 

Quelle distance sépare ces deux régimes, on peut en juger par la différence de leurs styles.

 

L'un des moments les plus solennels, dans l'évolution du principe d'autorité, est celui de la promulgation du Décalogue. La voix de l'ange commande au peuple, prosterné au pied du Sinaï:

  • Tu adoreras l'Éternel, lui dit-il, et rien que l'Éternel;

  • Tu ne jugeras que par lui;

  • Tu chômeras ses fêtes, et tu lui paieras la dîme;

  • Tu honoreras ton père et ta mère;

  • Tu ne tueras pas;

  • Tu ne voleras point;

  • Tu ne forniqueras pas;

  • Tu ne commettras point de faux;

  • Tu ne seras point envieux et calomniateur;

  • Car l'Éternel l'ordonne, et c'est l'Éternel qui t'a fait ce que tu es. L'Éternel seul est souverain, seul sage, seul digne; l'Éternel punit et récompense, l'Éternel peut te rendre heureux et malheureux.Toutes les législations ont adopté ce style, toutes, parlant à l'homme, emploient la formule souveraine. L'hébreu commande au futur, le latin à l'impératif, le grec à l'infinitif. Les modernes ne font pas autrement: (...) quelle que soit la loi, de quelque bouche qu'elle parte, elle est sacrée, dès lors qu'elle a été prononcée par cette trompette fatidique, qui chez nous est la majorité.

  • «Tu ne te rassembleras pas;

  • «Tu n'imprimeras pas;

  • «Tu ne liras pas;

  • «Tu respecteras tes représentants et tes fonctionnaires, que le sort du scrutin ou le bon plaisir de l'État t'aura donnés;

  • «Tu obéiras aux lois que leur sagesse t'aura faites;

  • «Tu payeras fidèlement le budget;

  • «Et tu aimeras le gouvernement, ton seigneur et ton dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ton intelligence: parce que le gouvernement sait mieux que toi ce que tu es, ce que tu vaux, ce qui te convient, et qu'il a le pouvoir de châtier ceux qui désobéissent à ses commandements, comme de récompenser jusqu'à la quatrième génération ceux qui lui sont agréables.»

     

    Ô personnalité humaine ! se peut-il que pendant soixante siècles tu aies croupi dans cette abjection ! Tu te dis sainte et sacrée, et tu n'es que la prostituée, infatigable, gratuite, de tes valets, de tes moines et de tes soudards. Tu le sais, et tu le souffres ! Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu.

    Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale ! Et dire qu'il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon; des socialistes qui soutiennent, au nom de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, cette ignominie; des prolétaires qui posent leur candidature à la présidence de la République ! Hypocrisie !... Avec la Révolution, c'est autre chose. La recherche des causes premières et des causes finales est éliminée de la science économique comme des sciences naturelles.
    L'idée du progrès remplace, dans la philosophie, celle de l'absolu.


    La Révolution succède à la révélation.


    La raison, assistée de l'expérience, expose à l'homme les lois de la nature et de la société; puis elle dit:


    Ces lois sont celles de la nécessité même. Nul homme ne les a faites; nul ne te les impose. Elles ont été peu à peu découvertes, et je n'existe que pour en rendre témoignage.
    Si tu les observes, tu seras juste et bon, si tu les violes, tu seras injuste et méchant. Je ne te propose pas d'autre motif (...), tu es libre d'accepter ou de refuser.
    Si tu refuses, tu fais partie de la société des sauvages. Sorti de la communion du genre humain, tu deviens suspect. Rien ne te protège. À la moindre insulte, le premier venu peut te frapper, sans encourir d'autre accusation que celle de sévices inutilement exercés contre une brute.


    Si tu jures le pacte, au contraire, tu fais partie de la société des hommes libres. Tous les frères s'engagent avec toi, te promettent fidélité, amitié, secours, service, échange (...).

    Voilà tout le contrat social"

     

  • Louis Auguste Blanqui ( 1805-1881)

     

    "Qui fait la soupe doit la manger" (1834)

    Blanqui a passé de nombreuses années en prison à la suite de son engagement en tant qu'étudiant en faveur de la République. Il joue un rôle déterminant dans la révolte de 1830 et l'abdication de Charles X. Avec la société des amis du peuple, il dénonce la récupération bourgeoise et sera accusé de comploter contre Louis-Philippe jusqu'à être condamné à mort en 1841. Sa peine sera commuée en détention à perpétuité dans des conditions inhumaines, notamment au Mont St Michel. La "société des écoles " symbolise le début du mouvement étudiant .

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    "La richesse naît de l'intelligence et du travail, l'âme et la vie de l'humanité. Mais ces deux forces ne peuvent agir qu'à l'aide d'un élément passif, le sol, qu'elles mettent en oeuvre par leurs efforts combinés. Il semble donc que cet instrument indispensable devrait appartenir à tous les hommes. Il n'en est rien.

    Des individus se sont emparés par ruse ou par violence de la terre commune, et, s'en déclarant les possesseurs, ils ont établi par des lois qu'elle serait à jamais leur été, et que ce droit de propriété deviendrait la base de la constitution sociale, c'est-à-dire qu'il primerait et au besoin pourrait absorber tous les droits humains, même celui de vivre, s'il avait le malheur de se trouver en conflit avec le privilège du petit nombre."

     

     Claude de Saint Simon (1760-1825)

     

    Ouvrage de référence: Ecrits politiques et économiques, Paris, Pocket, présenté par Juliette Grange, 2005.

     

    Une vie tumultueuse

    La pyschocritique a de quoi faire avec l'existence du Comte De St Simon. Il a rompu avec son origine nobiliare, combattu aux Amériques, spéculé sur les biens nationaux et fini dans la misère, tout ayant connu la prison. Le mouvement St Simonien se développera immédiatement après, en 1826, accordant une reconnaissance "post-mortem" considérable à cet auteur, méprisé de son vivant.

     

    Une utopie apparente

    L'industrialisme qu'il défend repose sur le respect de la  propriété et l'obligation de travailler.   Peu  socialiste en fait, il a  des disciples qui forment une nouvelle "famille". Celle ci incorpore des industrialistes de valeur, mais sombre dans la communauté des femmes.   

                    

    La théorie des capacités

    St Simon affirme le pricipe suivant :"à chacun selon ses capacités, à chacun capacité selon ses œuvres; il critique l''hérédité, qui ne tient aucun compte des capacités. Comment reconnaître ces capacités, sinon les mesurer ? La même question se pose à propos des "capabilities" d'Amartya Sen. Le lien entre les deux auteurs est évident. Pour St Simon, l'appel aux capacités supprime la hiérarchie et développe la coopération dans la liberté.....La liberté n'est pas naturelle, elle résulte de l'acceptation de règles auquelles l'homme se soumet de lui même. Il s'agit d'une liberté de vivre et de s'instruire, une liberté "positive" au sens moderne.

     

    Le rôle de la morale

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    Il est un des rares auteurs à critiquer l'individualisme libéral et à proposer une morale reposant sur la capacité, excluant de nouveaux chefs et tout arbitraire... Cet ordre ne saurait cependant tolérer les fainéants.

     

    Une vision prémonitrice d'une Europe technocratique

    Il propose, en 1814, une Europe dirigée par un "Conseil des lumières", constituée de savants, d'artistes, d'industriels, de magistrats, les responsables de l'administration.

     

    Une grande influence

    Notamment sur l'école Polytechnique (130 élèves se déclarent St simoniens), le mouvement sera repris par Enfantin et Bazard avec des connivences avec les charbonneries. Mais aussi par Auguste Comte qui développera très vite sa propre école.

     

    Ecrits                                                 
     

    les peuples de l'Europe en un seul corps politique en conservant à chacun son indépendance nationale. (1814)

    L' industrie (1816)

    L'homme nouveau ou le messager du bonheur (1833)

    Le catéchisme des industriels (1823)

     

    Étienne Cabet (1788-1856)

     

    Un néo millénarisme ? Propose la communauté des biens dans la tradition chrétienne.

     

  • Révolution de 1830 et situation présente , 1833.

     

  • Voyage et aventures de lord William Carisdall en Icarie, 1839 - Selections

     

  • Lettres sur la crise actuelle, 1840.

     

  • La propagande communiste ou Questions à discuter et à soutenir ou à écarter, 1842.

     

  • L'ouvrier : ses misères actuelles, leur cause et leur remède, son futur bonheur dans la communauté, moyens de l’établir,1844.

     Réalisation de la communauté d’Icarie: nouvelles de Nauvoo , 1849-50.

     Le Vrai Christianisme suivant Jésus-Christ, 1847.

     Histoire populaire de la Révolution française de 1789 à 1830, 1849-50. - Selections
     - Colonie icarienne aux Etats-Unis d'Amérique. Sa constitution, ses lois, sa situation matérielle et morale aprés le premier  semestre, 1855.

             

     JULES LEROUX

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    A ne pas confondre avec son frere Pierre, le bourgeois,; Jules étant le Prolétaire; introduit en France le mot "socialisme " comme antithèse de l’individualisme.Ouvrier typographe,il  conçoit les plans d’une machine à composer . Après la révolution de 1830, il se rallie au saint-simonisme dont il se sépare en novembre 1831. Imprimeur puis homme politique, il publie : De l’Humanité, De l’Egalité, Malthus et les économistes, Le carrosse de M. Aguado. Il est un critique très acerbe de Proudhon et mélange considérations de société et mythes religieux .

     

    " Une Corporation ! Il y a bien des gens qui se croient de savants politiques, et à qui ce mot de Corporation paraît peu de chose eh bien ! ce mot, suivant moi, résume l'avenir il porte, du moins, en lui l'avenir de la société car il contient le germe de son organisation. Il ne s'agit pas, entendons-nous bien, de la Corporation antique, cette corporation qui n'était qu'une caste, et nous ne voulons plus de castes ! Non, plus de castes, mais l'organisation !
     

    J'applaudis comme vous à tout ce qui a été dit tout à l'heure par notre Président, quand il a appelé la destruction de toutes les castes en célébrant la réunion ici de nos amis et compagnons venus de Bruxelles et de Londres. Nous sommes tous fils d'Adam et de la même espèce toutes les religions toutes les philosophies le proclament. L'Association universelle, c'est l'avenir. Mais comment s'organisera cette grande Humanité ? J'ose dire que vous l'avez pressenti en visant à organiser une Corporation. Ceux qui croiraient ne faire qu'une chose de nulle conséquence, une chose sans valeur et sans portée, en venant s'asseoir ici, comme s'il s'agissait simplement de manger et d'entendre des chants, n'auraient rien compris à votre institution. "

     

     Jean-Joseph Louis Blanc, 1813-1882.

     

    Historien et politique, il s'exile en Angleterre après les évènements de 1848 et revient en 1870 pour se faire élire député d'extrême gauche. Il est partisan d'associations ouvrières, notamment des "ateliers sociaux", créés avec l'aide de l'Etat, mais gérés par les ouvriers. Un tiers du chiffre d'affaires irait aux ouvriers, un tiers pour les oeuvres d'assistance, un tiers à l'investissement pour agrandir l'atelier Un journal " l'Atelier" développera ces idées proches de l'auto-gestion.

     

    L'Organisation du travail , 1839

    Lettre sur la terreur,

    Histoire de dix ans : 1830-1840,  Vol I, Vol. II, Vol. III, Vol. IV, Vol. V, 1841

    Histoire de la révolution française, 12 vols, 1847-62

    Le Droit au Travail, 1848.

    Catéchisme des socialistes, 1849

    La révolution de Février au Luxembourg, 1849

    Lettres d'Angleterre, Vol. I , Vol. II, 1863

    L'État et la commune, 1866

    Histoire de la révolution de 1848, 1870

    Histoire de la Constitution du 25 février 1875, 1882

    Quelques vérités économiques, 1911

     

    Paul Lafargue (1842-1911)

     

    Gendre de Marx , surtout connu pour son pamphlet "Le droit à la paresse"(1883), a participé à l'Internationale des travailleurs et suscite la création d'un parti ouvrier en France et en Espagne. Il est arrêté à plusieurs reprises par la police française.Il publie plusieurs ouvrages, en particulier " la Religion du Capital" (1887).Les philosophes antiques, rappelle Paul Lafargue , n’avaient que mépris pour le travail et le commerce pour Platon dans la République et Xénophon dans son Economique, ce sont des activités dégradantes qui empêchent le loisir et la sociabilité du citoyen. Le progrès et la machine selon Aristote doivent permettre de se passer des esclaves.

    Le système capitaliste développe au contraire la dégénérescence intellectuelle par le travail : "Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu'à l'épuisement des forces vitales de l'individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveugles et bornés"

     

    Ceux qui souffrent sont tous ceux qui sont condamnés à enrichir les exploiteurs, repus, ventrus et « gros richards qui éclatent d’indigestion » pratiqueront la grève générale et grâce aux crosses en l’air de la « force qui réfléchit », tous auront du pain. La justice sociale concerne d’abord ceux qui souffrent.

     

    Le principe de la société est une liberté absolue sinon illimitée, débarassée du gouvernement ; une société sans autorité qui ne connaitra plus le vol ni le crime ( L .Michel, 1893), avec du plein emploi : « tout le monde travaillera ». Louise Michel développe ce paradoxe de la liberté comme organisation , paradoxe transposé à l’union libre qui favorisera au contraire la stabilité des couples.

     

    L' ordre naît de la liberté, alors que les pouvoirs génèrent le désordre. Tout ceci est possible grâce à la responsabilité individuelle ! Ainsi la société anarchique est une société de personnes et non de simples individus , ce qui lui permet une « absence de maître, de souverain » ( Proudhon, 1840). Chaque homme peut être législateur et son opinion ne vaudra qu’autant quelle sera démontrée selon Proudhon qui vire vers une société technocratique où le pouvoir, selon lui, appartiendrait à la Raison, le premier ministre étant le secrétaire perpétuel de l’académie des sciences.

     

    Louise Michel aura sur la condition des femmes et la colonisation, des critiques et des propositions beaucoup plus claires que celles de Marx et très avancées par rapport au féminisme français contemporain. La pensée anarchiste connaîtra une répression extraordinaire : la loi du 28 juillet 1894 ayant pour objet de réprimer les menées anarchistes sera abrogée…en 1993 ! C’est dire la peur qu’inspire cette forme de pensée….totalement ignorée dans les manuels.

     

    Note sur l’utilité négative :

    Dans la classification kantienne des devoirs , la diminution de la souffrance est un devoir parfait . Elle est prioritaire par rapport à la maximisation du Bien (en fait les biens) et du bonheur ; maximisation qui s’inscrit plutôt dans les devoirs imparfaits. Cette téléologie du bonheur fonde la conception économique du développement. Un développement humain soutenable ne peut être délibérément sacrificiel, en imposant une souffrance considérée comme le prix à payer pour le développement. Par exemple l’ouvrier modèle souffrira d’autant plus que son licenciement sera une contrainte que les décideurs lui imposent pour le bien commun. Il subit et n’a pas choisi, la souffrance ne pouvant être acceptée librement sauf dans des cas pathologiques. La souffrance est une douleur mentale et/ou physique que l’on cherche à diminuer. Elle est une manifestation plus importante que le désagrément qui traduit une utilité négative limitée et non une souffrance propre à la vulnérabilité des personnes. Néanmoins, cette souffrance est récupérée depuis Karl Popper (1945), sous l’appellation d’utilité négative, mais en quoi l’utilité ou la désutilité peuvent être pertinentes par rapport à la souffrance HISTOIRE DE LA PENSEE ECONOMIQUE

  • ES LEROUX 1797-1871

 

4. L'école de Francfort

 

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L'école de Francfort se constitue autour de l'Institut de Recherche Sociale créé dans cette ville, en 1923; dans un premier temps, il est consacré à la théorie critique de la culture de masse, sur des bases marxistes, puis après la guerre, il devient un lieu d'innovations sur l'éthique de la discussion.

 

Son chef, Horkheimer (1895-1973) et ses collaborateurs, Pollock (1898, Adorno (1903-1969), se réfugient aux USA après l’avénement du nazisme, en 1933. D'autres, tel Walter Benjamin, connaîtront un destin tragique. Horkheimer se verra reprocher son « exil au paradis » lors de la WW2, puis de faire financer la reconstruction de l’Institut par la puissance occupante. L' école connaît ses exclus ou déviants. Fromm (1900-1980) et Marcuse (1898-1979), en reliant Freud et Marx, tout en dénonçant la rationalité technologique, seront beaucoup plus novateurs et influents. L’épuisement des crédits, amènera à solliciter des études sur le rôle de la discussion par petits groupes et donnera naissance à l’ « éthique de la discussion ».

 

- La théorie critique

 

Dans "La Dialectique de la Raison" (1944), écrit pour les 50 ans de Pollock, Horkheimer et Adorno dramatisent l’autodestruction de la raison, mise au service de la bêtise. La raison et plus généralement les éléments de l’anthropologie sont par rapport à leurs critères ( bien/malveillance, efficacité/ inefficacité, responsabilité, etc..) plurivalents ( positifs, négatifs ou neutres).

Ainsi chaque valeur peut connaître son contraire : le progrès devient régression, la liberté domination ou ingérence ; cette dialectique se retrouve dans les personnages de Justine chez Sade et Juliette chez Nietzsche : la vertu devient malheureuse. L’anthropologie devient ainsi dialectique dans ses constituants. Une philosophie au sommet de son humanisme dans un pays donné ne peut éviter qu’il soit entraîné dans les pires bassesses et ainsi les alternances entre bourreaux et victimes sont fatales.

 

Cette théorie critique montre ainsi que les valeurs reconnues et recommandées par la société à un moment donné sont spectrales. Ce spectre des valeurs anthropologiques est une considération destructrice vis-à-vis des valeurs de la morale à quatre sous….


L’éthique de la discussion, une contestation sociologique ?

 

Deux philosophes allemands, K.O Apel, dès 1970, puis J. Habermas, ont développé cette éthique au sein de l’Ecole dite de Francfort, dont ils sont les héritiers. Si le communautarisme s’est développé dans l’économie du développement soutenu par la dimension sociale que se donne la Banque Mondiale, l’éthique de la discussion fleurit plutôt dans le développement environnemental. En effet, elle prétend évaluer par la discussion ce qui échappe à l’évaluation marchande, notamment les biens publics collectifs. Mais la discussion a-t-elle une valeur en soi ?

L’éthique de la discussion s’oppose d’abord à Kant au nom de Hegel, en s’ inspirant plus prosaïquement, de la théorie pragmatique de la communication (plus exac-tement de l’agir communicationnel). Sa refondation fait appel aux « facilités » pratiques, sociales, sinon moralisantes (appel à la réciprocité, la solidarité, etc.), et totales (planétaires !). Les concepts sont très ras-sembleurs : consensus, histoire, réalité. La « corespon-sabilité » est la « dimension historique » de la responsabilité. L’éthique kantienne est en grande partie conservée, mais affaiblie par le pragmatisme. Cette éthique souligne l’hétérogénéité de l’Ecole de Francfort, Habermas développant une éthique à la fois discursive et rationnelle, à l’opposé du fondateur Horkheimer (Dialectique de la Raison, 1944 ; Eclipse de la Raison, 1947) et surtout de K.O. Apel, dont les propos sont beaucoup plus incantatoires. Néanmoins la vulgate de Apel (1994) fait bien apparaître le côté utilement « rassembleur » de ce type de critique.

L’éthique de la discussion s’en prend à l’éthique kantienne et ses hypothèses dites par Habermas « déontologiques, cognitivistes, formalistes et universalistes fonda-mentales ». Elle défend le primat d’une éthique du juste (plus exactement de l’agir juste) sur celle du bien ; ce dernier primat étant défendu par la philosophie communautarienne, par exemple Ch. Taylor et A. Mc Intyre. Cependant, l’éthique de la discussion ne partage pas le relativisme communautaire.
Cette éthique s’éloigne de la philosophie pour emprunter à la sociologie et à l’histoire, mais aussi à la psychologie (cf. le « développement » de la morale de Kohlberg). Par exemple, la solidarité est liée à une « disposition protectrice » concernant la socialisation vulnérable. La sociologie prend une importance majeure avec l’intersubjectivité socialisante et l’inévitable « enchâs-sement » (Polanyi). L’ « universalisme abstrait » de Kant et surtout l’autonomie sont mis en cause. Certes l’Autre reste une fin, mais l’intervention du social dans l’édification de l’éthique de la discussion rend cet édifice « hétéronome », soumis au social et à l’histoire. L’ éthique de la discussion critique la philosophie morale de Kant au moyen des « objections essentielles » (Habermas, 1998) de Hegel. A savoir le « formalisme », l’ « universalisme abstrait », l’ « impuissance du pur vouloir », le « terro-risme de la pure conviction ». De ce point de vue le choix philosophique est net, l’évolutionnarisme hégélien se substitue à l’universalisme kantien. Pour la morale du développement, le choix n’est pas sans conséquence !

 

- L’idée d’une « éthique procédurale » et de la réflexivité.

 

Le texte d’Habermas est encore assez lisible en comparaison des écrits de Apel, lourds et démagogiques ; en comparaison les leçons d'éthique de Kant sont d’une limpidité extraordinaire ! Apel reprend les notions sociologiques d'Habermas, en ajoutant la coresponsabilité, la dialectique et en les élargissant à la responsabilité scientifique planétaire. Le langage y est lourd avec la référence au « pragmatico-transcendantal » et « trans-cendantalo-réflexif ».

 

Le scientifique n’est pas seul, mais membre d’une « communauté réelle d’argumentation », les motivations jouent dans l’éthique. Pêle-mêle, on retrouve tous les supports à l'hétérodoxie : le réel, l'évolution, l'histoire, la communauté, la réflexivité, le procédural, le cognitif, le consensus. Les références à des pratiques sociales sont lourdes et démagogiques. En effet, la communauté de discussion, comme n'importe quelle forme sociale (le marché, le plan, le vote) n'échappe pas aux problèmes rationnels et moraux du choix collectif.La négation de ce type de problèmes est lourde de sens, comme le côté « juste » donné à ce type de philosophie.

 

La morale chez Habermas devient ainsi une « disposition protectrice » des personnes vulnérables. Une sorte d'anthropologie culturelle, appuyée par C. Audard dans sa présentation de Rawls (1993), oppose alors la « vie bonne » de la morale anglo-saxonne à la « vie juste » des Allemands, ou encore (J.Derrida) la culpabilité « talmu-dique » de Levinas au froid calcul « grec » des utilitaristes anglo-saxons.
Cette conception de l’éthique trouve des applications immédiates dans le développement durable. Ainsi les processus sociaux d’évaluation environnementale rentrent dans cette optique. L’évaluation contingente est fondée sur la communauté locale et sa capacité à révéler la valeur, la disposition à payer ; ces processus étant opposés à la rationalité cartésienne qui « privilégie la description objective » (conduisant à la connaissance universelle) et l’explication « basée sur des formulations axiomatiques des catégories ». L’éthique de la discussion s’appuie sur la « perspective démocratique », c’est à dire sur la connaissance et le jugement, la perspective de la « complexité » au sens de la « pluralité irréductible des perspectives analytiques pertinentes pour une situation d’enquête donnée » (C3ED, 1998). Il existe à ce niveau un risque d’ « épistémologie statistique » : la connaissance dépend alors de la tenue de l’enquête et de son indépendance vis à vis des jugements de valeur et de la « cuisine » du statisticien.

La référence au groupe ou à la communauté même « idéale » (Habermas) est toujours troublante. En effet, un groupe social peut-il concilier rationalité et éthique ? Nous savons depuis les théories du choix social de Arrow (1962) et de Sen (1970) que cela est impossible. Le qualificatif idéal renvoie à la problématique de la taille optimale et en économie à la théorie des clubs. La communauté peut être bienveillante et efficace, mais aussi malveillante et inefficace. La notion de proximité est ambiguë et pose les problèmes de la neutralité de l’altruisme par rapport aux grands problèmes de justice universelle.

 

-Retour à la dignité ?


Axel Honneth (1996) part du respect kantien de la personne pour revenir à la reconnaissance hégélienne. Il va ainsi de l'universalité à la différence identitaire.

« Les individus ne se constituent en personnes que lorsqu’ils apprennent à s’envisager eux-mêmes, à partir du point de vue d’un « autrui » approbateur ou encourageant, comme des êtres dotés de qualités et de capacités positives. L’étendue de telles qualités, et donc le degré de cette relation positive à soi-même, s’accroît avec chaque nouvelle forme de reconnaissance que l’individu peut s’appliquer à lui-même en tant que sujet », (Honneth, 2006).
D'où une nouvelle théorie de la justice , fondée sur la reconnaissance réciproque à travers l'amour, le droit, la culture, tenant compte de la blessure morale.

 

Apel, K.O. (1994), Ethique de la discussion, Paris, Cerf.

Habermas, J, (1986), Morale et communication, Paris, Cerf.

Habermas, J, (1997), Droit et démocratie, entre faits et normes, Paris, Gallimard.

Habermas, J ( 1992), De l’éthique de la discussion, Cerf, Paris. Réédition 1999, Paris, Gallimard.

Honneth, A. (1996), « Reconnaissance », Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale, Presses Universitaires de France.

Honneth, A. (2006), La société du mépris. Vers une nouvelle théorie critique, Paris, La Découverte.

Wiggershaus,R. (1993), L'ecole de Francfort, histoire, développement, signification, Paris, PUF.

 

 

5. La pensée post marxiste. La révolution théorique de l'impérialisme

 

 

Ouvrage de référence : Henri Denis, Histoire de la pensée économique, Paris, PUF.

 

Plusieurs auteurs ont critiqué et élargi la théorie de Marx . Le prolongement le plus marquant étant l'ouverture des schémas de la reproduction aux débouchés extérieurs et à l'impérialisme. L'impérialisme économique pratique des rapports de domination internationale afin d'obtenir des avantages économiques : réduction des coûts, élargissement des débouchés. Il connaît plusieurs formes dont le colonialisme et plusieurs sujets: Etats, firmes multinationales (cf. Toni Negri).

 

R.Hilferding (Le capital financier, 1910) est un socialiste autrichien qui relie l'impérialisme au développement des monopoles...il prévoit une planification internationale du capitalisme qui substituera un autoritarisme au libéralisme.

 

K. Kautsky (1834,1938) est en Allemagne l'héritier de la pensée de Marx et Engels. Il publie en 1914, l'"ultra impérialisme". Kautsky a joué un rôle important dans l'édition des oeuvres de Marx, rétablissant des écrits censurés par la réduction de l'oeuvre historique de Marx à un schéma du passage obligatoire en cinq stades vers le socialisme. Sa théorie du sur-impérialisme a donné lieu à des applications nombreuses sur la hiérarchies des économies et au rôle des économies "relais".

 

Rosa Luxembourg (1871, 1919), d'origine polonaise, allie recherche et militantisme; elle souligne la tendance permanente du capitalisme à rechercer des débouchés extérieurs. Militante, elle participe au mouvement Spartacus et sera assassinée en 1919. Elle publie en 1913, l'accumulation du capitalisme. Elle tend à montrer que le capitalisme se développe grace à la destruction de systèmes pré-capitalistes. Son introduction à l'économie politique est une violente diatribe contre les "académiques" de l''école historique allemand. Elle pose le problème de la définition de l'économie politique; problème toujours pas résolu si l'on considère The Economist de Janvier 2009 :"la science économique est la pensée des économistes, au moins des meilleurs". Mais à l'échelle de l'histoire, qui sont les meilleurs ?

 

Lénine publie en 1899 "Le développement du capitalisme en Russie", puis en 1916 son célèbre " l'impérialisme, stade suprême du capitalisme"comme conséquence d'excédents de capitaux liés à la domination des banques.

 

 

Autres influences : la dépendance

 

En Amérique Latine: pour une agencéité des pauvres !

 

La théologie de la libération, après Vatican II, incite les pauvres à assumer la lutte de classes, au lieu d'attendre après la charité. Son principal représentant est le péruvien Gustavo Gutierrez, on pense aussi à l'evêque brésilien, Don Helder Camara.Cette fraction progressiste du catholicisme a été vivement critiquée par le cardinal Ratzinger, devenu le pape Benoit XVI.

Une pensée très contestaire du développement nâit avec le père Lebret et aboutit à la création d'une nouvelle discipline, l'éthique du développement avec Denis Goulet (1931-2006) qui de marginal en France, deviendra professeur à l'Université Notre Dame. Dés 1977, Harris Todaro le cite abondamment dans son manuel de développement et Denis Goulet apparaît comme la mauvaise conscience du développement dans les pays anglo-saxons. Il est curieux que cet auteur soit totalement inconnu en France et absent des revues francophones, à l'exception de "Ethique et Economie"..

Le structuralisme sud américain s'inspire particulièrement de Marx, notamment dans la CEPAL, devenue la Commission Economique pour l'Amérique du Sud et les Caraïbes (CEPALC). L'auteur le plus connu est Raul Prebisch(1901-1986), souvent associé à Hans Singer, qui étudie la détérioration des termes de l'échange et la vulnérabilité aux chocs extérieurs des économies américaines.

Dans le monde francophone, Samir Amin, professeur d'économie d'origine égyptienne, publie de nombreux articles sur la dépendance de la périphérie par rapport au centre .Il applique son analyse aux économies africaines, notamment la Côte d'Ivoire en 1967. Il propose une déconnexion du centre par rapport à la périphérie.Son influence sur les élites africaines a été très importante.

 

 



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