Détails de l'évènement

  • Du 22/05/2014 au 01/07/2014
  • Adresse: IUT Quai FRISSARD Le HAVRE


Journées d’études sur l’actualité des écrits

du

Professeur André NICOLAÏ-KIEL

 

Le Havre  22-23 Mai 2014

 

INSTITUT UNIVERSITAIRE DE TECHNOLOGIE DU HAVRE

 

EDEHN

Equipe d’Economie

Le Havre Norrmandie

Nouveau logo

 

Objet des  journées d'étude

 

English Version

 

Contact

 

Programme

 

Résumés des communications

 

Communications

 

 

 

 

OBJET DES JOURNEES D'ETUDE

 

 

En janvier 2011 est décédé André Nicolaï, professeur de sciences économiques aux universités de Lille puis de Paris X-Nanterre. André Nicolaï a crée le CAESAR à Nanterre et participé à la direction scientifique à l’ORSTOM. Il a produit en 1960 un ouvrage réputé « Comportements économiques et structures sociales ». Il a publié de nombreux articles sur l’inflation, la désépargne, sur le thème de la rationalité économique, en économie du développement et dans le domaine de l’épistémologie des sciences économiques…

 

Le grand projet d’André Nicolaï a été d’élaborer une anthropologie économique. Le mot d’anthropologie est  pris dans le sens d’une science sociale totale avec pour objectif d’étudier la société sous tous ses aspects. Il en résulte un corpus pluridisciplinaire poussant l’économiste à emprunter des idées et des concepts aux autres sciences sociales : la sociologie, la démographie, la psychologie, la psychanalyse…. L'anthropologie économique résout ainsi à sa manière un certain nombre de conflits de  méthode, constitutifs des sciences sociales : holisme/ individualisme, équilibre statique / conjonctures, évolution historique/récurrence ethno-centrique… L'anthropologie économique aborde le monde dans toute sa complexité. André Nicolaï s’interroge souvent sur des objets peu abordés par les économistes, tel le pouvoir, le ludique ou encore le genre.

 

Dans la préface de la réédition de « Comportements économiques et structures sociales » (1999), André Nicolaï dit avoir prêché dans le désert. Ces journées ont pour objectif de concourir à une résurgence de sa libre et scientifique recherche. Nous avons pour projet la publication d’un ouvrage constitué de textes construits autours de la pensée d’André Nicolaï. Les textes ainsi élaborés seront discutés dans le cadre de deux journées d’étude organisées par le laboratoire EDEHN  (Equipe doctorale  d’économie de Haute Normandie). Elles auront lieu le 22 et 23 mai 2014. Les propositions d’intervention doivent nous parvenir au plus tard le 06 janvier 2014 sous la forme d’un titre et d’un résumé d’intervention. Le texte dans sa version définitive devra être rendu pour la semaine du 5 mai 2014.

 

François Régis Mahieu

Professeur émérite de sciences économiques Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines

Thierry Suchère

Maître de conférences en économie Université du Havre


 

 

Workshop on Professor Nicolai’s economic  anthropology and other contributions

 

Le Havre University (France)

 

May 22/23

Conference Dates: 

May 22, 2014 to May 23, 2014

 

Abstracts deadline: January 30, 2014

Final papers deadline: May  9, 2014

 

 

Professor Andre Nicolaï, dead in 2011, teached  economics in the universities of Lille and Paris- Nanterre. He published  a  brilliant book in 1960 , “ Economic Behaviour and Social Structures”, whose last reedition was made in 1999. He published also papers in the french academic review, “ Revue Economique” on inflation, saving and economic rationality. He was also concerned by development economics and epistemological considerations.

 

Andre Nicolaï was mainly concerned by rebuilding economic anthropology after the crash of this approach by Knight ferocious critics in the JPE during 1941. Economic anthropology was seen as a social   science trying to analyse all aspects of society. André Nicolaï has influenced many people to discover  the world complexity and recommanded a lot of books out of economic borders.

 

This session aims to build a book on Nicolai’s approach with people who appreciate his courses and publications.The papers will be discussed during two days ( the May 22 and 23,2014) managed by Le Havre University (High Normandy Doctoral College of Economics). Propositions will be submitted before the January 6, 2014. The application deadline  for  papers  is  May 9, 2014. These deadlines are  imperative.

 

François Régis Mahieu

Emeritus Professor, University of Versailles Saint Quentin en Yvelines (France)

 

Thierry Suchère

Assistant Professor, University of le Havre (France)

Contact : thierry.suchere@univ-lehavre.fr

 

 


Contact

 

Pour tout contact et proposition de communication : thierry.suchere@univ-lehavre.fr

 

 

 


 

PROGRAMME

 

 

 

Jeudi 22 mai 2014

 

 

 

13h30-14h00 : accueil des participants dans le hall de l’IUT site du quai Frissard

 

14H00- 14h30 (petit amphi) : quelques mots d’introduction :

 

- Stéphane Lauwick (directeur de l’IUT du Havre)

 

- Etienne Farvaque (professeur en sciences économiques / directeur de l’Equipe d’Economie le Havre Normandie)

 

- Thierry Suchère (maître de conférences en économie, université du Havre)

 

 

14h30-17h00 Session 1 (petit amphi) / L’anthropologie économique : l’anthropoïetique et le ludique.

Discutant : Arnaud Lemarchand (Maître de conférences en économie, université du Havre)

 

- Dominique Fougeyrollas-Schwebel (chargée de recherche au CNRS, sociologue) : « Rétrospective sur les analyses du travail domestique »

 

-Andrée Kartchevsky (professeure en sciences économiques, Université de Reims Champagne-Ardennes) : « Norme-règle, norme-modèle social, normes et socialisation »

 

- Nathalie Costa (économiste, European Businness School) : « La place de la culture dans la société du spectacle »

 

- Thierry Suchère (maître de conférences en économie, université du Havre) : « Examen d’une hypothèse anthropologique : l’emprise du ludique sur les conduites humaines ».

 

18h30 / visite guidée du musée André Malraux (œuvres d’Eugène Boudin, Raoul Duffy, toiles impressionnistes…)

 

19h30 / repas de gala offert par l’université du Havre dans un restaurant du quartier Saint -François

 


Vendredi 23 mai 2014

 

 

08h30-10h00 Session 2 (petit amphi) / L’anthropologie économique face aux entrepreneurs et au monde de l’entreprise.

 

Discutant : Pascal Ricordel (maître de conférences en économie, université du Havre)

 

- Jacques Denoyelle, (économiste, directeur associé du cabinet Secafi) «  Fécondité du concept de la déviance en sociologie des organisations »

 

- Sophie Boutiller (maître de conférences en économie, université du Littoral) et Dimitri Uzunidis (professeur, éditeur, Technical University of Crete) « Socialisation et comportement entrepreneurial : une réflexion à partir de « Comportements économiques et structures sociales » d’André Nicolaï »

 

Pause café

 

10h30-12h30 : deux sessions en parallèle

 

Session 3 (petit amphi) / L’anthropologie économique : quelques questions transversales.

Discutant : Marie-France Jarret (maître de conférences en économie, université du Maine)

-

Alain Bouillet  (maître de conférence honoraire en science de l’éducation,  université Paul Valery Montpellier III) “Παραβάλλειν, une pédagogie de l’écart (un art de l’accompagnement, de la distance mesurée, du biais.... »

 

- Guy Caire (professeur émérite de sciences économiques, université Paris Ouest La Défense) "Le travail dans la globalisation"

 

- François Régis Mahieu (professeur émérite de sciences économiques, université de Versailles Saint Quentin en Yvelines), « Freud économiste ». 

 

Session 4 (salle des conseils) / L’anthropologie économique : regard sur le monde dans sa diversité.

Discutant : Karine Chapelle (maître de conférences en économie, université de Rouen)

 

- Jacques Charmes (économiste, directeur de recherche émérite, Institut de recherche et de développement) « Structures sociales et dynamismes économiques différentiels : l’influence de la pensée d’André Nicolaï sur les travaux des économistes de l’ORSTOM au début des années 1970 »

 

-  Albert Gueissaz (professeur émérite de sociologie, université du Havre), « André Nicolaï et l’Institut havrais de sociologie économique et de psychologie des peuples »

 

- Claude Origet du Cluzeau (économiste, ingénieur conseil en tourisme culturel): « La Mission Interministérielle pour l’Aménagement et l’Equipement de la Corse sous la présidence d’André Nicolaï »

 

12h30- 14h00 : repas sur place (plateau repas + café)

 

14h00-16h30  Session 5 (petit amphi) /  L’anthropologie économique : un bilan critique du point de vue de la sociologie de la connaissance.

 

Discutant : Etienne Farvaque (professeur de sciences économiques, université du Havre)

 

- Philippe Adair (maître de conférences en économie, université de Paris Est Créteil) : "La sociologie économique d’André Nicolaï : rétrospective et actualité d’un programme de recherche"

 

- Philippe Hugon (professeur émérite de sciences économiques, université Paris Ouest La Défense) : « Relecture de comportement économique et structures sociales d’André Nicolaï Paris PUF 1960 au regard des institutionnalismes »

 

- Hervé Keradec (économiste, inspecteur pédagogique régionale économie / gestion) : « André Nicolaï et les confins du sens ».

 

- Françoise Renversez (professeur émérite de sciences économiques, université Paris Ouest La Défense) : « Systèmes et structures : Concepts opératoires chez André Nicolaï, Claude Lévi-Strauss et Maurice Godelier »

 

Pause Café

 

17h00-18h00 (petit amphi) : conclusion 

 

- Eugène Enriquez (professeur émérite de sociologie, université Paris 7) « André Nicolaï, un homme dans son œuvre ».

 

- François-Régis Mahieu (professeur émérite de sciences économiques, université de Versailles Saint Quentin en Yvelines), bilan de ces deux journées et extensions.

 



 

Résumés

 

 

Proposition de Philippe Adair

 

"La sociologie économique d’André Nicolaï : rétrospective et actualité d’un programme de recherche"

 

La section 1 identifie les thématiques de recherche et la démarche pluridisciplinaire d’André Nicolaï. Elle s’appuie principalement sur le domaine de la sociologie économique émanant des publications des années 1950-1960, notamment sa thèse (Nicolaï, 1960).

La section 2 retrace les jalons de l’émergence et du déclin de la sociologie économique. L’élaboration du programme pluridisciplinaire des sciences économiques et sociales de l’enseignement secondaire (Palmade, 1967), puis sa vulgarisation à travers des revues au cours des années 1980 (Alternatives économiques, Sciences humaines) n’ont pas eu d’impact notable sur la discipline économique universitaire. L’érosion progressive de l’influence des maîtres penseurs des sciences sociales et du marxisme universitaire (Pouch, 2001) à partir des années 1980 marginalise la sociologie économique.

La section 3 est consacrée à la contribution d’André Nicolaï à l’analyse de la rationalité économique. L’accent est mis sur la place prépondérante accordée à la psychologie sociale issue de l’approche durkheimienne défendue par Simiand (Adair et Rosier, 2000 ; Steiner, 2001), la méconnaissance paradoxale de la psychologie individuelle de Tarde (Adair, 2001) et l’absence d’une microéconomie non standard produite par le courant institutionnaliste américain (Adair, 1998).

La section 4  examine l’influence qu’a pu exercer André Nicolaï à travers sa direction de quelques 39 thèses (Sudoc) ; elle s’interroge sur sa postérité, en l’absence de publications au cours de la période des années 1970-1990, à l’exception de la réédition de son ouvrage (Nicolaï, 1999) et de sa participation à l’ouvrage collectif  de Giust-Desprairies et al (1998).

La conclusion s’attache à l’actualité d’un programme de recherche d'une microéconomie élargie fondée sur la psychologie économique dont le statut, quoique fragile, est cependant reconnu aux USA (Zafirovski, 1999).

 

 

Proposition d’Alain Bouillet

 

"Παραβάλλειν, une pédagogie de l’écart (un art de l’accompagnement, de la distance mesurée, du biais.... )"

 

Il s'agit en fait de théoriser l'art (je pense que la pédagogie est plus un "art" qu'une "Science" ) avec lequel André a su accompagner (plutôt que "diriger"...) cette thèse sur l'économie libidinale du couple, prenant acte ma propre personnalité, du caractère exotique du sujet de la thèse et de l'existence des rapports d'amitié qui nous liaient, en pratiquant une pédagogie personnalisée. Παραβάλλειν, en grec, c'est Jeter, Lancer (βάλλειν, cf.balistique), mais - et c'est là l'important : à côté (Παρα). En dérivent les termes de parabole et de parole. Or, cet "écart" est la condition même pour que le destinataire supposé puisse s'emparer de ce qui a été lancé (éventuellement dans sa direction... ) mais jamais directement, précisément, à son endroit, permettant ainsi qu'il puisse - s'il le désire - s'en emparer et le "faire sien". La formation des adultes s'est efforcée de théoriser (pas toujours clairement ni complètement - c'est à dire avec la complexité requise) cette pratique qui consiste à ne rien imposer à l'autre, mais à "simplement" - c'est une litote - susciter son désir.

Cet article s'efforcera donc d'expliquer comment André avec intelligence et tact; mètis et sens du kaïros, a su respecter la complexité et la singularité de celui dont il accompagnait le travail de thèse ; thèse dont, lors de nos rencontres, il ne fut jamais directement question, mais qui fut le centre d'une circonférence d'un échange de paroles, de conversations "à bâtons rompus" qui, toutes, y ramenaient d'une façon ou d'une autre pour peu que l'impétrant que j'étais alors ait le désir, la curiosité et l'opportunité de s'en emparer.

Un texte du philosophe et sinologue François Jullien - qui figurera en exergue - illustre bien cette pratique du biais que pratiqua André Nicolaï à l'occasion de ce travail commun : " La question, au départ, pourrait se résumer ainsi : quel bénéfice trouvons-nous à parler indirectement des choses ? En quoi l'écart que nous prenons vis à vis des êtres et des choses permet-il de les mieux découvrir - de les mieux évoquer ? En quoi, par conséquent, un tel écart est-il source d'effet ? Nous croyons courant et "normal" d'aborder de front le monde. Mais quel profit pourrions-nous tirer d'un abord de biais ? Autrement dit, en quoi le détour donne-t-il accès ?"

 

Proposition de Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis

 

"Socialisation et comportement entrepreneurial : une réflexion à partir de « Comportements économiques et structures sociales » d’André Nicolaï"

 

 

On ne naît pas entrepreneur, on le devient! La socialisation de l'individu est issue des rapports entre les deux catégories fondamentales de l'organisation sociale: les structures sociales et la famille. Entre 0 et 5 ans la personnalité se forme. L'acquis de l'individu conditionne sa place dans la société. Nicolaï a mis face à face et aussi a imbriqué les théories structuralistes des économistes avec la psychologie freudienne... Notre objectif est de reprendre sa conception de la socialisation pour présenter le comportement de l'entrepreneur. Ce déviant du système économique contribue à sa transformation et peut, toute chose égale par ailleurs, à sa pérennité. Les économistes cherchent toujours une définition de l'entrepreneur et essaient de lui donner des traits caractéristiques.

 

En partant du travail d’A. Nicolaï nous explorerons les différentes définitions et les caractéristiques majeures de ce « personnage » de l'économie en référence à l'œuvre de R. Cantillon (l’entrepreneur fait partie des « gens à gages incertains »), J.-B. Say (l’entrepreneur est l’intermédiaire entre le savant qui produit la connaissance et l’ouvrier qui l’applique à l’industrie), J.-A. Schumpeter (l’entrepreneur va à l’encontre de la routine économique établie et est l’auteur des « nouvelles combinaisons de facteurs de production), I. Kirzner (la capacité d’innovation de l’entrepreneur est liée à sa capacité de veille informationnelle), W. Baumol et M. Casson (l’action de l’entrepreneur est conditionnée par la nature des normes culturelles issues des institutions) et autres (comme M. Granvotter, via la théorique de l’exactement social et du capital social)

 

 

Proposition de Guy Caire

 

 

"Le travail dans la globalisation"

 

Dans la réédition, quarante ans plus tard, de la thèse qu'il avait  soutenue en 1957, André Nicolaï note à la fois sa satisfaction pour la méthode adoptée  et ses regrets pour les lacunes qu'on pourrait y relever. Partant de ce double constat, nous adopterons l'analyse systémique proposée qui veut que les structures déterminent les comportements pour l'appliquer  à une thématique récente, surgie dans les années 1980,  celle du travail à l'ère de la globalisation.

Prendre en compte les structures revient à considérer que les entreprises multinationales se doivent, au plan technique, de gérer les flux de biens et services, ceux de capitaux, de l'information et de la mobilité des hommes en se servant , pour cela,  au plan social, des hommes différents  par leur sexe, leur âge, leur nationalité, leur CSP, leur statut ( CDD,CDI, intérim, apprenti)

On peut dès lors comprendre des comportements qui doivent s'adapter aux stratégies d'externalisation ou de délocalisation des firmes,  à des flexibilités généralisées, à une multiplication des formes d'emploi, à des législations différentes, à une gestion des compétences (remplaçant celle des qualifications) conduisant à une individualisation  croissante des rémunérations, toutes situations  qui ne manquent pas d'affaiblir le syndicalisme

La dynamique des systèmes  qui en résulte fait surgir des problèmes sociaux nouveaux qu'organisations intergouvernementales  ou ONG ne manquent pas de relever. Les travailleurs organisés ont réussi à affronter certains d'entre eux: les rémunérations excessives des cadres dirigeants, le sort des travailleurs détachés, la condition des intérimaires, l'organisation de la flexisécurité. Est-il possible d'aller au-delà en suivant ceux qui préconisent la démondialisation?

 

Proposition de Jacques Charmes

 

"Structures sociales et dynamismes économiques différentiels : l’influence de la pensée d’André Nicolaï sur les travaux des économistes de l’ORSTOM au début des années 1970".

 

Au début des années 1970, André Nicolaï exerça les fonctions de président du comité technique d’économie-démographie de l’ORSTOM (qui devait devenir plus tard l’IRD) : il tenta alors de donner une certaine unité d’orientation aux recherches en cours sous l’intitulé : « Structures sociales et dynamismes économiques différentiels ». C’est cette thématique qui inspirera alors les recherches des économistes au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et à Madagascar. Sous son impulsion, ce sont les économistes, plus que les sociologues, anthropologues et géographes de cette institution, qui se réclamèrent de l’anthropologie économique dont l’école française était alors à son apogée avec les travaux de Maurice Godelier, Emmanuel Terray, Claude Meillassoux.

 

C’est la marque et l’influence d’André Nicolaï que j’essaierai de montrer à travers les travaux de Philippe Couty, Guy Rocheteau, Jean Marc Gastellu, au Sénégal, puis en Côte d’Ivoire pour ce dernier, Jacques Weber au Cameroun, Emmanuel Fauroux, Gérard Roy et moi-même à Madagascar et Claude Robineau en Polynésie. Tous ces chercheurs mirent en pratique une démarche pluridisciplinaire et d’anthropologie économique à partir de problématiques économiques inspirées de la pensée d’André Nicolaï

 

Proposition de Nathalie Costa

 

"La place de la culture dans la société du spectacle"

 

Il s’agirait de montrer que la société du spectacle (G. Debord, 1992, a), supportée en cela par l’industrie culturelle (W. Benjamin, 1936) a intégré la culture de manière à en faire une marchandise ; cependant, la question de la circulation et de la transmission de la culture rencontrent des difficultés et la société du spectacle semble ainsi se heurter à un « bien » particulier qu’il s’agirait alors de redéfinir.

 

Le paradoxe veut que la marchandisation ne rende pas la culture totalement accessible même si la société du spectacle permet un accès facilité à l’ensemble des biens culturels.

 

En effet, si la société du spectacle rend disponible les « biens culturels », elle ne permet pas l’appropriation de ces biens qui ont, entre autres, une exigence particulière : celle de devoir être vécus, la valeur d’usage dominant sur la valeur d’échange (qui parfois n’a que peu de sens économique dans ce cas particulier). Or, dans la société du spectacle, la valeur d’usage connaît une baisse tendancielle (G. Debord, 1992,a) à l’opposé de la valeur d’échange qui prédomine et l’emporte le plus souvent.

 

Exigente, la culture réclame du temps et du temps vécu ; et il semblerait que sa transmission devienne de plus en plus difficile (A. Finkielkraut, 2013) malgré la multiplication des canaux de transmission, ce qui peut, du reste, s’expliquer de plusieurs manières (profusion et donc renoncement – sélection adverse -, impérieuse nécessité des images et donc du voir et du faire voir, question de l’utilité de la culture, etc). Aussi la culture ne serait-elle décidément pas une marchandise comme une autre.

 

En effet, la culture ne prend sa valeur que par son usage mais aussi par sa circulation. Et le seul « bien » que nous connaissons qui existe par sa circulation est la monnaie (K. Marx) qui ne prend sa valeur qu’au moment de son passage sur le marché.

Si nous acceptions cette hypothèse qui vient modifier la définition de la culture, alors nous pourrions aussi montrer que la culture, en tant que monnaie, est autre chose qu’une marchandise et ne peut de fait être, paradoxalement toutefois, totalement intégrée à la société du spectacle qui rencontrerait alors une limite d’application. Dans ces conditions, si la société du spectacle l’intégrait dans toute sa dimension, alors nous ne parlerions plus de la culture, mais d’autre chose, ce qui signifierait sa mort annoncée. Autrement dit, tant que la culture ne peut être intégrée dans la société du spectacle, elle subsiste, même difficilement, mais dès lors qu’elle y sera totalement, sa place disparaîtra comme mécaniquement.

 

 

Proposition de Jacques Denoyelle

 

"Fécondité du concept de la déviance en sociologie des organisations"

 

Le système capitaliste mondialement ouvert, d'ultra concurrence par les prix, contrôlé par les acteurs financiers a depuis un quart de siècle poussé les entreprises à adapter en permanence leurs organisations pour un meilleur pilotage de leurs coûts. Réduction des charges de personnel et du nombre d'emplois, de la quantité d'échelons hiérarchiques (downsizing), accélération de la polyvalence avec le déploiement de méthodes de type lean management, délocalisations, externalisations, … ont produit d'importants gains de productivité afin de réduire au maximum le coût de production d'un bien ou d'un service. Ils ont été soutenus par le déploiement planétaire des technologies de la communication en réseaux et de numérisation des données, élément central trop négligé du bouleversement que connaissent les organisations productives. Obtenus à un coût décroissant cela a rendu possible la possibilité de faire évoluer successivement les organisations, à la recherche de l'efficience la plus élevée.

 

La notion de changement a pris un tour majeur, paradoxal : il est devenu permament et contraint,  par l'inévitable adaptation des entreprises évoluant sur les marchés ouverts d'une part et par les critères de gestion de l'autre, tant de la rentabilité à court terme que du niveau de cash-flow à délivrer. De paradoxale, l'injonction est dans de nombreux cas devenue contradictoire; elle est le passager clandestin, le pilote implicite des décisions. Ce type de situations est courant dans les organisations en tension avec des variantes issues de nombreux paramètres. Dans ce cadre, la question se pose de savoir par quel truchement les agents font de la nécessité une vertu et de la contrainte -parfois quotidienne- un plaisir ?

 

En effet,  le degré de tension que subissent les organisations du travail a des conséquences bien réelles pour les agents: la dégradation est palpable et même quantifiable (cf. les rapports sur le coût de l'absentéisme et des RPS en points de PIB pour l'Europe, la consommation d’anti - dépresseurs etc…) sur les indicateurs de bien-être au travail. Le chômage de masse, la crainte du déclassement social et professionnel forment une première réponse, la plus évidente, pour expliquer la reproduction du système et la poursuite de la tenue des rôles et comportements. La seconde est différente, elle tient à l'absence temporaire de projet alternatif et de capacité prédictive du politique qui permettraient aux agents de se déterminer en fonction d'un champ des possibles. 

 

"La société pour se reproduire en se transformant a besoin d'agents irrationnels." A.Nicolai ? La reproduction des systèmes en tension a produit de la compétition et de multiples stratégies de « survie professionnelle » qui sont autant de formes de déviances aux comportements normés attendus et aux représentations du travail dans les  organisations technocratiques. Pour simplifier, les agents s’engouffrent dans les interstices encore vacants pour développer leurs propres stratégies d’adaptation. C’est loin d’être une constante, mais en rapport avec la taille de l'entreprise, le niveau de complexité de la hiérarchie matricielle, le nombre de projets transversaux, - qui cumulés indiquent un niveau de l'efficience -, il va se développer des poches d'autonomie des agents qui vont leur permettre de développer des comportements spécifiques d’autant plus qu’ils exercent un certain niveau de responsabilité (exemple des courtiers de Bourse : Kerviel etc...).

 

Cette adaptation à un coût : le rythme des changements et la  rémanence des contraintes vont décupler le degré d'irrationalité et de névrose des agents. Dans ces contextes les comportements déviants peuvent se déployer: en adoptant parfois les choix les plus extrêmes, parfois en s'auto-distanciant. Il faut analyser selon nous le suicide et le harcèlement de salariés de tous sexes, niveau hiérarchique et nature d'entreprise, comme la résultante de deux phénomènes: un révélateur de dysfonctionnements systémiques qui sont à l'origine de comportements de déni, - de l'autre ou de soi, pervers ou mortifères -, et le début d'une nécessaire régulation en regard de ce besoin cardinal d'harmonisation de comportements différenciés et complémentaires afin que la logique de reproduction se maintienne aux mêmes conditions.

 

Ce sont ces bifurcations extrêmes aux comportements attendus par l'autorité hiérarchique qui amènent les tenants du pouvoir de décision à s'interroger sur les limites de la rationalité de leurs choix et du risque pris à laisser les mécanismes de retour à l'équilibre agir seuls; heureusement pourrait-on dire que l'ultra- concurrence agit comme une corde de rappel  interdisant toute dérive managériale prolongée. C'est un des paradoxes de cette situation. Nous verrons qu'Orange en fournit une parfaite illustration.

 

Le troisième exemple de déviance est une forme de ruse de l'histoire. Jeunes hommes et femmes, Japonais, Australiens ou Français, Canadiens ou Américains, … plutôt représentants du monde capitaliste développé forment par leurs comportements hédonistes et leur culture technologique une « internationale du doute ». La génération Y inquiète les DRH parce que les ressorts classiques de la définition des rôles attendus par l'entreprise sont « challengés » par la sphère ludique privée, dont le champ des possibles a été exponentiellement accru par les mêmes technologies que celles installées dans le champ professionnel. La mondialisation a rendu le monde visible et accessible, instantanément; pour les agents le système n'a jamais été aussi concurrentiel mais également il n'a jamais été aussi ouvert. L'économique, qui n'offre plus la sécurité de carrière des Trente Glorieuses est désormais en concurrence avec le ludique. Le ludique est un des représentants de la nouvelle économie qui produit de l'idéologie. Il rend en effet, par sa gratuite apparente, la précarité financière plus « acceptable » et l'on peut faire l'hypothèse qu'il a réduit jusqu’à présent les formes classiques de la contestation. Cependant, les entreprises ne peuvent durablement s'en arrêter là car il est devenu en même temps un élément durable de la reproduction.

 

La dynamique des réseaux sociaux a transformé tous les sujets en acteurs ; la distinction sachant/agissant s'est considérablement effacé. On peut être à tour de rôle l’un ou l’autre. Elle affaiblit donc la légitimité de l'ordre hiérarchique et disciplinaire car une partie des modes de reproduction des agents est désormais horizontale, à distance de l'entreprise et des institutions. Ainsi, le pari est de penser que la modification des comportements professionnels en cours va nécessiter dans les prochaines années la mise en place d'un nouveau compromis social qui va engager des sujets très différents : le temps de travail, la localisation, la formation professionnelle, les codes vestimentaires, l'utilisation des téléphones, tablettes et autres supports de l'interconnexion, l'attitude sur les réseaux (l'e-réputation) etc...

 

Car la grande déviance est bien l’irruption de l'intime au sein des entreprises, à tout moment et en tous lieux,  sans pouvoir de l’arrêter aux portes des entreprises comme le nuage de Tchernobyl aux frontières de la France. Et plus les tensions organisationnelles pèsent sur les agents et plus ils feront appel à cette tribu virtuelle ou réelle comme processus de re-légitimation de soi, symbolique ou affectif, et de pansement des blessures narcissiques. Le management et l'ordre hiérarchique ont donc tout loisir de s'interroger sur leur rôle, secoué par les systèmes plastiques horizontaux qui créent un autre lien social qui celui du travail … dans la sphère du travail. La logique de la reproduction plus que jamais est donc amenée à penser l'antropoiétique comme concept et comme méthode. "L'individu doit donner plus à la société qu'elle ne lui donne; l'individu est un perdant net." Cette réflexion d'A.Nicolai en regard des observations précédentes est une invite pour les décideurs à mesurer les différents modes d'adaptation des agents afin de définir les processus de veille et de régulation à créer. Sinon les multiples formes de déviances pourraient générer un gain net négatif parce que les rôles seraient en perte de complémentarité

 

 

Proposition d’Eugène Enriquez :

 

""André Nicolaï, un homme dans son oeuvre."

 

L'oeuvre d' André Nicolaï est inséparable de sa personnalité. Il a fait ses études secondaires au Lycée Carnot de Tunis où il s'est lié profondément avec certains de ses camarades de classe: en particulier Lucien Nizard, qui deviendra professeur de droit public et spécialiste de la planification, Emile Lévy qui sera plus tard professeur d'économie de la santé et moi-même futur psychosociologue, sociologue, professeur d'université et consultant. Son ouvrage principal fût sa thèse: « Comportement économique et structures sociales » qui sera republiée (en 1999) par ses anciens étudiants avec une préface de sa part, faisant le point près de quarante ans après sur les idées centrales qu'il avait avancées en 1960 et qui étaient fort originales.

Si André Nicolaï avait pu écrire un tel ouvrage, c'est parce que dès le départ, il a considéré que l'économie devait être une science liée aux autres sciences sociales. Aussi il a poursuivi en même temps que des études d'économie des études de psychologie en particulier de psychologie sociale. Il s'est toujours défini comme un économiste anthropologue, c'est pour cette raison qu'il a créé, avec l'appui de Michèle Salmona et le mien CAESAR et qu'il a mis sur pied avec Carlo Benetti et moi le D.E.A. "Economie et société". André Nicolaï a toujours été un homme d'action en même temps qu'un théoricien exigeant. Aussi a-t-il peu écrit, ce que beaucoup de ses collègues regrettent: une douzaine d'articles mais qui sont fondamentaux. Il a été surtout un pédagogue extraordinaire connaissant à fond les problèmes qu'il abordait (et ils étaient nombreux) et un intervenant puisqu'il a accepté la mission que lui avait confié Michel Rocard d'oeuvrer pour le développement économique et social de la Corse et qu'il est devenu, plus tard, président du Conseil économique et social de la Corse. De plus, il s'est tellement impliqué dans le développement de la psychosociologie qu'il a été élu président de l'Arip (Association pour l'intervention psychosociologique). Après la scission de cette association, il a été un des fondateurs du CIRFIP (Centre international de recherche, formation et intervention psychosociologique). Je voudrais insister dans mon exposé, en donnant des exemples, sur la liaison intime entre ses conceptions du monde et son travail d'économiste anthropologue.

 

Proposition de Dominique Fougeyrollas-Schwebel

 

"Rétrospective sur les analyses du travail domestique"

 

A partir des contributions d’André Nicolaï et les rapprochements possibles avec la socio-économie, cette communication propose de tracer quelques pistes de réflexions sur l’évolution ou les transformations des problématiques du travail domestique en termes de « reproduction des agents sociaux » (en référence au séminaire de DEA du CAESAR -Université de Paris-Nanterre, fin des années 1970) vers des problématiques actuelles mettant l’accent sur une socio-économie des émotions, en référence au care ou travail du care. A travers ces débats, il s’agirait ainsi de réfléchir aux frontières entre les disciplines et de mettre en perspective l’analyse d’André Nicolaï des distinctions entre sphères : l’économie, le politique, l’anthropoïétique et le ludique.

 

 

Proposition d’Albert Gueissaz

 

"André Nicolaï et l’Institut havrais de sociologie économique et de psychologie des peuples."

 

Parmi les nombreuses entreprises intellectuelles qu’André Nicolaï a initiées, auxquelles il a participé activement ou qu’il a soutenues, figure celle de l’Institut havrais de sociologie économique et de psychologie des peuples, fondé au Havre en 1938 par Abel Miroglio, qui publiait depuis 1946 une «Revue de psychologie des peuples », et depuis 1959, des « Cahiers de sociologie économique ». André Nicolaï figure, à partir de 1979, parmi les membres du conseil scientifique de cette revue, aux côtés de G. Balandier, de G. Destanne de Bernis, de S. Amin et de R. Passet. Selon des témoins directs, Miroglio avait alors pressenti André Nicolaï pour prendre sa succession à la tête de l’Institut havrais. L’offre fut déclinée pour diverses raisons, mais il est clair que la relation entre André Nicolaï et l’Institut ne fut ni formelle ni purement circonstancielle. Une enquête plus approfondie serait nécessaire pour préciser les circonstances historico-biographiques de cette rencontre ; en tout état de cause, il peut paraître pertinent de revenir sur cet épisode havrais de l’histoire de la sociologie économique, pour en faire apparaître à la fois le caractère original et novateur, de le mettre en perspective, et de le situer par rapport aux développements plus récents de la sociologie économique.

Dans l’esprit des animateurs des « Cahiers de sociologie économique », il s’agissait essentiellement d’explorer les mondes sociaux dans leurs différentes dimensions (« paliers en profondeur », pour utiliser un concept dû à G. Gurvitch, auquel les auteurs publiés dans la revue se référaient volontiers), de faire se rencontrer les diverses approches en sciences humaines et sociales (non seulement l’économie et la sociologie, mais aussi bien la psychologie, la géographie, l’histoire, la démographie, l’anthropologie sociale et culturelle) sur des ensembles de situations et de questions bien situées, au premier rang desquelles figuraient (pour des raisons bien compréhensibles s’agissant du Havre), les activités portuaires, le transport maritime et le commerce international ; le développement des pays du « Tiers-Monde » ; et les conditions de vie et d’habitat dans les villes nouvelles ou les villes reconstruites. Par bien des aspects, cette entreprise me semble pouvoir être rapprochée de ce que je crois connaître des démarches et des préoccupations qui furent celles d’André Nicolaï et d’un certain nombre de ses collègues à l’Université de Paris X – Nanterre dans cette période-là, et se distinguer assez nettement de ce qu’a recouvert par la suite la notion de « sociologie économique », avec ce qu’elle comporte de revendication d’un paradigme et d’un territoire scientifique propres, avec son souci de formalisation et de modélisation, et peut-être aussi parfois, avec une moindre ouverture à la pluralité des mondes et des cultures.

 

Proposition de communication de Philippe Hugon,

 

"Relecture de comportement économique et structures sociales d’André Nicolaï Paris PUF 1960 au regard des institutionnalismes"

 

L’ouvrage d’André Nicolaï de 1960 sur Comportement économique et structures sociales a été un ouvrage pionnier en analyse économique. Se situant aux confins de l’analyse économique et des sciences sociales, il  visait à dépasser les frontières entre la micro et la macro économie, la statique et la dynamique ou l’individualisme méthodologique et l’holisme structuraliste. Or cet ouvrage ; ainsi que les autres écrits d’André Nicolaï, sont quasiment ignorés des divers travaux institutionnalistes qui dominent 50 ans plus tard le débat économique que ce soient le néo institutionnalisme ou institutionnalisme rationnel, le conventionnalisme ou institutionnalisme sociologique, le régulationnisme ou l’évolutionnisme.

Cette communication cherchera à expliquer les raisons de cette ignorance. Sont-elles de langage (ex structures et systèmes versus institutions), d’époque  (contexte de la guerre froide et des conflits de systèmes, décolonisation..), d’avancées théoriques significatives face au structuralisme et au « vieil institutionnalisme » de Commons ou Veblen ?. Après avoir présenté ces diverses explications, la communication mettra en relief le caractère novateur des travaux d’André Nicolaï sur l’holindividualisme, les dynamiques socio économiques, les fondements psychanalytiques des comportements humains, l’anthropologie économique ou la compréhension des diverses trajectoires des sociétés

 

Proposition d’Andrée Kartchevsky

 

"Norme-règle, norme-modèle social, normes et socialisation"

 

Dans les différents thèmes abordés par André Nicolaï, il y en a un particulier et précieux : l’analyse critique des sciences sociales. La critique des sciences sociales ne passe pas seulement par la façon dont elles cloisonnent la réalité sociale à partir du couple champ-objet, ou de la façon dont elles réintroduisent l’axiomatisation positiviste, voire une téléonomie métaphysique. Cette critique passe aussi par celle dont, en séparant production et reproduction, en évacuant la question de la socialisation de l’individu et de la société, elles font du capitalisme un système qui ne laisse aucune possibilité d’autonomie aux classes pas plus qu’aux individus. Il s’agit de la mise en évidence de ce que les sciences sociales, à bien des égards, posent souvent, par leur méthode même, leurs conclusions.

Dans ce contexte, nous aborderons un problème, central s’il en est : celui du mode de socialisation dans le capitalisme. Processus conflictuel et sans cesse remis en question, la socialisation des individus produit ainsi l’espace travail, ou encore l’espace famille (pour ne citer que ceux-ci parmi d’autres) en même temps qu’elle en est issue.

 

Proposition Hervé Keradec

 

"André Nicolaï et les confins du sens."

 

La première phrase du livre d’André Nicolaï évoque, de manière assez énigmatique, la question des confins. Nous interrogerons l’œuvre sur trois point essentiels : la question des limites de sa pensée, celle des espaces disciplinaires qu’il a toujours cherché à subsumer et la question du style qui n’était pas, pour lui, secondaire.

 

Nous nous interrogerons tout d’abord sur la signification de cette déclaration inaugurale.  La question épistémologique des limites de la pensée en sciences sociale. André Nicolaï posait des questions tout à fait fondamentales et ne redoutait pas d’explorer  selon l’expression heideggérienne des « chemins qui ne mènent nulle part ». Il était attiré par les limites et cherchait sans cesse les liens, les ponts entre différentes sciences sociales et au sein même de la science économique. L’articulation entre les structures économiques et les comportements des acteurs, le no bridge entre l’approche micro et l’approche macroéconomique…  parfois désespéré qui avait cette rare capacité à poser des questions fondamentales et aporétiques

 

La pensée d’André Nicolaï nous offre aussi l’opportunité d’interroger les espaces disciplinaires et leurs effets sur la construction des sciences sociales. Il  était économiste mais sans brider ses recherches dans des limites disciplinaires étroites.  Les détours féconds avec la psychanalyse, l’ethnologie, l’anthropologie, conduisaient à une pensée ouverte brillante, risquée et dans une institution qui regardait sans bienveillance cette pensée originale qui ne se complaisait pas dans les territoires balisés et les interrogations dominantes.

 

Enfin il y avait aussi une quête esthétique, la recherche d’un style chez cet homme brillant, curieux. Il était l’héritier d’une génération d’économistes qui ne négligeaient pas la formulation, une aristocratie du langage, qui ne revendiquait pas pour autant de réflexion philosophique, Etait-il philosophe ?

 

Le corpus de notre contribution sera principalement comportements économique et structures sociales, les cours des années 79/82, des articles d’une œuvre rare, peu volumineuse, et d’une profondeur mal comprise. Que reste-t-il d’une telle démarche aujourd’hui ?

 

 

Proposition de François-Regis Mahieu :

 

"Freud , économiste ? "

 

La résilience prend un sens totalement différend selon les disciplines. En sciences sociales elle s’appuie principalement sur la personne et les éléments de son comportement. Dans ce cas, une intégration en économie de la résilience doit passer par la psychanalyse. Les anticipations d’André Nicolaï sont développées jusqu’à se demander, avec quelques société freudiennes : Freud est-il économiste ?

 

Proposition de Claude Origet du Cluzeau :

 

"La Mission Interministérielle pour l’Aménagement et l’Equipement de la Corse sous la présidence d’André Nicolaï".

 

Fin 1981, André Nicolaï a été nommé Président de la Mission Interministérielle pour l’Aménagement et l’Equipement de la Corse et il m’a demandé de l’y rejoindre, comme chargée de mission - tourisme. Depuis lors, je n’ai plus travaillé qu’en tourisme. C’est sur ces 2-3 années passées à la Mission Corse, sous la présidence d’André Nicolaï, que je propose une contribution : en effet, j’y ai vu André Nicolaï adopter spontanément une posture d’anthropologue de l’économie et de la société Corse, et l’appliquer, prenant appui sur  un certain nombre d’acquis de son ouvrage, notamment dans les domaines suivants :

  • La gestion de la Mission Corse en interne
  • La nature et le déroulé des décisions prises, (dans le cadre de la marge de manœuvre  de la Mission Corse)
  • Les contacts avec les acteurs de la vie politique et économique en Corse
  • Les relations avec la Datar, et plus largement avec les membres du gouvernement
  • L’attitude à l’égard des mouvements autonomistes corses
  • Ses références internationales et politiques pour le dossier Corse

 

Ce que je propose de présenter les 22-23 Mai prochains,

  1. Ce qu’était, dans son contexte, la Mission Interministérielle Corse
  2. Les raisons probables qui ont fait choisir André Nicolaï comme nouveau président
  3. Le déroulement de sa présidence durant les 3 dernières années de durée de vie de cette Mission, selon les rubriques évoquées supra.
  4. Les conclusions qu’André Nicolaï en a tirées

 

A cet effet, je rechercherai des documents et témoignages pour les insérer dans ma présentation.

 

 

Proposition de Françoise Renversez

 

"Systèmes et structures : Concepts opératoires chez André Nicolaï,  Claude Lévi-Strauss et Maurice Godelier".

 

En réponse à une interview d'Alternatives Economiques en 2012 l'anthropologue Maurice Godelier a répondu « Avec la crise, le réel a parlé: le système existe mais depuis vingt ans les sciences sociales tendent à regarder ailleurs ».Ce qui est particulièrement vérifié en économie.

Cette contribution propose de revenir sur les concepts de systèmes et structures dont dès 1960 André Nicolaï , s'appuyant sur les travaux de Piaget, a cherché à montrer qu'ils pouvaient être d'utiles outils de l'analyse économique, perspective qu'il a totalement confirmée en 1999 lors de la réédition de son ouvrage . Peut-être faut-il rappeler qu'il a assuré pendant de longues années à Nanterre un enseignement de maîtrise sous l'intitulé « Systèmes et structures » .

Les propositions d'André Nicolaï seront confrontées aux concepts élaborés par Claude Lévi-Strauss particulièrement dans l'énoncé de la relecture qu'en propose Maurice Godelier dans son récent ouvrage « Lévi-Strauss » (Seuil 2013) sans autre ambition que de permettre à certains économistes d'utiliser ces outils dans leur acception élaborée par le long travail des sciences sociales.

 

Proposition de Thierry Suchère

 

"Examen d’une hypothèse anthropologique : l’emprise du ludique sur les conduites humaines."

 

L’existentialisme a représenté un courant de pensée important en France au cours de l’immédiat après-guerre. Il postule la liberté des individus et implique en retour l’idée de responsabilité. Rédigé en 1943, « L’être et le néant : essai d’ontologie phénoménologique » contient un passage célèbre dans lequel Jean-Paul Sartre pose la question de ce que fait le garçon qui travaille devant lui au café de Flore: il joue au garçon de café avec des gestes qui trahissent une conduite empruntée et le manque de sincérité. La peur de la liberté conduirait ainsi les individus à préférer se réfugier dans un rôle que leur attribue la société plutôt que d’affronter le néant d’un projet de vie qu’il leur faut bâtir étape par étape. Selon nous, dire du garçon de café qu’il joue, revient à porter un jugement de valeur qui rabaisse ce que ce garçon fait en considérant qu’il n’a pas compris ou pas voulu voir ou se situait l’essentiel. A l’inverse, la sociologie économique dont se revendiquait André Nicolaï travaille en partant de l’hypothèse que le jeu joue un rôle central dans les conduites humaines.

La sociologie économique participe du structuralisme qui s’est construit en opposition à l’existentialisme sur la question de savoir si le sujet était le point de départ analytique. Des activités sociales (l’économie, la politique et l’anthropoeïtique), on montrera qu’elles sont structurées à la manière d’un jeu. Elles nous amènent à devoir tenir des rôles (producteur, citoyen, père de famille..) qui impliquent de vivre des situations dans lesquelles nous n’avons le choix ni des fins, ni des moyens à l’instar de ce qui se passe aux échecs, au football... La société garantit ensuite la bonne tenue du rôle moyennant des incitations : des gratifications matérielles, une contrainte morale (le sentiment du devoir accompli qui renvoie au surmoi) et du plaisir à acter qui définit ce qu’est le ludique. Les configurations les plus courantes sont celles ou existent une disproportion entre la contribution des acteurs et leur niveau de rétribution en argent ou en statut social. Pris dans l’action, les individus s’oublient et en font généralement plus que ce qui leur est demandé. Ils font figure de perdant net.

Une autre façon d‘aborder cette question du ludique dans la vie sociale consiste à partir de l’idée d’une contamination par le jeu des différentes formes d’activités sociales. C’est toute la culture qui est joué (J. Huizinga) même si nos sociétés occidentales l’occultent mettant en avant la valeur travail. Réfléchissant aux jeux que la collectivité promeut, on montre que s’y lit l’orientation de la société (R. Caillois). Les sociétés occidentales encensent la compétition et repoussent à la marge les jeux de hasard et le vertige. Symptomatiquement et dans les écrits des économistes marginalistes, est théorisée l’idée d’une compétition entre égaux qui est de nature à créer une saine émulation : la concurrence pure et parfaite produit de l’efficacité et de l’équité. A l’inverse et dans l’œuvre de Keynes, les marchés financiers sont connotés négativement parce qu’ils sont le royaume de l’incertain et du vertige avec le phénomène dit des bulles spéculatives.

 


 

Communications

 

Philippe ADAIR :" La sociologie économique d’André Nicolaï : rétrospective et actualité d’un programme de recherche".


 

 

Sophie BOUTILLIER et Dimitri UZUNIDIS:   L’entrepreneur : acteur et fonction sociale.Une réflexion à partir de Comportement économique et structures sociales d’André Nicolaï (première édition 1960, réédition 2000)


 

Guy CAIRE : " Le travail dans la globalisation : une lecture systémique"


 

Nathalie COSTA:"La place de la culture dans la société du spectacle."

 

 


Jacques DENOYELLE : "Fécondité du concept de déviance en sociologie des organisations."


 

Eugène ENRIQUEZ :" André NICOLAÏ: un homme dans son oeuvre"


Dominique Fougeyrollas-Schwebel:: Rétrospective sur les analyses du travail domestique

 


Albert GUEISSAZ  : "André Nicolaï et l'Institut havrais  de sociologie économique et de psychologie des peuples."


 

Philippe HUGON: " Relecture de comportement économique et structures sociales d’André Nicolaï au regard des institutionnalismes et de l'anthropologie économique" 


 

 

Andrée Kartchevsky :"Norme-règle,  norme-modèle social, normes et socialisation."


 

Hervé KERADEC : "André Nicolaï et les confins du sens"

 

 


François-Régis MAHIEU : " Sigmund FREUD,  économiste  ?"

 


 

Françoise RENVERSEZ : "Systèmes et structures : concepts opératoires chez André Nicolaï, Claude Lévi-Strauss et Maurice Godelier."

 


 Thierry SUCHERE:"Examen d’une hypothèse anthropologique : 

l’emprise du ludique sur les conduites humaines".

 


 

 

 

Situation  géographique